Les vertus inattendues de l’export.


Il n’y a pas que l’argent qui compte. Réussir à l’international, c’est certes dégager des bénéfices pour mieux investir. Mais l’export possède aussi des vertus moins évidentes : gain de notoriété et de crédibilité, amélioration des process, progrès en management…  Partir à l’étranger fait aussi du bien à la maison.

 

Et si l’export valait toutes les campagnes de com’ au monde ? « Vous faites 5 millions de chiffre d’affaires en France, vous êtes une m… Vous faîtes 5 € en Belgique, vous êtes Dieu sur Terre », ose François-Yves Jolibois, gérant de Jade, spécialiste de la sécurisation des travaux en hauteur. Née en 1998, l’entreprise de  François-Yves Jolibois a franchi la frontière six ans plus tard. D’abord en Belgique, pour sécuriser les gargouilles de la cathédrale de Mons. Puis en Hollande pour entretenir des éoliennes. Ont suivi la Bulgarie et enfin le Sénégal où Jade a ouvert en 2016 une filiale. À sa tête, un ancien de la maison, désireux de voir du pays. « L’export, ça ouvre des possibilités d’évolution de carrière, une vraie source de motivation pour les gars », remarque François-Yves Jolibois qui a pu mesurer, lors des entretiens d’embauche, l’attrait d’une boîte exportatrice auprès des jeunes générations.

L’entreprise baroudeuse séduit aussi les clients. « Avoir travaillé sur l’Acropole d’Athènes, ça aide pour décrocher des marchés en France », relève Arnaud Lefort patron d’Indelec, leader du paratonnerre en France. L’entreprise familiale douaisienne de 200 personnes vend les deux tiers de ses « petits bouts de fer » à l’étranger. Elle compte 3 filiales en Inde, au Brésil et au Vietnam. Des pays qui servent aussi de « laboratoires » pour améliorer ses produits. « En plus de donner une image dynamique de l’entreprise, l’export constitue une source constante d’inspiration », confirme François Dutilleul, président du groupe éponyme qui réalise aujourd’hui 31% de son chiffre d’affaires en Europe (Belgique, Allemagne, Pologne). La preuve en image avec ces grues jumelles penchées au-dessus du berceau de ShAKE, prochain chantier-phare d’Euralille : l’une siglée Rabot Dutilleul, l’autre Louis de Waele, la filiale belge du groupe nordiste. « En intégrant le savoir-faire des équipes belges sur le chantier, on a pris le meilleur des deux cultures, et on a mobilisé davantage de capacités de production », se félicite François Dutilleul.

Apprendre de ses clients étrangers

C’est en Hollande que François-Yves Jolibois de Jade a découvert qu’il pouvait s’attaquer à de nouveaux marchés, comme celui des éoliennes. C’est là-bas qu’il a découvert des produits inconnus, comme ce système canadien de sécurité pour containers ou ce « dentifrice » pour nettoyer les statues. C’est à l’étranger encore qu’il a eu l’intuition de monter une formation de « grimpeur en bâtiment », dans ses locaux de la Pilaterie. « A l’étranger, on se repose des questions sur son métier. On recommence à écouter les clients ; ça sert, une fois revenu en France », jubile le dirigeant de 46 ans, internationaliste convaincu, « il n’y a que des avantages à l’export ».

Autre bénéfice insoupçonné de l’export : améliorer l’organisation interne de son entreprise. Comment faire tourner la boîte quand le patron est parti à l’étranger ? Quand il a commencé à quitter le Nord dans les années 2000 pour construire des villas haut de gamme en Suisse ou en Ouzbékistan, Stéphane Lerre, repreneur de l’entreprise familiale de couverture a mis au point un process de suivi informatique pour suivre les chantiers à distance. Un outil numérique qui pallie l’absence du chef et qui rassure en interne. « Je reste hyper-réactif même à 3000 kilomètres de distance », confie Stéphane Lerre, heureux bénéficiaire l’année dernière d’un joli marché : la rénovation-construction de 1500 salles de classe au Sénégal.

Et quand c’est au tour des collaborateurs de faire leur valise, l’entreprise en profite aussi. « Plus responsables, plus autonomes, ils demandent moins d’encadrement quand ils reviennent », se félicite François-Yves Jolibois. Sur les chantiers, les compagnons se retrouvent bien souvent en première ligne pour discuter avec le client. Et pas question d’oublier un outil à l’atelier quand on part deux semaines sous les tropiques. Voyager pour mieux manager, la rime est parfaite.

 

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