Avec l’outil numérique, de futurs architectes et de jeunes ouvriers, côte à côte sur le chantier, ont apporté leur petite pierre au défi de la rénovation des logements anciens.

Deux dizaines d’étudiants en architecture et de compagnons du devoir en formation ont travaillé ensemble ces six derniers mois à Lille. Ce simple résumé indique la dimension essentielle du projet : ce fut d’abord une aventure humaine, propice à la découverte de réalités insoupçonnées chez l’autre, soulignent les jeunes participants et leurs encadrants, Adrien de Bellaigue, professeur à l’école d’architecture (ENSAPL) et Jocelyn Gac, coordinateur d’actions inter-métiers à la Maison des compagnons. Evidemment, l’opération avait aussi des ressorts pédagogiques : elle a servi d’atelier-projet pour les futurs archis et de terrain d’application concret pour leurs camarades ouvriers.

Enfin, l’exercice a été technique, et même branché sur les nouvelles technologies, puisqu’il s’est agi de mettre «le BIM à l’épreuve du réel».
«On nous présente la maquette numérique comme une réponse à tout, permettant d’anticiper les moindres difficultés, explique Adrien de Bellaigue. Modestement, nous avons voulu regarder ce qu’il en était».
Encore fallait-il trouver le terrain d’expérimentation. C’est la société publique «La fabrique des quartiers», chargée de la rénovation de logements anciens dans la métropole, qui l’a fourni : une maison dite «1930», à deux étages et quatre chambres, située dans le quartier de Fives.

Une maison «cobaye»
Manon, Lucille, Benjamin, élèves de cinquième année à l’école d’architecture, racontent : «Nous avons trouvé un bâtiment dans son jus. En l’analysant, nous avons constaté qu’il pouvait y avoir des différences entre un plan et les lieux eux-mêmes ! Puis nous avons construit une hypothèse de réhabilitation et nous l’avons modélisée sur ordinateur. Enfin, nous nous sommes concentrés sur l’aménagement d’une salle de bain au premier étage». Les jeunes ouvriers (charpentier, peintre, électricien et maçon, menuisiers, plombiers et plâtriers) ont été associés à la conception, dès la fin de l’APS. Très vite ensuite, un plancher, un faux plafond, une poutre et une cloison de séparation de la pièce ont été fabriqués à Villeneuve d’Ascq, soit à l’école, soit chez les compagnons. «Ce qu’on dessinait n’était pas toujours évident à mettre en oeuvre», a remarqué Benjamin. Tant qu’à faire moderne, certains éléments du plafond ont été produits par imprimante 3D. Le bois, la fibre de bois, le fermacell, le staff ont été mobilisés. Et les ouvrages ont été bel et bien posés avant la fin du chantier fixée au 3 juillet.

Un outil collaboratif
Les promoteurs de l’opération n’avaient pas d’obligation de résultat vis-à-vis de «La fabrique des quartiers», mais un devoir de compte-rendu. Les travaux, pour limités qu’ils soient, s’inscrivent dans une perspective de massification de la rénovation des logements anciens, qui s’impose à tous les acteurs de l’habitat dans la région. Et l’intérêt du BIM dans tout ça ? «L’ordinateur ne donne pas toutes les clés, répondent les jeunes opérateurs du chantier. Par exemple, une fois notre poutre arrivée sur place, nous avons eu du mal l’acheminer jusqu’au premier étage». L’architecte et professeur Adrien de Bellaigue note cependant que le BIM permet d’aller au-delà des plans, coupes et élévations habituellement produits, jusqu’à des documents animés, ressemblant à des modes d’emploi. Quant à Jocelyn Gac, encadrant des Compagnons, il y voit un bon support de travail collaboratif : «Grâce à cet outil, un menuisier responsable de la fabrication du plancher a pu avoir une vision globale du chantier».

 

Avec Habiter 2030, pour un décathlon

L’école d’architecture et les Compagnons du Devoir souhaitent poursuivre et approfondir leur coopération. Ils visent un engagement commun dans le «Solar décathlon 2019», un concours européen d’architecture, de design, d’urbanisme et d’ingénierie, auquel participeront des équipes pluridisciplinaires issues de nombreux instituts de formation. Les deux établissements de Villeneuve d’Ascq comptent y présenter une réalisation prototype en matière de réhabilitation d’immeubles anciens et énergivores. Les travaux effectués sur la maison de Fives cette année en sont une préfiguration. Au cours des prochains dix-huit mois, d’autres jeunes devront prendre le relais et creuser le sujet en vue du décathlon. L’ensemble de la démarche, y compris le travail présenté dans ces pages, est soutenu par l’association Habiter 2030, créée en 2016 par l’ENSAPL et les Compagnons du Devoir avec divers acteurs publics, organisations professionnelles, organismes de logement, entreprises et étudiants.

 

 

 

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