Arnaud Lefort, PDG d’Indelec, dans son nouveau laboratoire de recherche, sous le faux nuage d’où partira la foudre. A gauche, le générateur dit « de Marx » capable de générer 1,6 million volts.

Arnaud Lefort, PDG d’Indelec, dans son nouveau laboratoire de recherche, sous le faux nuage d’où partira la foudre. A gauche, le générateur dit « de Marx » capable de générer 1,6 million volts.

Douai : Indelec, dompteur de tonnerre

Spécialiste mondial de la fabrication et de la pose de paratonnerre, Indelec vient d’inaugurer son propre centre de recherche sur le site de sa maison-mère à Douai. Ouvert aux entreprises et aux universitaires, il permet à l’entreprise de 200 salariés de recréer la foudre à échelle réduite… pour mieux la maîtriser.Vous devez vous connecter pour accèder à ce contenu L’accès à cet article est réservé aux abonnés, veuillez vous connecter en cliquant sur le lien suivant

On connaissait Cupidon. Il faut désormais compter avec Indelec pour provoquer les coups de foudre. Tout se passe dans un laboratoire flambant neuf, sur un parc d’activités à la lisière de Douai. Derrière une paroi en verre, penché sur un tableau de bord à gros boutons, l’opérateur lance le compte à rebours… « Attention… 3,2,1… » Un éclair illumine soudain la salle. Parti d’un faux nuage accroché au plafond, la décharge finit sa course sur un paratonnerre posé au sol. « Nous évaluons ainsi de manière très fine l’efficacité de nos produits », explique Arnaud Lefort, 58 ans, patron d’Indelec. Une nécessité lorsqu’on veut conserver une longueur d’avance dans un marché de niche… mais en pleine expansion. L’urbanisation des pays en développement – Inde, Brésil, Chine – situés dans des zones orageuses offre à l’entreprise douaisienne des perspectives de croissance inédites. Discrète en région, Indelec jouit d’une réputation déjà bien établie sur les cinq continents. Leader français de son secteur, elle réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’étranger. Preuve en est, les bâtiments prestigieux sur lesquels est intervenue l’entreprise : le temple d’Angkor Vat au Cambodge, l’Acropole à Athènes, le château de Versailles ou encore le Mont-Saint-Michel.

Capable de provoquer des éclairs artificiellement, le laboratoire est le centre névralgique du nouveau centre de recherche inauguré en février dernier.
Capable de provoquer des éclairs artificiellement, le laboratoire est le centre névralgique du nouveau centre de recherche inauguré en février dernier.

Entre 7 000 et 200 000 euros

Quand Louis Lefort, le père d’Arnaud et Bertrand, les deux frères-dirigeant actuels, se lance dans le paratonnerre en 1955, il est loin d’imaginer le destin de son petit commerce. Davantage marchand qu’inventeur, l’homme fait ses affaires en plaçant ses petits bouts de fer sur les clochers des églises de la région. Au fil du temps, l’entreprise étend son activité aux bâtiments industriels, aux équipements sportifs, aux plateformes logistiques. Aujourd’hui, les sites régionaux d’Amazon, de Logistique Grimonprez, de Lesaffre ou encore de Roquette à Lestrem sont protégés par les paratonnerres d’Indelec. Le coût d’une installation ? Entre 7 000 euros pour un bâtiment unique à 200 000 euros pour une usine complète.
Dans les années 80, Indelec se lance dans la fabrication de ses propres produits. En 1986, elle met au point sa tête de gondole, le paratonnerre Prevectron. Aujourd’hui, elle consacre 5% de son chiffre d’affaires à la R&D et n’a pas hésité à investir 1,7 million d’euros dans son centre de recherche de 1400 m2 (financé à 10% par la Communauté d’Agglomération du Douaisis).

Prevectron, le paratonnerre conçu et commercialisé par Indelec.
Prevectron, le paratonnerre conçu et commercialisé par Indelec.

Un campus anti-foudre

Outre un laboratoire, générateur de coup de foudre, ce centre de recherche, baptisé LiRi (Lightning Innovation § Research Institute) comporte un campus destiné à former des ingénieurs. Ouvert aux clients, aux chercheurs, aux écoles, il se veut le lieu d’invention du paratonnerre de demain. Dernière innovation, un paratonnerre à dispositif d’amorçage : autonome, il anticipe les phénomènes précurseurs de la foudre et puise son énergie dans le champ électrique de l’orage. En attendant le paratonnerre « intelligent », connecté et capable de comptabiliser des impacts de foudre. Autre sujet d’études, Indelec met actuellement au point une technologie laser pour déclencher les orages à distance, en partenariat avec l’université de Lille CERLA. A l’heure de la chasse aux énergies renouvelables, pourrait-t-on récupérer l’électricité de la foudre ? « Il y a 10 ans, je vous aurais dit qu’il est impossible de stocker une telle quantité d’énergie produite de manière aussi brève », précise Arnaud Lefort, « maintenant… quand on voit ce que fait un Elon Musk, (le patron des voitures électrique Tesla, initiateur de trouvailles futuristes en tout genre ndlr), on peut tout imaginer. » Et continuer à rêver que l’homme maîtrisera un jour le feu du ciel.

La Fiche

Création : 1955
Salariés : 200
Chiffre d’affaires : 30 millions € (dont 80 % à l’export)
Actionnariat : 100% familial
Implantations : 10 en France (Paris, Lyon, Strasbourg…) et 3 à l’international (Inde, Brésil, Vietnam)