A la fin de l’année, L’Oréal inaugurera la nouvelle extension de son usine. Panneaux aérovoltaïques, sondes géothermiques, murs en paille… Ce bâtiment de stockage répond à des exigences environnementales inédites pour une construction industrielle.

Par Alexandre Lenoir

ll fallait oser. A l’hiver 2017, quand Jean-Luc Collet répond à l’appel d’offre de l’Oréal, l’architecte valenciennois sait que le géant mondial des cosmétiques veut un entrepôt à haute qualité environnementale pour agrandir son usine de Caudry. Chiche ! Pour stocker les produits inflammables et combustibles nécessaires à la fabrication des crèmes et des fonds de teint « made in Caudry », il propose un bâtiment… en paille ! Parmi d’autres innovations : des toits végétalisés, des puits canadiens, un système de ventilation naturelle… Tout ne sera pas retenu. « Il a fallu abandonner certaines choses pour rentrer dans les clous budgétaires » raconte Jean-Luc Collet. Mais la philosophie est restée la même : « décomplexifier les bâtiments pour qu’ils soient le moins énergivores possibles au moment de la construction, mais surtout durant la maintenance ».

Avec ces murs en paille, ces sondes géothermiques et ces panneaux aérovoltaïques, l’extension de Sicos (le petit nom de l’usine) dénote dans l’univers des locaux de stockage. « A ma connaissance, c’est le seul chantier industriel en France qui combine autant d’innovations environnementales ». Et ce n’est même pas L’Oréal qui le dit, mais François Boisleux, ingénieur énergies renouvelables à l’ADEME. L’agence de l’environnement, tout comme la Région, ont participé au financement de ce projet. Il aura coûté près de 10 millions d’euros au groupe de produits de beauté. 

L’extension de l’usine L’Oréal se distingue donc par son enveloppe constituée de 3 000 ballots de paille

Culture environnementale de l’usine 


Le bâtiment est logé dans une dent creuse de l’usine existante. De plus, il se distingue par son enveloppe constituée de 3 000 ballots de paille. Après avoir convaincu L’Oréal, maître d’ouvrage, Jean-Luc Collet a dû rassurer l’Etat sur les propriétés isolantes et résistantes de ce matériau. Une fois tassé – qui l’eût cru ? – il résiste très bien au feu sans dégager de fumées toxiques. Adepte des bâtiments bio-sourcés, l’architecte n’en était pas à son coup d’essai. Il est à l’origine de l’extension- rénovation, toujours en paille, de l’école Jules-Ferry à Aulnoy-lez-Valenciennes. Bardée de mélèze, la façade du bâtiment de Caudry dispose d’un système de ventelles vitrées Luxlame. Elles permettent de laisser passer la lumière une fois fermées.

Un réseau de 36 sondes permettant l’autonomie du local en chaud et froid


Autre grande innovation du bâtiment : un réseau de 36 sondes permettant l’autonomie du local en chaud et froid. Qui en sus permet de rafraîchir un bâtiment de 6 000 m2 déjà existant. Les gaines contenant 4 tuyaux descendent à 190 mètres sous terre (non loin des 200 mètres maximum autorisé). Puis elles sont raccordés à un collecteur qui récupère les calories et/ou les frigories. De plus, côté sud, le bâtiment arbore un champ solaire de 324 m2 incliné. Il est composé de 216 panneaux aérovoltaïques Systovi. Une aération à l’arrière du capteur permet d’abaisser la température des panneaux et d’améliorer son rendement électrique. Les calories récupérées alimentent des ballons d’eau chaude. Posés sur une charpente en bois, les panneaux cachent une galerie technique. Y sont disposés les ballons de stockage, les pompes à chaleur et les échangeurs thermiques.
« Le projet affirme avec force la culture environnementale de l’usine ».

L’Oréal opte pour un cabinet d’architecture provincial


A deux mois de la livraison des travaux, François Gozard, coordinateur des projets de transformation de l’usine et Philipe Casadei, responsable des travaux neufs ne tarissent pas d’éloges sur l’agence Collet. Finalement heureux d’avoir contribué à convaincre la direction de L’Oréal d’opter pour un cabinet provincial face à plusieurs « stars » nationales de l’architecture. Avec déjà des projets pour les années à venir. Par exemple, une serre de séchage des boues générées par la station d’épuration de l’usine. Ou encore la mise à disposition de la réserve foncière de l’usine à un maraîcher afin de produire des fruits et légumes, ensuite revendus à tarifs préférentiels aux salariés de l’usine. Et pourquoi pas, un réseau de chaleur partagé avec les autres industriels des environs. Parce qu’en fin de compte, l’environnement le vaut bien. 

L’équipe en charge du projet de l’extension de l’usine L’Oréal. De gauche à droite : François Gozard, coordinateur des projets de transformation de l’usine SICOS, Anne Pruvost, agence Collet, Denis Weiss, ingénieur de projets REV3, Philippe Casadei, responsable travaux neufs de l’usine SICOS et François Boisleux, ingénieur énergies renouvelables de l’ADEME.

Et Lubrizol s’enflamma
Alors que les études étaient bouclées, les travaux déjà entamés, l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol à Rouen en septembre 2019 est venue chambouler les plans de construction d’un bâtiment destiné lui aussi à accueillir des produits combustibles. L’usine Sicos – une des quarante du groupe – emploie 600 personnes. Pas questions de prendre le moindre risque. Le manteau de paille initial a donc été renforcé pour assurer un coupe-feu de 3 heures, au lieu des 2 heures. Il empile un panneau de béton cellulaire, un vide de 40 cm, un panneau Fermacell avant le caisson en bois rempli de paille et le bardage en mélèze. Epaisseur de l’ensemble : 1,10 mètre. Largement de quoi laisser le temps aux pompiers d’arriver en cas d’accident. 

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