Economistes de la construction, Philippe Rust, cogérant d’Alter Emo et Camille Laffargue, cogérant de NJC Economie, livrent leur regard régional sur les problèmes liés à la hausse des prix des matériaux. Propos recueillis par Rachel Debrincat.

  • Pourquoi le Bâtiment connaît- il une hausse de prix des matériaux et comment la région a-t-elle été touchée ?

Philippe Rust : Avec la crise sanitaire, nous connaissons une pénurie de matériaux à la relance due à une sous-production et à une forte demande. On peut aussi penser qu’il y a beaucoup de spéculation sur ces matières premières qui sont essentielles. Comme à l’échelle nationale, la région Hauts-de-France est prise dans ce jeu d’économie mondiale avec de nombreuses inconnues difficilement maîtrisables. On a senti les premiers signes en région en janvier avec l’acier puis les métaux ferreux, le bois, les isolants et matériaux à base de produits pétroliers. Le gros œuvre a subi les premiers effets. Pour le bois, c’est problématique car il touche un grand nombre de corps de métier.

Camille Laffargue : Le bois de construction a d’ailleurs parfois triplé de prix. Une augmentation liée à de multiples facteurs : la baisse de la valeur du dollar qui influe sur le marché, les taxes Trump sur le bois canadien et la sortie de crise des économies chinoise et américaine qui se sont repliées sur les marchés européens.

  • Quelles sont les incidences de ces augmentations sur les marchés locaux ?

P.R. : Je constate aujourd’hui des appels d’offres qui ont augmenté de l’ordre de +10%. C’est une tendance qui a plutôt l’air de s’inscrire dans la durée et dans une phase ascendante. On peut s’attendre à la voir durer au moins jusqu’au début de l’année 2022. Car c’est l’économie mondiale qui doit redémarrer, c’est la chaîne de production qui doit être réenclenchée, c’est également des commandes qui doivent s’adapter à de nouvelles attentes de notre société. Je pense qu’on ne va plus construire comme avant. En France, il y a aussi un plan de Relance ambitieux. Il faut voir comment il va se déployer dans le temps.

C.L. : Les donneurs d’ordre publics se penchent sur la question en travaillant sur une décomposition des prix des appels d’offres. Ils cherchent à anticiper les demandes des entreprises afin de réaliser des avenants prenant en compte l’augmentation des prix. Le soutien financier est actuellement fort du côté des maîtres d’ouvrage publics mais cela va forcément être plus compliqué d’absorber ces augmentations pour des maîtres d’ouvrage privés ou des petits maîtres d’ouvrage publics qui financent leur projet avec une multitude d’aides, par exemple.

  • Constatez-vous des problèmes sur les chantiers ?

C.L. : Les entreprises tiennent encore la barre mais on sent une urgence à accélérer les chantiers pour anticiper les problématiques de pénurie et de retards de livraison.

P.R. : Sur les hausses des prix, les entreprises sont en alerte mais on ne sent pas de conséquences sur les délais d’exécution. Par contre sur les pénuries de matériaux, on commence à voir des retards significatifs sur certains postes. A titre d’exemple, nous avons le cas d’un chantier en rénovation qui ne démarre faute d’approvisionnement de l’isolant.

  • Vous, maillons entre les entreprises et les maîtres d’ouvrage, que préconisez-vous ?

P.R. : Il serait bon de trouver un compromis entre les maîtres d’ouvrage et les entreprises. Et plus que jamais, les économistes de la construction doivent faire ce lien. Pour aider à soutenir la trésorerie de ces sociétés, notamment parce qu’il va falloir anticiper les commandes pour éviter les retards. Ce qui n’est pas un mauvais calcul car les retards sur les chantiers ont aussi un coût pour la maîtrise d’ouvrage. Il est souhaitable de déployer une solidarité pour que tous les acteurs du Bâtiment limitent les impacts.

C.L. : La balle est aussi dans le camp de entreprises. Elles doivent commencer à intégrer les hausses de prix des matériaux dans leurs appels d’offres, même si, une des conséquences possibles est la perte de marchés. Autrement, dans les mois à venir, il sera difficile de faire comprendre à la maîtrise d’ouvrage qui les a retenues les augmentations de coûts dues à des prix de matériaux à la hausse.

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