Qu’ils soient spécialisés en structure, énergie, fluide, VRD, acoustique ou qu’ils cumulent tous ces domaines, les Bureaux d’Etudes Techniques (BET) apparaissent comme les fers de lance de la révolution numérique qui bouleversent le secteur de la construction. Un saut technologique qui exigent une concentration des acteurs de l’ingénierie ou à l’inverse, une extrême spécialisation.

Les 8 Bureau d’études techniques:

Ne pas attendre les donneurs d’ordre. A l’heure où les maîtres d’ouvrage se font un peu tirer l’oreille pour initier leurs projets en BIM, de plus en plus de bureaux d’études utilisent l’outil numérique et collaboratif à blanc. Histoire de se faire la main dans l’attente du jour prochain où 100% des projets auront recours à la fameuse plateforme collaborative.

Et même les TPE-PME s’y mettent! Les BET sont confrontés aux difficultés à recruter des ingénieurs digital-natives. Ces derniers n’étant pas assez nombreux et donc trop chers. Les petits Bureaux d’études encouragent la formation interne, en évitant si possible de brusquer les seniors moins à l’aise sur le numérique. Ainsi, les deux-tiers des entreprises du secteur de l’ingénierie de la construction (représentant 78% des effectifs soit 80 000 salariés) se familiarisent au BIM en sensibilisant et/ou formant leurs collaborateurs dans les années à venir (1).

Et ce en dépit de la crainte d’un retour sur investissement trop long (2 à 3 ans en moyenne) voire inexistant: dans le numérique, le manque pratique est vite synonyme d’oubli. D’où une multiplication de ces projets effectués en BIM alors que le maître d’ouvrage ne l’a (malheureusement) pas demandé.

DIVERSIFICATION VS SPÉCIALISATION

Le virage est d’autant plus indispensable que les choses vont vite. A peine le BIM digéré, voilà que le MINnD et le CIM pointent le bout du nez : des outils de modélisation et d’exploitation de données appliqués aux infrastructures et à l’aménagement urbain (2). Une préfiguration des quartiers intelligents et des smart-city de demain. Comme le montrent les témoignages recueillis auprès de huit BET régionaux performants, l’évolution plaide pour une diversification des compétences. Ou à l’inverse pour une hyper-spécialisation.

L’outil collaboratif requiert en effet un travail simultané entre plusieurs ingénieries. Le gain de productivité fonctionne si le projeteur connait les contraintes des autres spécialités et qu’il peut obtenir le support rapide de ses collègues. Dans cette optique, on pourrait croire que le BIM favorisera la concentration des maîtres d’œuvre dans les prochaines années.

Au détriment des BET monospécialistes. « Il y aura toujours de la place pour les spécialistes car certaines compétences demandent une expertise très fine » juge au contraire Cyril Gernez, patron de Géodiagnostic et délégué du CINOV dans les Hauts-de-France, « à condition de se rapprocher des confrères et de parler le même langage ». En résumé, l’époque où chacun travaillait dans son coin est terminée.

(1) Selon une études de l’OPIIEC sur l’évolution de l’ingénierie française de la construction liée au BIM – juillet 2016 (2) L’ambition du CIM («City Information Modeling » et du MINnD : « Modélisation des informations interopérables pour les infrastructures durables » est d’élargir le champ d’application du BIM aux infrastructures et à l’aménagement urbain.

PROJEX

EN ROUTE VERS LA SMART-CITY

1-projex smart city antoine grolin-min
  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 41 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 400 PERSONNES SUR 10 SITES (DONT 180 À VILLENEUVE D’ASCQ ET 120 À PARIS)
  • DATE DE CRÉATION : 1992
  • CHANTIERS : LILLENIUM, MAMA SHELTER, BIOTOPE, NOUVELLE CITÉ ADMINISTRATIVE 

Le défi actuel des BET ? « Convaincre le maître d’ouvrage qu’en investissant en jus de cerveau aujourd’hui, il paiera moins cher demain » résume Antoine Grolin, président de Projex. Repreneur en 2010 de la société familiale, ce Fécampois de 44 ans a créé en 2014 le pôle Probim Management qui regroupe aujourd’hui 40 ingénieurs. Une compétence au service des entreprises mais aussi parfois d’autres bureaux d’études moins avancé en la matière.

Pour conserver un coup d’avance, Projex mise désormais à fond sur le BIM GEM (gestion exploitation maintenance), outil au service d’une ville intelligente. « Une ville du ¼ d’heure où il est possible de travailler, faire ses courses, ses loisirs à 15 minutes de chez soi, où les parking des commerces en journée servent par exemple aux résidents le soir » illustre Antoine Grolin.

Dernièrement, Projex a travaillé en BIM-GGEM pour le groupe de clinique Ramsay qui souhaitait une maquette numérique pour des économies de fluide. Ainsi que pour Ceetrus (ex-Immochan), désireux de modéliser le flux des clients afin de baisser le loyer des enseignes qui attirent le plus de monde dans la galerie.

La smart-city, c’est aussi du business. 

collaborateurs projex

NORTEC

FACILITATEUR DE CHANTIER 

Rémi Allion directeur d'activités et Benoît Petit, gérant de NORTEC
  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 7,3 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 55 PERSONNES SUR 2 SITES (VILLENEUVE D’ASCQ ET PARIS)
  • DATE DE CRÉATION : 1993
  • CHANTIERS : TOUR JACQUART À LILLE, DOMAINE D’HESTIA ( EX-EPSM DE SAINT ANDRÉ), LA BOURGOGNE À TOURCOING…

Obligation de construire la ville sur la ville, multiplication des exigences (thermiques, sismiques, acoustiques…), inflation réglementaire… En prise à des chantiers de plus en plus complexes et imprévisibles, Nortec a trouvé la parade à savoir intégrer le maximum de compétences : économie de la construction, études thermiques, fluides, structures… Et faire preuve de souplesse vis-à-vis du client. « On ne se limite jamais à la relation contractuelle. On garde à l’esprit que nous sommes avant tout des prestataires de services » expose Benoît Petit, repreneur de la société en 2008, alors qu’elle comptait 15 salariés.

« Il nous arrive d’aider les maîtres d’ouvrage à identifier les investissements à faire pour pouvoir dialoguer avec l’Etat » confirme Rémi Allion, directeur d’activités. Un plus qui plait aux bailleurs, la moitié des clients de Nortec devant les institutionnels privés (35%) et les collectivités (15%).

Aujourd’hui, Nortec réalise 70 % de son activité en construction ou en réhabilitation de logements. A l’image du programme à venir de déconstruction -reconstruction de 104 logements du quartier de La Bourgogne à Tourcoing. Un chantier à 1,6 million d’euros. 

SYMOE

DES CHAUFFERIES EN PARTAGE

Victor Jumez Symoé
  • CHIFFRE D’AFFAIRES : NC
  • EFFECTIF : 13 PERSONNES
  • DATE DE CRÉATION : 2005
  • CHANTIERS (CHAUFFERIE) : LOGEMENTS À ANSTAING, D’HALLENNES LEZ-HAUBOURDIN, FIVES-CAIL…

Comment se différencier dans le monde très concurrentiel de l’ingénierie ? En inventant un nouveau métier.

Bureau d’études environnementales basé à Lille depuis 2005, Symoé s’est lancé dans la gestion de mini-réseau de chauffage pour logements passifs. « On en avait assez d’entendre que les solutions de chauffage renouvelable étaient trop chères ou trop difficile à entretenir » expose Victor Jumez, 42 ans, docteur en génie civil et gérant de Symoé. Le BET, spécialisé dans l’isolation des bâtiments à basse consommation, est donc devenu opérateur de service énergétique. Avec pour source d’énergie, la géothermie, la production solaire, l’aérothermie ou les granulés bois.

Les mini-réseaux de chaleur écologique gérés par Symoe sont le fruit d’un montage triangulaire entre exploitant, promoteur et usagers. Le BET conçoit et exploite la chaufferie des bâtiments. Le constructeur investit dans l’isolation. L’usager lui, paie un forfait fixe, équivalent à une consommation raisonnable et à un entretien de chaudière (16€ annuel par m2 pour une garantie de 20°C et 25 litres d’eau chaude à 60 °C par jour et par personne).

Moins il consomme, plus l’exploitant gagne de l’argent. On appelle ça l’économie de la fonctionnalité.

PROFIL INGENIERIE

NOUES ET MURS ANTI-ATTENTATS 

  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 2,2 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 21 SALARIÉS AU SIÈGE D’ENGLOS, 3 À AIX-EN-PROVENCE
  • DATE DE CRÉATION : 1989, REPRIS EN 2015
  • CHANTIERS EMBLÉMATIQUES : LES RIVES DE LA HAUTE-DEÛLE, BIOTOPE À LILLE, QUARTIER ESCALETTES A MOUVAUX, CENTREVILLE DE BONDUES…
PROFIL ING VRD

Sûr qu’ils ne le regrettent pas.

En 2015, quatre salariés de Profil Ingénierie décidaient de reprendre leur entreprise, alors promise à un grand groupe de VRD. Depuis cinq ans, le chiffre d’affaires a bondi de 30 % et 4 personnes sont venues renforcer l’effectif du bureau d’études qui jouit aujourd’hui d’une belle réputation. Notamment pour son expertise dans l’assainissement hydraulique alternatif. Le bureau d’études techniques travaille de moitié pour le privé, moitié pour les collectivités et les bailleurs sociaux.

« La noue n’a que des avantages : c’est beau, écologique, plus efficace et moins cher qu’un bassin enterré » détaille Jean-Philippe Parpaillon, 51 ans, président de l’entreprise.

Outre les noues, Profil Ingénierie se positionne avec succès sur les aménagements urbains en vogue : les pistes cyclables et les murs et bornes anti-bélier, de plus en plus réclamés depuis les attentats. En droite ligne de ce qui avait poussé les salariés à reprendre leur boîte : faire autre chose que tirer des tuyaux pour des parkings à la chaîne. 

VERDI INGENIERIE

PHILHARMONIE D’INGÉNIEURS 

renaud_verdi
  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 41 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 390 DONT 167 DANS LES HAUTS-DE-FRANCE (27 AGENCES EN FRANCE DONT 6 DANS LES HAUTS-DE-FRANCE)
  • DATE DE CRÉATION : 1987
  • CHANTIERS : AÉROPORT DE LILLE, CAPITAINERIE DU PORT DE CALAIS, CANAL SEINE-NORD (COMPENSATION ÉCOLOGIQUE) 

Big is parfois beautiful.

A l’heure où la défense de l’environnement requiert de la matière grise, avoir sous la main toutes les compétences procure bien des avantages. Exemple : Verdi est aujourd’hui à la pointe du combat – très en vogue – contre les îlots de chaleur.

En partenariat avec une start-up, le BET implanté à Wasquehal a mis au point un collecteur de données sur ces « points chauds » urbains et imagine les solutions d’aménagement pour les rafraîchir : pistes cyclables, végétalisation, orientation des rues… Un nouveau métier qui requiert la collaboration d’un ingénieur VRD, d’un urbaniste, d’un écologue, d’un paysagiste…

« Dans un secteur hyper concurrentiel, devenu de plus en plus complexe, notre interdisciplinarité est un vrai plus » admet Olivier Renaut, 47 ans, directeur de l’entreprise fondée par son père il y a 30 ans. A l’époque, la société baptisée B&R était spécialisée dans les réseaux. Les VRD représentent aujourd’hui moins de 20% de son activité, dépassé en outre par l’environnement : mobilité, recyclage, habitat passif… Et le BET rebaptisé en Verdi au travail coordonné entre différents corps de métiers qu’exige un opéra.

INGEO

LA 3D AU SERVICE DES RIVERAINS

Ma-geo delobel

  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 8 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 107
  • DATE DE CRÉATION : 1984
  • CHANTIERS EMBLÉMATIQUES : AVENUE FOCH À WIMEREUX, PLACE DE L’ENTONNOIR À BERCK/MER, CENTRE-VILLE D’ANICHE… 

Sous les pavés, presque la plage. A Wimereux, pour la réfection de l’avenue parallèle au front de mer, Ingéo a proposé à la ville un pavé drainant… à base de coquille Saint-Jacques. Des déchets marins en provenance des entreprises de Capécure à Boulogne-sur-mer, normalement destinées à l’enfouissement ou à l’incinération.

« En revalorisant des déchets, en limitant les extractions de granulats, on défend à notre échelle une économie circulaire bénéfique pour l’environnement » estime Clément Delobel responsable du bureau d’études VRD chez Ingéo (photo). Qui espère que ce chantier avant-gardiste débouchera sur une filière de recyclage de coquillage viable économiquement (60% du coût des travaux ont été pris en charge grâce à des subventions européennes).

Basé à Blendecques dans l’Audomarois, le BET qui lors de sa création en 1984 n’était « qu’un » cabinet de géomètre expert poursuit une démarche très « nouveau monde ». A l’affût des innovations pour des projets plus écolos, mais aussi plus participatifs. Pour chaque projet d’aménagement, le service imagerie de l’entreprise met donc au point des vidéos et des maquettes 3D. Ceci afin de familiariser les riverains aux futurs environnements prévus. En attendant de pouvoir leur proposer des casques de réalité virtuelle. 

MA-GEO

INGÉNIEURS ET GÉOMÈTRES MAIN DANS LA MAIN 

  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 5,5 MILLIONS D’EUROS
  • EFFECTIF : 75 PERSONNES SUR 4 SITES (LILLE, GRANDE-SYNTHE, BORDEAUX, RENNES)
  • DATE DE CRÉATION : 1947
  • CHANTIERS : SITE DE LA TOUR EIFFEL, LILLENIUM, BIOTOPE…

Après le BIM, le CIM, pour « City Information Modeling » !

Nature du sol, niveau de pollution, interaction avec les infrastructures de service public (transports, réseaux…), le CIM est la maquette 3D des villes intelligentes. « Désormais, quand on fera un trou dans le trottoir, on saura ce qu’on va trouver » schématise Jean-François Morel, directeur associé de Ma-géo.

Le cabinet d’expert géomètre créé par son père en 1947 a développé ces dernières années de solides compétences en aménagement urbain (45% du CA aujourd’hui). En intégrant très tôt le BIM management « qui commence à être réclamé par les maîtres d’ouvrage » se félicite Jean-François Morel. Concernant le « City Information Modeling », Ma-géo travaille ainsi sur trois projets avant gardistes à Nanterre, Paris et Aulnoy-lez-Valenciennes.

« Grâce à une collaboration étroite entre ingénieurs et géomètres. Des géomètres qui par nature voient la ville en 3D » observe Jean-François Morelle qui tient à conserver le métier originel de l’entreprise familiale. 

INGEBOIS

SPÉCIALISTE DE LA LANGUE DU BOIS

  • CHIFFRE D’AFFAIRES : 1 MILLION D’EUROS
  • EFFECTIF : 9 PERSONNES À DOUAI
  • DATE DE CRÉATION : 2007
  • CHANTIERS : BUREAUX DE L’ORANGERIE AU SÉNAT, BUREAUX D’IBM ET CAPGEMINI À EURATECHNOLOGIES (LILLE), SIÈGE D’AUCHAN À VILLENEUVE D’ASCQ… 
Ingebois - photographe Mathieu Vanhille
© Mathieu Vanhille

A l’origine de la création d’Ingébois en 2007, il y a ce constat que beaucoup de pré-études bois souffraient d’un manque de chiffrage précis. Une tare à l’origine de nombreuses reprises de chantier pour les maîtres d’ouvrage.

Treize ans plus tard, le BET douaisien cravache pour honorer dans les temps ses carnets de commande. Grâce à une demande toujours plus forte de structures bois pour les bâtiments tertiaires, notamment dans le Nord, Ingébois s’impose parmi la cinquantaine de Bureaux d’études techniques spécialisé en la matière en France. Sans se disperser. « On préfère rester spécialiste dans un domaine qui requiert une très grande précision. Une charpente en bois mal conçue, on ne la récupère pas » explique Laurent Lepaul, 43 ans, co-associé d’Ingébois.

Structure en bois oblige, Ingébois travaille en modélisation 3D depuis sa création. Sous la houlette des architectes qui grâce à leur vision globale du projet reste les meilleurs manager BIM » juge ainsi Laurent Lepaul. Pour bien travailler, à chacun son métier. 

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