Le nouveau programme métropolitain de rénovation urbaine va bouleverser la vie de centaines de milliers d’habitants du territoire. Il constitue aussi un énorme enjeu pour les secteurs du logement social et du BTP.

Le 20 décembre dernier, la Métropole européenne de Lille (Mel), l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), l’Etat, le groupe Action Logement et six organismes HLM se sont engagés dans un nouveau programme de rénovation urbaine des quartiers «prioritaires» de l’agglomération.

Après les travaux réalisés entre 2003 et 2018, le couvert est remis dans sept villes (Roubaix ne scellera son dossier qu’en fin de cette année, voir plus loin). La somme mobilisée par tous les partenaires s’élève à 1,238 Md€. Avec cela, il conviendra d’entraîner les quartiers et les habitants dans «une quadruple transition : urbanistique, écologique, démocratique et sociale, pour plus d’emplois, d’éducation, de sécurité» (Michel Lalande, Préfet de région).

Environ 3 000 logements locatifs sociaux vont être démolis (dont un bon tiers à Tourcoing !) et une quantité équivalente sera rebâtie dans le territoire, mais pas dans les quartiers considérés. Plus de 1 400 habitations seront remises à neuf.

Le programme s’attachera aussi à l’amélioration de copropriétés en difficulté et de l’habitat ancien dégradé. Quelque 25 équipements publics sortiront de terre, au milieu d’espaces publics reconfigurés.

Par Bertrand Verfallie

Sommaire: 

  • Roubaix au cœur du projet de la Mel
  • 57 projets en Hauts-de-France
  • Zoom sur les Oliveaux à Loos-lez-lille
  • Bailleurs à la manœuvre, entreprises embarquées
    • L’occasion d’innover
    • Une plateforme d’économie circulaire

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Et Roubaix pour faire 2 milliards!

Penché sur la carte de la rénovation urbaine métropolitaine comme sur un album-jeu de «Charlie», on peut se poser la question : «Où est Roubaix ?». La ville de toutes les difficultés urbaines, le «coeur du projet» de la Mel, ne figure pas dans le document paraphé en décembre 2019.

«Nous avons fait le maximum pour être dans les temps mais la complexité de la situation locale nous a incités à prendre quelques mois supplémentaires», explique Max-André Pick, premier adjoint au maire de Roubaix et par ailleurs président de Partenord Habitat.

Ajoutons que les communes dont les dossiers étaient prêts depuis longtemps en avaient assez d’attendre la lanterne rouge… Les grandes manœuvres de la rénovation roubaisienne porteront sur cinq quartiers où vivent 22 000 personnes.

A l’Epeule, aux Trois-Ponts et à l’Alma, ce sont des logements HLM «classiques» qui seront mis à bas ou améliorés. A l’Alma notamment, certains immeubles emblématiques de la lutte urbaine des années soixante-dix seront restructurés.

Au Cul de Four, au Pile et dans certains îlots épars, on traitera d’anciennes maisons ouvrières qui constituent un habitat social de fait, même si l’ANRU rechigne souvent à le reconnaître.

Le projet roubaisien ne sera officialisé qu’au deuxième semestre, en même temps que les dossiers des Bois-Blancs et des quartiers anciens de Lille. Alors, le programme métropolitain de rénovation urbaine flirtera avec les 2 milliards d’euros…

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Tous les élus concernés, réunis pour la signature du contrat, le 20 décembre à la MEL.

57 projets en Hauts-de-France

La rénovation urbaine ne s’arrête évidemment pas aux frontières de la métropole lilloise. 57 projets se déploieront au cours de la prochaine décennie dans les Hauts-de-France, de Dunkerque à Château-Thierry et de l’Avesnois au Beauvaisis.

Au 31 octobre dernier, 44 d’entre eux avaient été validés par l’ANRU mais peu de conventions définitives étaient encore signées.

«Ces engagements devront encore être affinés et adaptés au fil du temps, estime Sylvie Ruin, directrice de l’Union régionale pour l’Habitat (URH), qui regroupe 61 organismes de logement social. L’expérience du premier programme de rénovation urbaine nous a appris qu’il fallait garder une certaine souplesse».

 Zoom sur les Oliveaux à Loos-lez-lille

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Nous avons envisagé de le réhabiliter mais cela aurait coûté plus de 26 M€, sans qu’on soit sûr qu’il redevienne viable économiquement.

Sa démolition, en grande partie financée par l’ANRU, permettra de recomposer le système viaire du quartier et de le raccorder à la liaison intercommunale du nord-ouest de l’agglomération». Le processus de relogement des habitants de «Kennedy» a déjà commencé ; la tour devrait être livrée aux pelles et grignoteuses vers 2026.

Au total, 424 logements locatifs sociaux seront déconstruits aux Oliveaux. Une partie seulement sera reconstruite dans la commune, précise la maire. En revanche, près de 400 logements neufs privés sont au programme. Plus de 1 100 appartements HLM seront aussi réhabilités ou résidentialisés. Une cité des enfants, une cité de l’initiative, un mail paysager et une «centralité commerciale» seront restructurés ou aménagés.

Coût de l’entreprise : 118 M€ TTC, avec un apport de l’ANRU de 39 M€.© BV

Bailleurs à la manœuvre, entreprises embarquéesDossier-rénovation-urbaine-quartier-bourgogne-hdf-chronique-btp – 2

Reconstitution du parc, relogements, organisation des chantiers : Vilogia et LMH ont beaucoup à faire, et sans doute à inventer.

Ce bout de papier-là pèse très lourd. Christophe Cousin, le directeur de la Meta, groupement économique constitué par Lille-Métropole Habitat (LMH) et Vilogia, y a aligné les montants que ses mandants investiront dans la rénovation urbaine ces prochaines années.

84 M€ pour les démolitions. 234 M€ pour reconstruire les logements locatifs disparus. 60 M€ à consacrer aux réhabilitations d’immeubles…

A eux seuls et à parts à peu près égales, les deux bailleurs assureront les quatre cinquièmes des opérations inscrites dans la convention signée par la MEL et l’ANRU . Une bonne raison pour unir leurs forces… mais pas la seule.

«Si nous avons créé la Meta, c’est aussi pour dire aux élus : la rénovation urbaine est un projet d’aménagement de territoire, un projet humain, un projet de société. Et nous, bailleurs, voulons y contribuer, au-delà de nos simples stratégies patrimoniales», expose Christophe Cousin. «Nous sommes des engagés territoriaux», affirmait Philippe Rémignon, président de la Meta, lors de la signature officielle de la convention métropolitaine.

Par le biais de leur GIE, Vilogia et LMH ont donc fait entendre leur voix au long des quatre années d’élaboration du programme. Questionnant le sens des projets présentés, rappelant les décideurs à des réalités matérielles ou temporelles, défendant le droit des habitants à un «juste retour» sur les investissements consentis : une meilleure qualité de vie, à la mesure des contraintes qu’ils subiront.

L’occasion d’innover

Le résultat des négociations avec leurs interlocuteurs locaux et nationaux, c’est un plan qui a le mérite d’exister, malgré ses imperfections, constate en substance le directeur de la Meta.

Tous les chiffres de démolitions avancés par les mairies ont été revus à la baisse pour parvenir à une «jauge globale acceptable». Le coût moyen des réhabilitations de logements (travaux de performance thermique, rénovation des pièces humides, remplacement des sols) se situera autour de 55 000 € ; les interventions porteront pour une part sur de grands appartements, répondant à un besoin et pouvant devenir des produits d’accession à la propriété.

Le représentant de LMH et Vilogia réunis émet quelques doutes, toutefois, quant à la «reconstitution de l’offre», c’est-à-dire la reconstruction de l’équivalent des logements détruits : «Seulement 20 % du foncier nécessaire est identifié dans la convention. Le reste, ce sont de terrains potentiels, à aménager et à dépolluer pour des coûts encore inconnus».

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«La rénovation urbaine est un projet d’aménagement de territoire, un projet humain, un projet de société», Christophe Cousin, DG de la META.

S’agissant du relogement, les bailleurs démolisseurs ont l’accord de leurs confrères pour prendre en charge 40 % des ménages concernés mais les modalités restent à fixer. «Enfin les questions de phasage des opérations, d’organisation des chantiers, de gestion transitoire des espaces seront déterminantes pour la réussite des projets, souligne Christophe Cousin. Il nous faut des plans d’action très pratiques». Il y a donc des trous dans la raquette du nouveau programme métropolitain mais ils finiront pas se résorber, estime le patron de la Meta.

Et en attendant, les bailleurs ont la possibilité d’innover, tandis que les élus seront ralentis, voire immobilisés, par les élections municipales. «Qu’il s’agisse de techniques comme le traitement de l’amiante, de transition énergétique, d’emploi, de services, de démarches participatives, le NPRU est un beau terrain pour inventer des solutions», confirme la directrice de l’Union régionale pour l’habitat, Sylvie Ruin.

Une plateforme d’économie circulaire

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«C’est un nouveau modèle qui se
monte. C’est aussi un pari»,
Jérémy Coudrais, dirigeant de Recynov, partenaire du GIE dédié au traitement des déchets des démolitions.

Si elles peuvent être tentées par les grands travaux de la région parisienne et sollicitées, plus près de nous, pour la requalification des logements miniers, les entreprises du BTP se mobilisent d’ores et déjà pour répondre à ces chantiers colossaux.

L’URH a saisi l’observatoire régional de la commande publique et la cellule économique de la construction Hauts-de-France pour avoir une vision consolidée et précise des marchés générés par la rénovation urbaine.

D’ores et déjà, Vilogia et LMH élaborent un accord-cadre avec des opérateurs spécialisés dans la déconstruction. La Meta a aussi rassemblé une vingtaine d’entreprises autour du concept d’économie circulaire. Six d’entre elles ont décidé de fonder un GIE, porteur d’une plate-forme de stockage, de traitement, de recyclage et de réemploi de matières issues des démolitions. «C’est une initiative qui répond à un mouvement de fond, commente François Dutilleul, PDG de Rabot-Dutilleul. Le but est de créer une filière en massifiant les opérations pour surmonter les aléas de la rencontre de l’offre et de la demande».

Pour Jérémy Coudrais, dirigeant de Recynov, société qui gère déjà les déchets du BTP, l’engagement dans le GIE relève «du concret, pas de l’idéologie». «Nous ne voulions pas tout faire mais nous associer avec des partenaires couvrant toute la chaîne de valeur. C’est un nouveau modèle qui se monte et c’est aussi un pari. Il faut avancer, il faut essayer et on ajustera ce qu’il faut ajuster».

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