« Quand une anomalie sur une infrastructure est trop visible, c’est déjà trop tard et donc trop cher », estime Matthieu Levivier qui voit dans Citymagine un outil préventif.

« Quand une anomalie sur une infrastructure est trop visible, c’est déjà trop tard et donc trop cher », estime Matthieu Levivier qui voit dans Citymagine un outil préventif.

Citymagine: Les infrastructures sous toutes les coutures

Grâce à son robot-photo à 360°, la start-up Citymagine à Lille inspecte de manière automatisée les routes, les voies navigables et bientôt les équipements urbains. En partenariat avec le groupe Hélios, leader de la signalisation routière, elle compte bien séduire le maximum de collectivités locales en France… et dans le monde.

Cherchez l’erreur… Sur cette image à 360° d’une route du Béthunois, on distingue un passage piéton à moitié effacé par le temps, un panneau «stop» caché sous les autocollants d’un syndicat, des lampadaires ne répondant plus aux normes… Des anomalies répertoriées à même la photo, qui renvoie à une carte du département coloriant les routes en vert, orange ou rouge selon leur degré de conformité, voire leur dangerosité. « L’image vaut 1000 mots » avance Matthieu Levivier, 42 ans, cofondateur de Citymagine avec José Costa, 53 ans. A la base de de leur solution d’inspection automatisée des infrastructures, il y a ce robot-photo capable de photographier son environnement à 360° et en haute définition. Fixé sur le toit d’une voiture ou d’un bateau, cet « appareil-photo » intelligent prend des images des routes ou les voies navigables. Si Citymagine fournit le robot, le chauffeur et son véhicule dépendent du client.
Une fois les données visuelles recueillies, elles sont classées et décortiquées. Un travail de titan effectué grâce à l’intelligence artificielle. Mais aussi grâce l’expertise d’Hélios, n°1 français du marquage sur route, bon connaisseur des lois relatives à la signalisation et donc, à même de repérer les anomalies d’une infrastructure. Partenaire et unique client de Citymagine (pour le moment), Hélios est à l’origine de la mise sur orbite de la start-up. Il y a à peine un an !

Intégrer le plan à l’image… et l’image au plan

Début 2016, l’incubateur d’Euratechnologies voit la rencontre de deux entrepreneurs expérimentés. Et libres de tout engagement. José Costa, le créatif d’un côté : après avoir cofondé Giroptic (fabricant de caméras à 360°) en 2008, l’ex-diagnostiqueur immobilier travaillait sur un projet de serrure connectée, mais souhaitait revenir à ses premiers amours. De l’autre, Matthieu Levivier, le pragmatique : débarqué en 2013 d’Immoprêt, courtier en crédit immobilier dont il assurait la direction, ce diplômé de l’Ieseg, également cofondateur de Mobile Angelo (réparation de smartphone à la demande) souhaitait se relancer dans l’aventure entrepreneuriale. L’idée qui réunit alors les deux hommes ? Mettre au point une technologie qui intégrerait le plan à l’image et l’image au plan. Ce qui ne s’appelle pas encore Citymagine est d’abord envisagée pour les acteurs de l’immobilier (diagnostic, métrage des fenêtres…). Sans succès. C’est la rencontre avec Hélios qui va orienter les deux hommes vers les infrastructures. Le spécialiste de la sécurité routière est sollicité par le département du Pas-de-Calais pour un état complet de son patrimoine routier. Comment répondre à la demande sans empiler des kilomètres de tableaux excel ? le duo Costa-Levivier réussit à convaincre que Citymagine est la solution idéale. L’entreprise est créée en avril 2016. L’outil finalisé en septembre 2017.

Outil de gestion budgétaire

« Jusqu’ici, les systèmes d’informations intelligents étaient faits par des initiés pour des initiés », juge Matthieu Levivier. Citymagine se distingue par sa facilité d’utilisation. Et par son « ouverture » : on peut y intégrer des données de l’extérieur : taux d’accidentologie établis par l’observatoire de la sécurité routière, fréquences des embouteillages provenant de la DIR, données d’autres territoires limitrophes de celui étudié…. Autant d’informations qui permettent aux gestionnaires d’infrastructures de prédire l’évolution de leur patrimoine. Et de leur portefeuille ! Car outre la maintenance, Citymagine offre aussi des outils de gestion budgétaire pour ses clients. Que coûterait la réparation de cette zone accidentogène ? La remise aux normes de ce tronçon vétuste ? A l’heure où les collectivités font face aux restrictions budgétaires, Citymagine veut séduire par sa capacité à faire faire des économies. « L’inspection préventive remplacera peu à peu l’inspection curative, dix à cent fois plus coûteux », veut croire Matthieu Levivier. Après les routes, les voies navigables, Citymagine veut s’attaquer aux équipements des villes : bornes de recharge électrique, station de vélos en libre-service, signalisation extérieure des réseaux de gaz, d’eau et d’électricité… « Encore plus que la route, la ville est un lieu de passage », constate Matthieu Levivier…qui ne se limite pas à la France. Après avoir remporté en juin 2017, le prix « Digital in Pulse » organisé par Huawei, le leader chinois des télécoms, les deux cofondateurs de la start-up sont partis en Chine début novembre. Au menu, prise de contact pour améliorer la technologie du produit et rendez-vous avec des clients potentiels. En janvier prochain, ce sera le salon de la Tech en Las Vegas. La route 66 est en ligne de mire.

La mort des inspecteurs d’infrastructures ?
Des anomalies répertoriées à même la photo, qui renvoie à une carte du département coloriant les routes en vert, orange ou rouge selon leur degré de conformité, voire leur dangerosité.
Des anomalies répertoriées à même la photo, qui renvoie à une carte du département coloriant les routes en vert, orange ou rouge selon leur degré de conformité, voire leur dangerosité.
Jugé « redoutable » par ses fondateurs, Citymagine signifie-t-il la mort des métiers d’inspection des ouvrages d’art et d’infrastructures ? « On fournit des outils pour simplifier les interventions sur le patrimoine de nos clients, mais on ne remplacera jamais des ingénieurs des ponts et chaussées ou des géomètres », rassure Matthieu Levivier. En revanche, l’émergence de Citymagine coïncide avec la difficulté des sites collaboratifs visant à recueillir les signalisations de routes dégradées. Ces plates-formes de type « J’ai mal à ma route » font appel à la bonne volonté des usagers pour signaler les problèmes de voiries. Forcément moins exhaustif qu’un robot et plus lent à analyser les milliards de données recueillies. Seul avantage, en cas de gros problème, l’alerte est plus efficace.