Le producteur de blocs de bétons colorés « garantis sans efflorescence de chaux » a su rebondir après la fermeture de sa carrière historique située dans l’audomarois
à Rebecques. Bruno Biallais, petit-fils du fondateur, poursuit la tradition familiale : innover pour avoir un temps d’avance et anticiper les crises et variations du marché.

Chat échaudé, craint l’eau froide. Bruno Biallais sait bien que sans innovation, une entreprise est exposée aux évolutions réglementaires ou aux variations brusques de marché. Quand un ministre de l’Environnement des années 90, Brice Lalonde, décide d’interdire dans certains coins de France toute création ou extension de carrière, son père, Damien Biallais, a beau secouer les politiques locaux, rien n’y fait… il ne pourra pas poursuivre l’activité. En 2004, il doit arrêter à contre-cœur l’extraction de sables et de cailloux dans ce coin de l’Audomarois et mettre fin à une activité démarrée en 1954. Seule la diversification entamée dans les années 1980 permet aujourd’hui au groupe Biallais Industries d’exister. Sans cet engagement dans des activités périphériques à l’extraction, le site serait fermé alors qu’aujourd’hui une quinzaine de salariés font tourner une entreprise qui développe 2,4 millions d’euros d’activité.

Valoriser la ressource

L’histoire de la diversification commence tout simplement : comment valoriser la ressource extraite sur le site ? En fabricant d’abord des blocs de béton traditionnels puis en montant rapidement une unité de béton prêt à l’emploi (BPE). Une évolution classique et modeste, à l’échelle de la carrière. Mais c’est, comme souvent, par le hasard des rencontres, que le destin de l’entreprise va changer dans les années 1990. Pour construire le gymnase d’un lycée de Saint-Omer, l’architecte du projet prescrit un béton coloré. Damien Biallais, féru de technologie, travaille déjà avec l’Insa de Lyon à la mise en œuvre de béton allégés. «Il en parle au laboratoire qui pointe tout de suite le danger des efflorescences de chaux », nous raconte son fils Bruno. Ces traînées blanches que l’on observe sur les bétons lorsque le ciment se durcit ne sont pas grave lorsqu’on double un mur. Mais peuvent ruiner l’aspect architectural d’un béton coloré. Damien Biallais ne construira pas le gymnase mais prendra trois ans pour développer la bonne recette permettant d’éviter cette réaction. Il obtient sa marque NF en 1993, avant la commercialisation (une fierté familiale !) et travaille sur les granulats pour modifier l’aspect et se différencier des produits belges, néerlandais ou italiens qui dominent le marché.

La couleur prend ses marques

Le produit stabilisé, il faut encore le vendre. Les architectes sont preneurs mais pointent la qualité des mortiers. « Il fallait créer dans le mortier la même qualité que nous avons développé dans la brique », s’amuse Bruno. Il était à l’époque étudiant aux Arts et Métiers de Lille et son père lui demande de travailler le sujet. L’additif qui garanti le produit sans efflorescences, le « Biatec », devient le secret le mieux gardé de l’Audomarois ! L’entreprise est alors multicartes : carrière, BPE, bloc traditionnel et de couleur, mortier… La carrière fermée en 2004, l’activité BPE suit. « Elle était naturellement liée à la carrière », justifie Bruno, qui rejoint l’entreprise en 2006 après 10 années dans le secteur à se faire les dents professionnelles chez les constructeurs de maisons individuelles.

« Grosse claque »

Il a pris quelques années pour se décider mais la greffe prend vite et le voyage de Paris vers le Nord, avec femme et enfants, devient ferme et définitif quand il prend la direction de l’entreprise en 2009. « C’est sûr, il y a meilleure période pour se lancer, mais je me dis qu’après avoir vécu cela, je ne peux avoir que des bonnes surprises ! ». La crise n’a pas épargné Rebecques. Après une « grosse claque, nous avons diminué nos tonnages de 40% ». Le parpaing traditionnel représente 50% du volume, la couleur 25% et le mortier 25%. Sa stratégie ? Pousser la couleur, en variant les formats et les aspects. De neuf teintes en 2006, il en présente 13 aujourd’hui. Comble de la couleur, il propose maintenant un « super blanc », une prouesse dans des conditions de production classique. Des traces ? Il en laisse pour l’histoire, avec des blocs à la teinte sur-mesure pour les monuments historiques.

 

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