Après trois ans à la présidence de la Fédération Française du Bâtiment Nord-Pas-de-Calais, Benoît Loison est candidat au renouvellement de son mandat en avril prochain. L’occasion de faire le point sur la santé du bâtiment en région et son action à la présidence de la FFB 5962.

 

Comment se porte le bâtiment dans le Nord et le Pas-de-Calais ?

Nous observons un regain d’activité au niveau de la profession, c’est vrai.

Evidemment, il faut que ça perdure même si nous savons que les élections municipales vont ralentir les constructions et que le nombre de permis de construire tend actuellement à la baisse.

Néanmoins, il faut rester sur une spirale positive. Pendant que certains se positionnent sur les chantiers du Grand Paris et des Jeux Olympiques, nos entreprises régionales auront le champ plus libre sur les marchés locaux et sur les grands plans régionaux : renouveau du bassin minier, ANRU ou coeur de ville par exemple.

C’est dans ce contexte que la FFB 5962 lance son “pacte de confiance et de croissance” pour ne laisser aucune entreprise sur le bord de la route. Je pense à celles qui ont un carnet d’activité, mais qui, faute de financement de leur besoin en fonds de roulement, risquent d’être bloquées dans leur lancée, voire pire. Les entreprises de bâtiment restent encore fragiles. Ces dix dernières années, en gardant au maximum leurs ressources humaines, elles ont asséché leurs trésoreries. Donc aujourd’hui, alors qu’il faut amorcer la pompe, c’est un peu plus difficile.

Nous avons donc rappelé aux maîtres d’ouvrage qu’ils doivent être vigilants s’ils veulent que les entreprises se développent et continuent à recruter. Le fait que les retenues de garanties des marchés d’Etat baissent de 5 à 3%, est par exemple une bonne chose. Parce que c’est de la trésorerie que l’on retient aux entreprises. 2% d’un marché, ce n’est parfois même pas leur résultat !

Idem avec les cautions bancaires, qu’on n’utilise que très rarement ou encore les avances de trésorerie.

Avant le chantier, devis et études demandent un investissement. On a plaidé pour avoir des mémoires techniques pour être choisi en fonction de compétences plus que par rapport à un prix. Pourtant, cette mission n’est pas valorisée. Quand les travaux démarrent, on fait les plans et installations de chantier. Puis une fois que l’architecte, le bureau de contrôle, voire l’AMO ont donné leurs accords, on commande, on fabrique et enfin on pose.

Avant de commencer à facturer, le circuit est donc très long. D’où la nécessité d’être payé dans les 30 jours. Les entreprises paient bien, elles, les salariés à la fin du mois. Et quand on regarde la part de main d’oeuvre dans les marchés de bâtiment, on est bien un métier de ressource humaine.

 

Les délais de paiement s’améliorent-ils ?

Non mais nous espérons beaucoup de chorus pro qui devrait réduire ces délais. Là encore, nous sommes prêts à nous engager, même à former, y compris des maîtres d’oeuvre ou des maîtres d’ouvrage qui ne le seraient pas.

 

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Benoit Loison et une partie des membres du bureau de la FFB 5962

Y a-t-il d’autres leviers ?

Nous avons travaillé sur le recrutement, la formation et notamment sur ce qui peut être acceptable en matière de clauses d’insertion pour recruter durablement et proposer de vrais parcours. On peut accueillir un certain nombre de personne en recherche d’emplois sur un chantier mais il ne faut pas qu’ils soient plus nombreux que l’encadrement ! C’est essentiel pour la formation mais aussi pour la sécurité.

Après un sondage auprès de nos entreprises pour vérifier les temps de chantier en insertion, nous avons donc voté à l’unanimité du bureau Nord-Pas-de-Calais une grille de pourcentages de taux d’insertion. Par ailleurs, nous militons contre l’application des indices de révision négatifs, au risque de tuer l’entreprise.

J’attire aussi l’attention sur les pénalités. On déconsidère l’entreprise de bâtiment et on a tort, car un jour certaines refuseront de répondre à certains maîtres d’ouvrage. Aujourd’hui, seul le maître d’oeuvre peut imposer des pénalités. Mais pourquoi imposer des pénalités intermédiaires si finalement le délai global est respecté ? On l’a vu sur certains chantiers régionaux qui ont pris, un, voire deux ans de retard.

Pas sûr que ce soit les entreprises qu’il faille pénaliser mais peut-être l’organisation ou la préparation qu’il faut revoir.

 

Quel est le climat actuel ?

On pourrait se dire que puisque l’activité va, l’ambiance suit. Je trouve pourtant que tous les intervenants de la construction restent dans un climat tendu.

Face à cela, nous devons travailler le sujet et je pense que les nouvelles technologies et l’innovation peuvent être porteuses de nouvelles façons de construire tous ensemble, dès lors qu’elles sont au service de l’humain.

 

On sait le recrutement tendu… est-ce une inquiétude ?

C’est une vraie préoccupation, mais finalement saine. Je préfère gérer cela, travailler sur l’attractivité, la formation, la fidélisation de nos collaborateurs que courir après les marchés.

Parmi nos préoccupations pour la survie de nos entreprises, le coût pour construire des bâtiments augmente. Il augmente plus aujourd’hui que le prix de vente.

Outre les prix des matériaux, ce qui croît le plus, c’est la main d’oeuvre car les entreprises doivent recruter et celles qui n’ont pas anticipés la formation ou l’alternance sont obligées d’aller “chasser” chez leurs confrères.

Oui nous avons un beau métier, il faut aussi le montrer aux jeunes et aux parents. Les Olympiades des métiers en sont une belle vitrine.

 

Rénovation urbaine, renouveau du bassin minier, coeur de ville, les programmes d’envergure se multiplient en région. Comment les envisagez-vous pour nos entreprises ?

Ces logements sont aussi pour nos salariés. Si on veut continuer à payer les loyers, il faut continuer à donner du boulot. Donc ça me paraît logique que les salariés du bâtiment du Nord-Pas-de-Calais soient les premiers à travailler sur ces travaux.

D’autant qu’on s’identifie avec fierté, notamment dans le bassin minier où je pense qu’il est fondamental que ce soit des gens issus de ces quartiers qui s’y investissent. Nous avons travaillé et pesé de tout notre poids pour appeler à la vigilance les donneurs d’ordre en disant : attention à votre calendrier des appels d’offre, de réalisation des travaux parce qu’il faut que ce soit le tissu des entreprises locales qui puisse répondre, que les petites entreprises aient accès à ces marchés, d’autant qu’elles seront amenées à suivre l’entretien.

C’est aussi une aubaine et une opportunité en matière de formation. Là encore, on a des demandeurs d’emplois qui se mettent sur ce créneau avec l’ambition d’avoir un métier qui a du sens.

Nous sommes prêts depuis longtemps et je suis content que cela démarre enfin ! Mais face au retard de certains chantiers, le risque est de vouloir rattraper le temps…

 

Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

Je reste optimiste sur l’activité.

Aujourd’hui les entreprises sélectionnent les dossiers.  C’est pour ça que notre pacte de croissance, est aussi un pacte de confiance. On en a besoin, les entreprises iront sur des marchés où elles ont confiance pour faire de la croissance.

On peut tous s’y retrouver.

 

benoit-loison-portrait-chronique-ffbVous arrivez au terme de votre mandat de trois ans. Quel bilan faites-vous ?

Nous venons d’achever ce que j’appelle “le mandat des mandataires” visant à redonner du sens à l’engagement. J’ai souhaité qu’on les mette à l’honneur car ce sont eux, bénévolement, qui représentent la profession, sur des domaines allant du social à la technique en passant par l’Urssaf et la Carsat.

Notre programme, pour une “ fédération forte, proche et innovante” a été réalisé à 97%. Proche, vous le verrez bientôt sur les routes avec notre truck, aux couleurs de la FFB et de l’IFRB. Il va sillonner la région car nous voulons aller au plus près des adhérents, des mandataires mais aussi des jeunes pour porter les messages du bâtiment.

Avec notre pacte de confiance et de croissance, nous avons réaffirmé notre force.

Enfin, nous avons mené un travail avec les unions de métiers pour sourcer les innovations les plus pertinentes pour nos chantiers. Nous testerons bientôt ces innovations. Ce sera l’occasion de parler du numérique, des nouvelles façons de construire, d’aborder le lean…

En somme, de travailler à un processus qui puisse remettre l’humain au centre de la construction. Car la principale richesse des entreprises de bâtiment, c’est nos ressources humaines.

A l’occasion de Nordbat, nous serons aussi partenaire du pavillon des start-ups, et mettrons à l’honneur un travail d’étude mené avec l’association Habiter2030 après sa victoire au Solar Décathlon.

Fort de ces actions, je suis candidat pour poursuivre le travail auprès de nos adhérents pour un nouveau mandat de trois ans.

 

Comment imaginez-vous votre prochain mandat ?

2017-2020 : Une FFB 5962 Forte, Proche, Innovante : les fondations sont posées, le chantier plus qu’entamé.

2020-2023 : Une FFB 5962 Forte, Proche, Innovante… et visible. Ensemble, nous rendrons concrets nos projets. Nous lancerons Villavenir 3.0. Parce que l’humain est la première richesse du bâtiment, nous mettrons les innovations au service des entreprises et des hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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