Comment les entreprises de bâtiment ont géré ce deuxième confinement ? Mieux armés, les dirigeants régionaux ont abordé cette seconde vague du Covid-19 différemment dans une forme de résilience. Pour La Chronique du BTP, ils nous donnent leurs ressentis et tirent un premier bilan.
Par Mathilde Colin

SOFLACOBAT >> Annick Berrier PDG – Caëstre

Chaque entreprise est actuellement dans une phase de résilience

« Nous nous attendions à cette deuxième vague, raconte Annick Berrier, PDG de Soflacobat à Caëstre. Nous n’avons pas eu la même sidération qu’en mars où nous avons tout de même été en arrêt 7 semaines ! » Les bonnes habitudes ont été gardées : port du masque, respect des gestes barrières et des préconisations recommandées par l’OPPBTP. Les chefs de chantiers ont toujours la double casquette de ‘référents COVID’ sur chacun des chantiers.

« Nous avons été très entourés par la FFB 5962, souligne la dirigeante. Elle a fait un travail incroyable : vente de masques à moindre coût, service juridique qui a su répondre à nos incertitudes, visioconférences avec Augustin Outters, président de l’UMGO. Il y a eu également beaucoup de solidarité de la part de la SMABTP avec le gel des cotisations notamment sur les assurances des véhicules immobilisés. Et certains maitres d’ouvrage ont aussi été plus vertueux en payant plus rapidement leurs factures. Tous les acteurs de la construction se sont mobilisés pour faire face à cette crise COVID-19 ». Avec un chiffre d’affaires qui devrait afficher les 16 M€ en fin d’année et malgré un léger décalage de démarrage des chantiers, Annick Berrier envisage 2021 avec sérénité : son carnet de commandes est déjà bien rempli.

GAZ SERVICE >>  Sylvain Kwiathowski Président – Marly

Les bailleurs ont joué le jeu

« Nous sommes une majorité à avoir souffert de cette crise, confie Sylvain Kwiathowski, président de Gaz Service à Marly. Lors du premier confinement, je suis passé de 180 salariés à une quinzaine sur le terrain. Pour cause? Les bailleurs sociaux, qui représentent 70% de notre activité, ont stoppé leurs bons de commande. Nous devions traiter uniquement les interventions d’urgence ». Cette réduction d’activité s’est répercutée sur le chiffre d’affaires. En comparaison à juin 2019, Gaz Service a perdu 1 million d’euros sur les 6 millions estimés. Heureusement, l’entreprise de plomberie-chauffage dispose de trésorerie et a su faire preuve d’anticipation en gonflant ses stocks de 30% en février. « Puis la majorité de nos clients ont joué le jeu. SIGH et Vilogia ont été très pros en accélérant leurs paiements ».

D’autre part, depuis cette première vague, Sylvain Kwiathowski a dû recruter pour compenser l’absentéisme de salariés malades ou en attente de résultats de tests COVID-19 (15 à 20%). Ses nouveaux embauchés ? Des apprentis ou encore des salariés issus d’entreprises qui n’ont pas su gérer la crise. Il sait déjà que son chiffre d’affaires 2020 sera moins bon que l’année dernière avec 15% de perte. Mais il espère que tout cela ne sera plus qu’un lointain souvenir en 2021. « Le fait d’avoir maintenu l’activité permet aux salariés d’être moins angoissés. Ils sont contents de venir travailler au lieu d’être confinés chez eux. »

40 m2 >>  François Delahaye et Jean-Baptiste Formet Dirigeants- Lille

« Pour le premier confinement nous n’avons pas réellement eu de soucis, explique François Delahaye co-dirigeant de 40 m2 à Lille. En amont, nous nous étions bien approvisionnés auprès de nos fournisseurs. Nous en avons profité pour restructurer notre atelier et revoir notre gestion comptable ».
Ironie du sort, la généralisation du télétravail leur a apporté de nouveaux clients : « Faute de place chez eux, les gens ont voulu faire des extensions pour y mettre une pièce de bureaux ». Une aubaine pour cette entreprise créée en 2017. Elle conçoit et réalise des extensions en ossature bois clé en main. « Finalement 2020 s’annonce meilleure que 2019 avec 380 000 euros de chiffre d’affaires », ajoute-t-il.

LOÏC LEMESRE ECOLOPO dossier BTP Chronique-min

ECOLOPO>>  Loïc Lemesre Dirigeant-Bondues

Après la clôture cet été de son bilan annuel, Loïc Lemesre, gérant d’Ecolopo, entreprise de bardage située à Bondues a recommencé à respirer. « Notre chiffre d’affaires ? Il est moins bon que les années précédentes mais ce n’est pas non plus la cata » confie-t-il. Avec 17 salariés, l’entreprise affiche 3,7 millions d’euros pour 2019-2020 au lieu des 4 millions d’euros escomptés. « Heureusement que nous avions eu un très bon début d’année. Je peux dire que nous n’avons pas réellement souffert de la première vague. Grâce à la mise en place du chômage partiel et des prêts garantis par l’État, même si nous ne les avons pas utilisés. A ce jour, nous sommes à 50% de notre production et notre carnet de commandes affiche plus d’un an d’avance ». 

On commence à voir le bout du tunnel
Pour le dirigeant, ce qui a changé depuis la première crise du COVID-19, c’est qu’aujourd’hui il y a moins d’anxiété. L’activité a pu continuer. Et son entreprise s’est armée, avec des masques et du gel. « Nous continuons la visite quotidienne sur nos chantiers pour vérifier que nos gars se portent bien ». Il en a profité également pour faire le point sur sa société. « Lorsqu’un salarié nous a quittés avant l’été nous nous sommes accordés de la souplesse en choisissant de ne pas le remplacer. Cette fois-ci, je pense qu’on va commencer à voir le bout du tunnel », confie Loïc Lemesre, avec le même optimisme que pendant la première vague . 

THOMAS GOURLET dossier BTP Chronique-min

LOCUFIER>>  Thomas Gourlet Dirigeant-Mons-en-Baroeul

Après un petit trou d’air en juin-juillet, aujourd’hui l’activité est là pour Thomas Gourlet, gérant de l’entreprise Locufier à Mons-en-Baroeul. « Pour nous cette deuxième vague c’est un
« non évènement » car nous pouvons continuer à exercer notre métier. Avec le recul, on peut dire que nous avons assez bien vécu la première, nous nous en sommes sortis et notre carnet de commandes était bien regarni à la rentrée de septembre ». Aujourd’hui, sa seule crainte serait que ses 14 salariés se retrouvent sur le flanc. « J’ai des gars pour qui le Covid ne fait pas peur et d’autres qui sont plus inquiets à l’idée de tomber malade…»

BEAUREGARD>>  Rémy Beauregard Dirigeant-Liévin

Un COVID révélateur
« Aujourd’hui le COVID-19 a eu raison de moi, confie Rémy Beauregard, ex-dirigeant de l’entreprise éponyme à Liévin. La première vague passée, je me suis remis en question, comme beaucoup de confrères je pense ». Certes l’ancien dirigeant spécialisé dans la restauration extérieure des bâtiments aurait pu rebondir . Les chantiers étaient au rendez-vous. « J’ai eu peur de me reprendre une deuxième vague dans la figure. Cela a déclenché l’envie de passer à autre chose. J’ai alors proposé à mes salariés de reprendre l’entreprise mais cela n’intéressait personne. ‘Etre dirigeant c’est trop de charges sur les épaules’ », m’a-t-on fait comprendre… »

Puis il a eu une proposition venant de l’extérieur. Il a donc cédé son entreprise de 4 salariés en juillet. « Aujourd’hui, je ne regarde pas en arrière. Etre dirigeant dans ces conditions actuelles c’est difficile : problèmes de charges, gérer des salariés pas toujours conciliants…
Je ne suis plus étonné de voir certains dirigeants en avoir ras le bol et se lancer en tant qu’auto-entrepreneur. Je repars sur une autre activité hors bâtiment avec de nouvelles perspectives et je pense même quitter la région ». 

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