Pris en étau entre poursuivre le travail et protéger leurs salariés, les dirigeants du Bâtiment naviguent à vue. Non sans incompréhension, colère et amertume.

“Le Groupe Ramery a bien évidemment avant tout comme volonté de préserver la santé de ses collaborateurs, celle de leurs familles et de participer activement au plan de confinement national quoiqu’il lui en coûte. C’est la raison pour laquelle nos activités sont suspendues dès ce jour”. Depuis mardi, les messages de ce type se multiplient, tant chez les entreprises générales que chez les artisans. “Nous sommes en confinement depuis mardi midi, indique-t-on chez Nord France Construction, le respect des règles de distanciation n’étant pas compatibles avec le déroulement d’un chantier”. Idem chez Rabot Dutilleul et la plupart des entreprises générales. 

“Le coronavirus ne fait pas parti de notre domaine de compétence”

Du côté des TPE-PME, le manque de clarté dans les consignes à adopter pour les entreprises de bâtiment les a plongé dans le flou total. Sur les réseaux sociaux, les coups de gueule fleurissent. A l’instar de celui de Loïc Lemesre, dirigeant d’Ecolopo à Bondues s’adressant directement au Gouvernement. “Nous avions décidé de continuer mardi, puis avons finalement arrêté dans la journée. Je n’étais plus capable d’assurer la protection des salariés, nous recevions des OS d’arrêts de chantier et nos fournisseurs nous annonçaient leurs fermetures. Je ne comprends pas la position du Gouvernement : on nous demande de rester confiné et on devrait envoyer nos gars, inquiets, au casse-pipe ?”
Et le dirigeant de l’entreprise de bardage de s’interroger : “comment assurer la sécurité dans des bases vie, à plusieurs sur une nacelle?”
Sur LinkedIn, il détaille “Avant d’exposer un salarié à un risque de travail en hauteur, je forme le salarié, j’écris un mode opératoire pour le protéger parce que c’est mon domaine professionnel. Si vous nous demandez la reprise des chantiers, organisez une réunion avec votre conseil scientifique, nos responsables syndicaux, la médecine du travail et la DIRECCTE pour nous aider à mettre en place les bons modes opératoires : le coronavirus ne fait pas parti de notre domaine de compétence.

 

Sur LinkedIn, Loïc Lemesre, dirigeant d'Ecolopo interpelle le Gouvernement.
Sur LinkedIn, Loïc Lemesre, dirigeant d’Ecolopo interpelle le Gouvernement.

 

Aujourd’hui, certains de ses 16 salariés sont en congés, d’autres en chômage partiel, ce qui pourrait être généralisé si la situation dure. Pendant cet arrêt, Loïc Lemesre s’emploie à préparer la reprise et attend une commande de masque. Mais surtout “une ligne claire pour savoir quoi faire. On n’a pas fermé nos chantiers de gaieté de coeur…”

“Discours irrespectueux”

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Olivier Rio, dirigeant d’Alisa dépollution
© Bertrand Bechar

Même son de cloche pour Olivier Rio, patron d’Alisa Dépollution à Lallaing. Joint par téléphone alors qu’il faisait “la tournée des chantiers pour les sécuriser et éviter vols et vandalisme”, il ne décolère pas. “Ce discours est incompréhensible. Neuf maîtres d’ouvrage sur dix nous ont mis dehors dès mardi. Je n’ai pas d’équipements de protection individuelle (EPI) qui proviennent de Chine, ni de procédures définies pour protéger mes salariés. Et on nous dit d’aller sur les chantiers ! Comment y envoyer des gars alors qu’ils ne peuvent plus se restaurer ? A plusieurs dans une camionnette ?”.
Si une partie des 45 collaborateurs continue de gérer les affaires courantes administratives du mieux possible, d’autres sont en activité partielle ou gardent leurs enfants. Pourtant, l’ancien Président régional et toujours membre de l’OPPBTP s’interroge : “notre équipe est spécialisée dans la décontamination, pourquoi ne pas nous solliciter pour participer à l’effort national, pour nettoyer des couloirs d’hôpitaux par exemple ?”

Plus grave encore, Olivier Rio regrette “un discours irrespectueux et manquant de considération”. Le mal est fait.

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