Derrière leurs masques de soudure, ils s’affairent autour des profilés. Ici, on assemble un garde-corps. Là-bas, on choisit les rivets pour préparer une future charpente. Bienvenue dans l’univers de la métallerie ! Dans le Nord et le Pas-de-Calais, le secteur compte plus d’une centaine d’entreprises et bon nombre de chantiers emblématiques. Comme celui du centre commercial Lillenium et son impressionnante charpente de 76 arches. Ou celui de l’expérimentation menée par Vilogia autour des maisons imaginées par le célèbre architecte Jean Prouvé. Entre savoir-faire traditionnel et renouveau, avec par exemple l’arrivée de robot dans les ateliers, vous découvrirez aussi dans ce numéro spécial l’oeuvre des métalliers au quatre coins de notre territoire. De la charpente à la vêture en passant par les escaliers, vous y trouverez le métal dans tous ses états !

Interview

Jean-Pierre Billiet,

président de l’Union des métalliers 59-62Jean-Pierre-billiet-interview-portrait-metal-union

L’UNION DES MÉTALLIERS 5962 ORGANISE CETTE ANNÉE LA SAINT ELOI À LILLE. QUE REPRÉSENTE CET ÉVÉNEMENT POUR LA PROFESSION ?

Nous organisons cette manifestation pour perpétuer la tradition dans le cadre de la confrérie de la Saint-Eloi. C’est un moment privilégié pour retrouver l’ensemble de nos confrères. En plus, c’est une reconnaissance des professionnels du métier. Et puis bien sûr, un instant de partage et de convivialité.

COMMENT SE PORTE L’ACTIVITÉ DE VOTRE SECTEUR ?

Au niveau national, il y a beaucoup d’activité et de projets. En revanche, les prix restent bien trop bas et nos marges ne remontent pas. Tant que nous n’arriverons pas à restaurer nos marges qui sont celles d’après la crise, nos entreprises ne pourront pas aller mieux. De manière générale, nous n’avons pas des fonds de roulement assez importants, ce qui peut nous fragiliser financièrement. Il faut aussi dire que nous n’intervenons pas immédiatement sur les chantiers comme le gros oeuvre, le génie climatique ou électrique. Nous avons un travail préparatoire énorme : d’abord, élaborer les plans, puis les diffuser pour validation à différents acteurs. Entre temps, nous commandons nos aciers, fabriquons, réalisons les traitements de surface. Donc bien souvent, il s’est passé plusieurs mois avant que l’on puisse avoir les premiers paiements.

QUELS SONT LES MARCHÉS PORTEURS POUR LE MÉTAL ?

Le marché tertiaire au sens large notamment pour les façadiers, les fabricants de mains courantes, d’escaliers. Je note aussi un effet de mode lié au développement et au design des façades métalliques comme les vêtures en tôle découpée ou métal déployé. Il y a aussi une tendance vers les structures rapportées, telles que les ITE. Elles sont plébiscitées car elles éliminent les ponts thermiques. L’isolation thermique a engendré la réalisation de beaucoup de balcons en acier, favorisés aussi par les traitements de surface comme la galvanisation et le thermolaquage qui nous offrent de belles possibilités.

COMMENT SE POSITIONNE LA MÉTALLERIE SUR LA FUTURE RÉGLEMENTATION THERMIQUE E+C- ?

C’est un vrai challenge pour la métallerie, notamment sur l’aspect environnemental. Nous avons des atouts en matière d’analyse du cycle de vie et de bilan carbone. Aujourd’hui, le bois tire surtout profit de cette future réglementation alors que le métal a un réel potentiel grâce à sa recyclabilité à l’infini et à la réutilisation des produits. Je rappelle que 95% de l’acier est recyclé. Parmi nos arguments, n’oublions pas la rapidité de mise en oeuvre en filière sèche. Ce qu’on a déjà prouvé sur Villavenir, il y a quelques années avec la FFB. La préfabrication en atelier y participe aussi.

EN REVANCHE, SUR QUELS SUJETS DOIT-ELLE S’AMÉLIORER ?

Elle doit encore travailler sur son image. Si la métallerie a des atouts, elle a encore du mal à les mettre en valeur. Lorsque le grand public pense acier, il ne pense pas forcément aux matériaux verts, contrairement au bois.

FAUT-IL CRAINDRE OU AU CONTRAIRE SE RÉJOUIR DE LA ROBOTISATION DANS LE MÉTIER ?

Dans notre travail, il y a des tâches répétitives dont pourraient s’acquitter les robots. Il ne s’agit pas de supprimer des postes mais de mieux se placer sur les marchés et d’être plus réactifs à la demande. Cela permet par ailleurs plus de souplesse dans la gestion des plannings. Actuellement, il y a des commandes numériques dans nos ateliers, nous avons des logiciels intégrés alors que ça n’existait pas il y a dix ans.

La robotisation est une suite logique mais on a aussi besoin d’un savoir-faire humain plus qualifié et plus expert. Nous pourrions confier les travaux qui demandent peu de qualifications à des robots, mais dans notre métier, la main de l’homme reste fondamentale. La métallerie va donc gagner en valeur ajoutée car elle va gagner en technicité. Elle aura besoin de personnes qualifiées au niveau de la main et du cerveau mais ayant aussi une ouverture sur le numérique.

ET LE BIM JUSTEMENT ?

La métallerie a une vraie avance et une vraie carte à jouer car beaucoup d’entreprises disposent déjà d’un bureau d‘études intégré. Nous aurons donc un passage plus facile vers l’utilisation du BIM

COMMENT VOYEZ-VOUS LA MÉTALLERIE DANS 10 ANS ?

L’aspect environnemental va prendre de plus en plus de place et il faut que nous nous y préparions. Je pense que l’on tend vers une spécialisation plus importante des entreprises. L’expertise technique sera toujours plus importante tandis qu’il y aura plus de modernisation dans la partie production.

Enfin, je pense aussi que la métallerie va s’internationaliser au niveau européen. Mais pour construire la métallerie de demain, nous avons aussi besoin de nous rassembler et d’échanger entre confrères. Je les invite donc à nous rejoindre au sein de l’Union des métalliers car, ensemble, nous serons plus forts pour répondre aux enjeux qui nous préoccupent.

Billiet SAS, le savoir-faire de l’entreprise centenaire

Créée en 1883 à Lille, l’entreprise Billiet oeuvre depuis plus d’un siècle dans la métallerie. Son coeur de métier ? La fabrication et pose de serrurerie et menuiserie, ferronnerie d’art, conception et fabrication d’escaliers métalliques sur mesure, ainsi que la pose de fermetures et de systèmes de sécurité.

Succédant à son père Jean-Pierre Billiet en 2018, Cédric Billiet, 42 ans, assure depuis la direction de la PME familiale. Il emploie aujourd’hui 14 personnes et travaille notamment dans le cadre de marchés publics qui représentent 60% de l’activité.

Leur savoir-faire reconnu de longue date sur la place lilloise s’appuie sur un bureau d’études intégré et se concentre sur sa technique d’assemblage dans les 1500 m2 d’ateliers lillois. Un choix fait sous l’impulsion de Cédric qui l’a conduit à confier débit, soudage et perçage à des partenaires. Celui qui veut insuffler « un management collaboratif et participatif» se dit aussi «pro-actif et attentif aux évolutions du marché ».

Et pour les prochains mois ? “Même si les prix ont du mal à remonter, le carnet de commandes est bon”, se réjouit-on chez les Billiet.

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