L’assemblée générale de la Fédération régionale des Travaux publics a été l’occasion d’entendre les présidents des trois agglomérations régionales, Lille, Arras et Dunkerque, sur la crise que traverse le secteur.
Au cri d’alarme poussé par Alain Sur, président de la FRTP Nord-Pas-de-Calais, les élus répondent mutualisation, baisse des charges de fonctionnement et sanctuarisation des investissements.
Si la baisse des crédits d’investissement est une réalité, les élus ont su présenter la vision qui manquait cruellement aux entrepreneurs.

L’exercice est délicat. Alain Sur, le président de la Fédération régionale des travaux publics, invitant ses principaux clients pour leur dire l’urgence de la situation. « J’aurais tant aimé souhaiter mes meilleurs vœux aux entreprises de travaux publics, malheureusement, sauf à témoigner d’un optimisme béat et irresponsable, il me semble illusoire de se souhaiter une bonne année. Nous le savons, 2015 ne pourra être une bonne année ». Le décor est planté, l’ambiance est grave pour cette assemblée générale pourtant habituellement placée sous le signe de joyeuses retrouvailles de début d’année. Mais la vérité devait être dite aux responsables politiques et économiques invités pour l’occasion. 20% de baisse de chiffre d’affaires en sept années de crise. « Et nous craignons le pire pour 2015 et 2016, qui se présentent d’ors et déjà comme de très mauvaises années ».

Et s’il a invité des élus locaux, c’est que la cause de cet effondrement de la commande publique est bien connue : elle tient notamment à la baisse drastique des dotations d’Etat.  Alain Sur ironise : « L’Etat, qui avec un indiscutable sens de l’humour, a appelé cela un pacte de confiance et de responsabilité ». 28 milliards de recettes en moins pour les collectivités, « il est de meilleures façons d’inciter la confiance…».

A Lille, 24 millions en moins par an

Damien Castelain, le président de la Métropole européenne de Lille, a fait chiffrer le manque à gagner pour sa collectivité. « Cette baisse des dotations, c’est 24 millions d’euros chaque année, sur trois exercices, directement prélevés sur notre capacité d’investissement. Et c’est bien sûr cumulatif pour la collectivité. Ce sera donc 72 millions d’euros en moins en 2017 ! ». Sur un budget d’investissement autour de 400 millions, cela pèse très lourd. « L’Etat n’est pas seulement sourd à nos demandes d’étalement de cette baisse des dotations sur la durée complète d’un mandat, s’énerve le président pourtant si calme, il est aussi aveugle ». Le débat parlementaire en cours sur la réforme territoriale (loi Notre), rend en effet difficile tout exercice prospectif aux élus locaux. « Nous sommes dans une nébuleuse et je ne peux vous dire précisément quelles seront les compétences qu’exercera la MEL à l’issue de ce processus ».

Alain Sur
Bruno Cavagné, président de la FNTP à gauche,
et Alain Sur qui préside la fédération dans le Nord-Pas-de-Calais

A qui se fier ?

Alain Sur ne sait plus à qui se fier. « Les départements disparaîtront-ils ? Un jour c’est oui, un jour c’est non, un jour c’est peut-être…Quand à savoir qui, à l’avenir, gérera les réseaux routiers départementaux et la dette y afférant, là aussi, de nombreuses interrogations subsistent ». Sur le territoire de la métropole lilloise, le transfert semble acquis, « mais avec quelle compensation, dans quel périmètre précis, dans quel état ? », se demande Damien Castelain. Quand aux dépenses sociales prises en charges par le gouvernement, les violons sont accordés entre Alain Sur, qui craint dans un tel scénario que les dépenses d’investissement ne jouent la variable d’ajustement et le président de la MEL qui a, une nouvelle fois, affirmé qu’il était contre leurs transferts.

A Arras, un tiers de la CAF amputé

A Arras, le président de la communauté urbaine Philippe Rapeneau tient la même ligne. Si la baisse de la dotation est ici moins spectaculaire – 2 millions d’euros par an – elle grève lourdement les capacités d’autofinancement. «Sur le mandat précédent, nous avons investi 137 millions d’euros. Notre exercice prospectif permet de dire aujourd’hui que nous devrons retrancher 40 millions d’euros à cette enveloppe ». Pour enrayer cette chute, il ne peut augmenter la fiscalité. « Nous travaillons donc à réduire nos charges de fonctionnement, mais cela prend forcément du temps, cela ne se fait pas d’un claquement de doigt », estime-t-il. Et ses efforts paient puisqu’il parvient à réduire de 1 million d’euros par an ses charges de fonctionnement, « et ceci, dans un contexte institutionnel très incertains», rappelle-t-il.

Celui qui préside également le groupe d’opposition au Conseil régional appelle de ses vœux un plan de soutien au secteur du BTP. « Il faut que tout le monde se mette autour de la table : les intercos, les conseils généraux et le conseil régional, avec la profession, pour que chaque euro investi le soit de la façon la plus efficace possible, avec le grand effet d’entraînement sur le marché ». Une idée qui pourrait séduire Patrice Vergriete, le président de la Communauté urbaine de Dunkerque, retenu dans sa ville par une visite ministérielle, mais qui a pu, par vidéo, adresser un message de soutien à la profession. «Nous construisons un plan de soutien avec un effort important sur les transports publics et la voirie ». A Lille aussi ont tenté de sauver les meubles : «Mon budget d’investissement passe de 426 à 406 millions d’euros, une baisse de 5% quand des grandes agglomérations annoncent des -30% ou -40% ! » Et de citer les nouvelles compétences sur l’énergie et l’eau issues de la loi MAPAM pour créer un effet de levier sur le territoire. Autre piste ? Les fonds européens, une manne d’un milliard d’euros « qu’il va falloir cette fois utiliser totalement et à bon escient », prévient le président de la MEL, qui veut insuffler une culture de la recette dans ses services qui doivent être de tous les appels à projets français et européens.

Et les entreprises ?

Et les entreprises dans ce débat ? « Elles ont agi sur tous les leviers possibles, en supprimant le recours au travail intérimaire, en ne renouvelant pas les CCD, en mettant en place des plans d’activité, en cessant tout recrutement», affirme le président Alain Sur qui prévient : « Elles vont très rapidement se trouver dans l’obligation de licencier en masse ! ». 3000 emplois sont susceptibles d’être supprimés cette année dans la région sur 17000 salariés. Et les grands projets comme Seine Nord, s’ils sont nécessaires, ne répondent pas à l’urgence de la situation. Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des Travaux publics, ne se fait pas d’illusion : « Nous entrons dans une phase d’eaux basses et il faut adapter la structure de nos entreprises ». Mais il veut voir loin : « Tôt ou tard, les investissements reprendront comme partout où ils ont été délaissés pendant quelques années. La nécessité d’entretenir les réseaux est vitale et les collectivités vont rapidement s’en rendre compte ». Un message relayé par Damien Castelain qui appelle à regarder le bout du tunnel.

jean claude mutel

Jean-Claude Mutel hommage de la profession

Cette assemblée générale a été l’occasion de remettre la médaille régionale des travaux publics à un homme que tous les amateurs de grands chantiers connaissent. Le truculent Jean-Claude Mutel, dont la voix ferait trembler le Stade Pierre Mauroy, n’est pas à l’aise dans les hommages. Mais alors, il ne fallait pas construire le Viaduc de Millau, le tunnel ferroviaire Perpignan-Figueras ou le Grand Stade de Lille ! Cet ingénieur des Mines de Douai n’est de la région que par alliance. Mais pas de doute, sa manière d’être, sa modestie, sa façon de conduire les hommes font qu’à Paris, tout le monde le qualifie de nordiste.

Cela lui va bien d’ailleurs. Sur ses 48 ans de carrière, il en compte 42 chez Eiffage, et la moitié sur les terres du Nord de la France. Il se souvient particulièrement des premières années passées chez Fourré & Rhodes à Douai, où il développe l’activité Logement. Les grandes industries régionales, Usinor, Beghin… n’ont pas de secrets pour lui. Il ne faut pas attendre longtemps, en 1994, pour qu’il soit appelé à la division des grands ouvrages d’Eiffage. Il s’attaque ainsi aux ponts TGV sur le Rhône… avant l’aventure des ouvrages exceptionnels. Il faut être particulièrement calme et serein pour manier l’explosif sous les Pyrénées ou millimétrer un lançage de tablier à 245 mètres d’altitude. A Lille, quand il gagne le Grand Stade, il retrouve des enfants d’anciens collaborateurs. « La reconnaissance des hommes », on a trouvé son moteur. Alors plutôt que les coups de gueules, sur les chantiers, il préfère générer de l’adhésion. Imposer le respect, plutôt que la crainte… Alors, à la Chronique aussi, on dit « respect », monsieur Mutel

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