Malgré la sortie d’un guide de préconisations sanitaires pour reprendre les chantiers, les entreprises de bâtiment régionales restent confrontées à des impératifs compliqués. Benoît Loison, président de la FFB Nord-Pas-de-Calais, craint pour la santé économique d’un secteur déjà fragile qui se met en ordre de marche pour reprendre dans de bonnes conditions.

 

Le guide des préconisations sanitaires est sorti après plusieurs jours de flou quant à la nécessité de poursuivre les chantiers. Qu’apporte-t-il ?

Ce guide permet d’avoir un cadre, c’est positif. Et nous avons bataillé dur pour que le entreprises de bâtiment puissent accéder au chômage partiel.
Maintenant, il faut pouvoir l’appliquer, ce qui n’est pas aisé car pour assurer la sécurité des compagnons, qu’il faut déjà pouvoir les accueillir sur les chantiers et dans les bases vies. Il faut aussi éviter la co-activité, ce qui nous amène à nous interroger sur le fait de travailler un lot à la fois. 

Certaines entreprises de gros oeuvre envisagent la reprise avec des chantiers tests. Mais nous avons toujours le problème de la distanciation, car bien souvent pour réaliser une tâche nous avons besoin de deux salariés à moins d’un mètre. Donc tant que nous n’avons pas accès aux masques, c’est compliqué.

La FFB Nord-Pas-de-Calais s’est mobilisée en commandant 160 000 masques pour doter nos adhérents, ainsi que 30 000 bidons de gel hydroalcoolique qui arrivent au compte-goutte. Cela permettra aux entreprises qui le souhaitent de tenter de reprendre les chantiers. Nous avançons doucement et surement.

Se pose aussi la question des véhicules, qu’on ne peut pas multiplier. Le risque est de devoir doubler l’ensemble des moyens, si dans certains cas il fallait une nacelle, là il en faudrait deux. Cela veut aussi dire que nous mettrons deux fois plus de temps, travailler en mode dégradé et risquer de perdre de l’argent. Alors oui, il faut regarder pour reprendre, il y a d’ailleurs une forte volonté des préfets pour que les chantiers rouvrent mais nous devons d’abord régler un certains nombres d’impératifs.

A titre d’exemple, chez Loison nous avons commencé à reprendre une activité partielle depuis lundi, notamment en bureau d’études ce qui est plus facile, et en atelier, avec forcément des inquiétudes des salariés en cas de symptômes chez un des leurs.

 

Peut-on parler d’un frémissement de reprise ?

C’est pour l’heure difficile à mesurer. Il y a en tout cas des essais. Avec plusieurs cas de figure, puisque certains maîtres d’ouvrage ont décidé de fermer leurs chantiers. Je pense aussi à ceux qui travaillent chez des particuliers confinés chez eux qui ne souhaitent plus recevoir de prestataires extérieurs.

Quand bien même nous pouvons travailler en bureau d’études, ça reste compliqué de réaliser des relevés de côtes sur des chantiers fermés, ce qui nous bloque pour lancer en fabrication. Le bâtiment reste une chaîne. Il faut aussi que les maîtres d’oeuvre et les OPC puissent être investis pour coordonner l’activité avec les SPS. Je note que le négoce repart.

Mais ce qu’il nous faut en priorité, ce sont les équipements de protection individuelle, notamment des masques et du gel. 25% des entrepreneurs estiment qu’il serait possible de reprendre l’activité si des équipements de protection individuelle nécessaires étaient disponibles, si l’accès aux matériaux était assuré et avec la mise en place de règles claires pour gérer les chantiers.

 

Une ordonnance est venue adapter de manière provisoire la délivrance de certains permis d’aménager les suspendant jusqu’au 25 juin. C’est un coup d’arrêt supplémentaire ?

Au niveau national, nous réalisons un lobby fort car il faut d’ores et déjà préparer la reprise. On sait que ça va être économiquement compliqué, beaucoup d’entreprises souffrent déjà. Je rappelle qu’avant cette crise sanitaire, le bâtiment restait un secteur fragile. Avec aujourd’hui une production à l’arrêt, il n’y a plus de facturation. Or les charges fixes courent toujours tout comme le paiement des fournisseurs, ce qui conduit à de grosses tensions de trésorerie.

Donc au moment de la reprise, il faudra que les projets soient prêts, que les permis de construire soient délivrés, les appels d’offre lancés pour qu’il n’y est pas d’arrêt. Ce serait sinon une catastrophe. Si alors que les conditions de reprise sont réunies, nous sommes ralentis pour des questions administratives, on risque la double peine.

En attendant, les vérifications des situations de travaux des entreprises qui déclenchent la facturation doivent se poursuivre. Nos entreprises ont déjà des trésoreries très tendues. Je suis forcément inquiet du risque économique.

 

Quelles sont les principales inquiétudes des chefs d’entreprise du bâtiment ?

A la FFB Nord-Pas-de-Calais, nous avons mis en place une hotline juridique pour répondre à nos adhérents. Dans un premier temps, les questions se portaient sur la partie sociale sur le chômage partiel, les arrêts maladie, le droit de retrait et des interrogations liées aux arrêts de chantier. Maintenant, elles portent surtout sur la reprise des travaux et des surcoûts engendrés, estimés entre 10 et 20% selon les chantiers. Pour y répondre, nous avons rédigé un guide de reprise, notamment sur la partie contractuelle en fonction des types de chantier, et des courriers types en matière de droit social.

Enfin, nous échangeons avec bon nombre de maîtres d’ouvrage, bailleurs sociaux notamment, pour déterminer, ensemble, les bonnes conditions de reprise.

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