Fort de son travail à l’international, l’architecte lillois Thomas Coldefy évoque pour La Chronique du BTP ses relations avec les entreprises. 

Recueilli par Julie Dumez

Comment qualifieriez-vous les relations entre architectes et entreprises ?

Ce sont des relations humaines importantes et sur-mesures en fonction de chaque projet. Mon ressenti est qu’il y a trop souvent des incompréhensions et des a priori sur notre fonction. Sur un chantier, l’architecte est régulièrement considéré comme un artiste un peu capricieux. Mais les entreprises comme les architectes gagneraient à mieux se connaître. On oublie que la profession d’architecte est réglementée par un ordre et que l’on prête serment devant la loi. Celle-ci rappelle que l’architecture est une mission d’intérêt public qui doit correspondre à des choix réglementaires, d’urbanisme et à ceux des concitoyens. Une responsabilité nous incombe donc.

Cela signifie que lorsque nous avons une mission d’acte de construire, notre responsabilité est de travailler pour arriver à respecter un contrat mais aussi de travailler avec tous les acteurs, des élus aux utilisateurs. On entend souvent qu’il y a des rapports conflictuels parce que l’architecte ne veut pas déroger au projet qu’il a dessiné. On oublie qu’il n’a pas dessiné tout seul, que c’est un acte collectif. Quand les expériences sont réussies, c’est bien souvent qu’on a réussi à former une équipe avec les entreprises.

Avez-vous des exemples de coopération vertueuse ?

Je garde un beau souvenir de la construction du collège Lucie Aubrac à Tourcoing. Elle représente l’aboutissement d’un projet réalisé avec un intérêt commun. On parle souvent du métier d’architecte comme d’un métier passion. C’est aussi le cas pour les artisans et les compagnons. Quand on explique avec nos mots d’où vient un projet, comment on aimerait le réaliser, on embarque plus de gens que l’on commence une relation autour du planning et du coût de construction.

Nous souhaitions la pose, mais pas de manière traditionnelle, d’une brique moulée main, avec des joints qui s’effacent pour donner un volume de pierre. On a eu beaucoup d’échanges avec les artisans sur la technique, comment manipuler la corde…

Plus récemment, notre réalisation Avenue du Peuple Belge est le fruit d’un travail minutieux avec les entreprises.

Qu’attendez-vous des entreprises en tant qu’architecte?

Il faudrait que l’on se voie plus souvent en amont des projets pour une compréhension partagée de nos métiers, de nos contraintes. Ces dernières années, nous sommes amenés à travailler de plus en plus tôt en partenariat avec les entreprises. Beaucoup de maîtres d’ouvrage optent pour une solution de partenariat architecte-entreprises. Malheureusement, on trouve qu’ils ne sont pas suffisamment encadrés pour obtenir un objectif commun. Souvent, quand on est associé à une entreprise pour répondre avec une offre globale dictée par un objectif “coût-planning”, l’autorité de l’architecte est effacée. C’est un danger pour la qualité, car cette autorité, est dictée par une mission d’acte de construire de A à Z.

Ma première attente en tant qu’architecte, c’est donc la compréhension des métiers, puisque l’entreprise partage notre exigence parce qu’on signe un contrat commun : réaliser un ouvrage pour les autres. Et qu’on ne mette pas sur la table l’argumentation première de l’argent qui domine souvent les problématiques de chantier. Si on a un but commun, on trouve des solutions ensemble. On attend aussi que les propositions soient sincères et englobent respect des coûts, de la qualité, et de la technique.

Vos relations avec les entreprises sont-elles différentes à l’étranger ?

Ce qu’on vit en France, nécessite beaucoup plus d’interactions avec les entreprises . En Chine ou à Hong Kong, on est plus sur un enchaînement de missions. La conception comprend une forte responsabilité technique avec une phase de dessin de construction. En France, l’entreprise intervient sur la base de plans pro et va ensuite les interpréter.

Dans les pays où nous travaillons, il y a beaucoup de pré-consultations pour vérifier que le dossier va correspondre à des prix de construction. Cela peut avoir une influence sur la conception. Il y a une implication technique très forte des architectes à l’étranger qui demande à ce que les équipes soient formées à l’ ingénierie. Les bureaux ont plus de mixité dans les compétences.

Cela vous donne une connaissance plus fine des contraintes des entreprises …

Nous avons intérêt à mieux maîtriser notre chaîne. Le trio qualité, coût, technique, nous pousse à influencer notre travail en France pour que l’architecture reste un acte complet et une garantie du résultat attendu. Je crois beaucoup au rapprochement des diverses disciplines autour de l’architecte avec par exemple des métiers de coordination comme le BIM Management. Ils sont aujourd’hui éclatés. Je pense que l’architecte doit prendre le contrôle de ces différents outils.

Le bâtiment est un objet, alors que l’architecture est un organisme vivant qui comprend des espaces, des fluides, de la structure, etc…. L’articulation de tout cela doit être au service de l’architecture.

Le BIM l’est-il ?

Pour l’instant, il n’est pas suffisamment efficace avec simplement les transmissions de maquette… Ce travail doit aussi être plus valorisé en amont dans les missions de conception. Tout le monde le demande, mais tout le monde n’a pas encore la maîtrise de l’exploitation de ce passeport du bâtiment.

L’innovation viendra aussi de l’intelligence artificielle et de l’usage des données. On peut par exemple minimiser l’impact des fondations d’un bâtiment en fonction du contexte géotechnique par l’intégration de data et anticiper des aléas aujourd’hui rencontrées très tardivement. L’analyse des données est une source d’optimisation pour les architectes, comme pour les entreprises.

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