En travaux depuis 2015, l’ancien site industriel de Fives Cail voit émerger ses premiers logements. Une étape décisive pour ce futur éco-quartier qui, malgré un environnement peu affriolant, convainc peu à peu les investisseurs. Le fruit d’une âpre bataille de l’image sous un mot d’ordre : faire vivre le site avant ses premiers habitants.

 

Les murs de l’usine sont tombés. Et avec eux, cette impression de buter sur un endroit secret, interdit au public, depuis sa fermeture en 1998. Les murs de l’immense usine de Fives – 20 fois la Grand Place de Lille – sont tombés. D’autres s’élèvent. Moins repoussants. Depuis cet été, les premiers logements de Fives Cail sortent enfin de terre. Moment crucial dans la métamorphose de l’ancienne friche en éco-quartier. « La concrétisation d’un renversement d’image qui rassure les promoteurs » souligne Isabelle Slots, responsable du pôle Fives Cail à la Soreli, l’aménageur en charge du projet. La jeune femme n’a pas oublié qu’il y a cinq ans, « on galérait pour trouver des gens qui y croyaient ». A cette époque, d’aucuns soupçonnaient même Martine Aubry de retarder la commercialisation des lots du futur quartier Saint-Sauveur – en plein centre-ville et donc plus attractif – pour forcer les promoteurs à passer le périphérique.

Aujourd’hui, tout n’est pas gagné, mais que de progrès ! Cette halle dépenaillée de 96 mètres de long située en plein milieu du futur ensemble ? Il y a quatre ans, les promoteurs espéraient une subvention pour s’y installer. Début 2019, ils étaient neuf à vouloir l’acquérir. C’est finalement le groupement Ervefel-Promonor-Keys Asset Management qui a remporté la mise pour en faire un ensemble de commerces et de services. Autre exemple avec l’élégant bâtiment Tracks, tout de brique et de fenêtres vêtu, adjugé au promoteur Beci pour en faire 1000 m2 de bureaux pour designers et architectes (dont les Lillois de « O Architecture », maître d’œuvre du projet). Vendu environ 200 000 € en janvier 2018, on peut penser qu’il en vaut déjà beaucoup plus. Fixer la charge foncière à un niveau raisonnable ne permet pas seulement d’attirer le chaland, c’est aussi permettre aux promoteurs et constructeurs d’intégrer les exigences du projet. « Un programme extrêmement mixte, exemplaire en matière de développement urbain durable et valorisant l’identité et le patrimoine du site » résume Isabelle Slots.

MOTEUR POUR DEUX PROMOTEURS

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Guillaume Cardey et Isabelle Slots, chargé de communication et directrice du projet FCB à la Soreli.

Côté logement, on ne se bousculait donc pas au portillon. Directeur de l’agence Hauts-de-France chez Nacarat, Sébastien Beurel se souvient des premières visites sur le site de Fives en compagnie d’une trentaine de collègues promoteurs. A l’arrivée, ils n’étaient… plus que deux. Deux – Nacarat et Nexity – à tenter le pari d’un écoquartier dans un faubourg populaire à la mauvaise réputation. « Ce n’est pas un quartier simple, mais il a un avantage : être très bien situé, à deux pas des gares lilloises » explique Sébastien Beurel, qui bon prince, rend aussi hommage à la qualité des aménagements publics « véritable tremplin pour la commercialisation des logements ». Pour convaincre les promoteurs – peu réputés pour leur esprit d’aventure – qu’ils peuvent s’endetter pour construire des logements (et accessoirement faire une plus-value au moment de les vendre), il faut leur prouver que le site fera bientôt très envie. Envie à ces fameux acheteurs à qui les banques consentent à prêter de l’argent : les jeunes couples de la classe moyenne en quête d’un premier achat, les déjà-propriétaires qui souhaitent des logements plus qualitatifs (ou plus pratiques) et bien sûr, les investisseurs immobiliers. Pour Fives-Cail, il fallait donc démontrer que derrière les murs de cette enclave industrielle délaissée, au cœur d’un quartier populaire périphérique, se cachait… une future « place to be » ! 

 

Le quartier de Fives Cail en chiffres :

• 25 hectares dont 17 hectares de friches industrielles

• ZAC de 22 hectares créée en 2010

• 160 000 m2 de surface de plancher

• La MEL a acheté l’emprise industrielle en 2008 au groupe Fives pour 9,5 millions d’euros. Elle le cède ensuite à la Soreli en 2013. La concession d’aménagement dure jusque fin 2023

 

FAIRE VIVRE UN SITE… INHABITÉplan-fives-cail-lille-la-chronique-du-btp-usine-projet-chantier

Première étape en septembre 2016. La Ville de Lille et la Région inaugurent le lycée hôtelier et un gymnase dans les halles transformées de l’ancienne usine. Les 800 apprentis, puis les riverains, s’approprient les lieux et empruntent la nouvelle rue qui relie Fives-Cail au métro Marbrerie. Car, bien avant les premiers logements, on attaque la voirie. « Planter un décor, c’est un signe de bonne foi. Ça montre que l’on est déterminés à aller au bout du projet. Ça rassure les promoteurs, comme les habitants » décrypte Isabelle Slots. Sans lésiner sur les moyens. A l’image du cours Jean-François Cail, colonne vertébrale du futur ensemble, rambla piétonne de 400 mètres de long pour 30 mètres de large. Si belle qu’on hésite à marcher sur ces pavés d’origine (en grès d’Artois et en porphyre) descellés un à un, sciés en largeur pour le confort de la marche et reposés à la main. Avec les rails de l’usine en arabesque. A l’été 2018, le lieu devient furieusement tendance. La Friche Gourmande, un bar à ciel ouvert, investit une partie de l’ancienne usine. Les habitants de Fives écarquillent les yeux en voyant débarquer hipsters et bobos du centre-ville, venus boire une bière et grignoter spécialités mexicaines et galettes bretonnes entre deux palettes, dans un paysage industriel de brique et de poteaux rivetés. Le lieu préfigure les Halles Gourmandes : un « complexe » culinaire qui rassemblera en 2020 une cuisine commune pour les habitants, une cuisine professionnelle pour les restaurateurs et une dizaine de « baraques » gastronomiques. Le café citoyen et la biocoop du Tiers-Lieu doivent emménager en 2021. L’installation d’une brasserie est à l’étude. « Petit à petit, on a réussi à créer la destination. Des gens extérieurs au quartier se disent, « tiens à Fives, un truc est en train de se passer » se félicite Guillaume Cardey, chargé de communication à la Soreli. Sous une des halles, un emplacement est même pré-réservé pour que la très chic maison Meert installe ses ateliers de production actuellement situés au-dessus de leur boutique du Vieux-Lille. Les gaufres Meert fabriquées à Fives ! Renversant renversement d’image. 

 

 

 

 

 

 

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