Manuel Candeias, ici dans un bunker kit qu’il a eu l’occasion d’installer pour l’industrie du luxe.

Manuel Candeias, ici dans un bunker kit qu’il a eu l’occasion d’installer pour l’industrie du luxe.

Bailleul : Camibat, ceinture noire en sécurité

Spécialisée depuis 20 ans dans la prévention des risques incendies, l’entreprise familiale Camibat s’est lancée avec bonheur depuis trois ans dans la mise en sécurité des bâtiments, activité qui représente aujourd’hui 40 % d’un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros. Une success-story portée par un goût pour l’innovation et… une certaine audace.

Se faire suffisamment confiance pour saisir la chance qui passe. Manuel Candeias, 54 ans, a touché du doigt cette qualité nécessaire à tout entrepreneur il y a trois ans. Au printemps 2014, le chef d’entreprise bailleulois est alors à Paris pour installer une porte coupe-feu chez un grand joaillier parisien. Depuis 1994, Camibat l’entreprise qu’il a fondée s’est fait un nom dans le désenfumage : l’évacuation des fumées d’incendies via des ouvrants ou des moteurs aspirants.
Au détour d’une conversation avec le responsable sécurité de la joaillerie, Manuel Candeias lui suggère d’installer des portes blindés dans le bâtiment. En glissant que le cas échéant, il pourrait assurer l’installation. Bingo ! Six mois plus tard, le joaillier le rappelle pour qu’il participe à un appel d’offre… qu’il remporte face à deux gros professionnels du secteur. Huit chambres fortes, dix portes blindées… Un marché à un million d’euros ! Les bijoutiers aiment la discrétion. Mais aussi le bouche à oreille. Quelques mois plus tard, Camibat est choisi pour réaliser une deuxième belle opération, toujours dans l’univers du luxe : 400 m2 de cloison modulaire blindée dans une tour de la Défense.

Cette pastille noire est un tag RFID permettant de contrôler la maintenance du dispostif.
Cette pastille noire est un tag RFID permettant de contrôler la maintenance du dispostif.

Respect du patrimoine

Installer des portes blindées, des guichets anti-balles, des chambres fortes… Dans une période de psychose due aux attentats terroristes, le succès de Camibat ne serait-il dû qu’à la conjoncture ? «C’est sûr que les gens vivent un peu dans la crainte» reconnaît Manuel Candeias qui a construit il y a peu une panic-room (pièce close où se retrancher en cas d’attaque) chez un particulier de la région (coût entre 15 et 20 000 euros). Mais l’expérience accumulée par Camibat depuis 20 ans a aussi joué en sa faveur. D’une part, l’entreprise connaît sur le bout des doigts la réglementation touffue de prévention des risques (plus de 6000 textes). D’autre part, elle obéit depuis sa naissance à un credo : un système de sécurité peut s’adapter à tous les bâtiments sans les dénaturer. Y compris quand ils sont classés ou inscrits aux monument historiques. C’est le sens du logo de Camibat : le Colisée de Rome affublé d’un petit carré jaune. Une conviction mise en pratique lors d’un chantier récent : l’habillage en métal blindé d’une pièce d’un grand hôtel parisien classé monument historique. Pour préserver le patrimoine existant, Camibat a réalisé un relevé 3D de la pièce, afin de concevoir un module en bunkerkit sans toucher aux éléments à protéger. Un avant-goût du BIM que l’entreprise utilise sur certains chantiers en profitant des installations mutualisées mises en place au siège de la FFB. Deux techniciens sont sur le point de partir en formation pour maîtriser cet outil. Parfait pour intégrer au mieux les installations de prévention des risques incendie dès la conception d’un projet.

En alerte sur l’innovation

Ce goût pour les nouvelles technologies, Manuel Candeias l’applique également à l’activité de désenfumage qui constitue encore le coeur de son activité. A la fin de l’année dernière, il a développé en partenariat avec A2SI – entreprise dunkerquoise tournée vers le nucléaire – un logiciel pour améliorer la maintenance de ses produits. Une puce RFID posée sur les portes coupe-feu ou les appareils de désenfumage permet désormais une traçabilité optimale du matériel. «Un service en plus offert aux clients », résume Manuel Candeias qui sait qu’il doit le succès de son entreprise à la relation privilégiée qu’elle a su nouer avec eux. Dès les débuts où il travaillait seul jusqu’à aujourd’hui. Dix personnes font désormais tourner la boutique. Parmi elles, ses deux fils et sa femme Régine, première supportrice de son entrepreneur de mari. «Sans elle, j’aurais jeté l’éponge. Quand il y en a un qui doute, l’autre est toujours là pour le soutenir », se félicite le Portugais d’origine, fils d’un ouvrier dans le bâtiment et d’une femme de ménage venus s’installer dans le Nord en 1970. «Mes parents m’ont inculqué le culte du travail». Et celui de savoir saisir sa chance au moment où elle passe. Ce qui ne gâche rien.