© Franck Crusiaux/La Chronique

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Logement : Sylvia Pinel au milieu du peloton

Jeudi dernier, la ministre du logement, Sylvia Pinel était à Lille pour la huitième étape de son tour de France de la construction.
Objectif, évaluer son plan de relance pour la construction de logements, décidé il y a tout juste un an.
Après une matinée passée à visiter le quartier neuf du Bois habité à Euralille, puis un programme de rénovation armentiérois, l’après-midi était consacrée à une rencontre avec les acteurs de la construction de la région.

 

 Sylvia Pinel n’est pas repartie les mains vides de Lille. Dans la salle des fêtes de la préfecture de Lille, l’échange suivant l’exposé de la ministre a donné l’occasion à plusieurs professionnels du bâtiments de soumettre leurs idées. Documents à l’appui. Ainsi Philippe Depasse, directeur général de Projectim a remis à Sylvia Pinel le « Livre Blanc pour la relance de la construction de logements dans le Nord-Pas-de-Calais ». Ce document porté par le Snal, la FPI, l’UMF, l’UNGE et la FFB liste les obstacles régionaux à la construction de logements, et propose une série de mesure pour les contourner.
En tribune, Gilles Dupont, directeur général de Rabot Dutilleul Construction, s’est fait le porte-voix du syndicat des entreprises générales, EGF.BTP, en proposant le projet « 100 projets sans tabou » visant à lancer des chantiers pilote affranchis de tout carcan réglementaire. Enfin, le responsable régional de l’UNPI a glissé à la ministre l’ébauche d’un dispositif fiscal qui permettrait aux propriétaires privés d’engager des travaux de rénovation énergétique en échange de réductions fiscales.

Dialogue détendu

Avant ce dialogue détendu, une table ronde animée par Maxime Bitter, rédacteur en chef de la Chronique du BTP avait permis à plusieurs acteurs du logement de partager leur vision du plan de relance. Premier à s’exprimer, Bernard Haesebroeck, vice-président au logement et l’habitat de la Métropole européenne de Lille (MEL) jugeait le plan de la ministre « intéressant », pointant la TVA à 5,5 % et l’accès élargi aux prêts à taux zéro, mesures fondamentales pour relancer l’activité. Le maire PS d’Armentières qui a pu accueillir dans la matinée la ministre pour lui montrer quelques courées à rénover dans sa commune, rappelait en revanche la nécessité d’un coup de pouce financier en faveur de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Il évoqua une piste de travail : encourager la mise à disposition de logements vacants sur la métropole (4500 dans la seule ville de Roubaix, 12 000 dans la région) en simplifiant les droits à la succession.
A sa suite, Frédérique Briquet, directrice générale adjointe de l’établissement public foncier, a répondu à l’interrogation de nombreux professionnels sur la difficulté à mobiliser le foncier. Un frein à la construction dû, selon elle, au temps et au coût que réclament la dépollution des friches, mais aussi à la nécessité d’acquérir une quantité de petites propriétés pour obtenir un terrain susceptible d’accueillir une opération immobilière. Le temps où le Nord-Pas de Calais regorgeait de grandes friches industrielles rapidement mobilisables est loin : des 10 000 hectares de terrains en jachère dans les années 80, il n’en reste aujourd’hui plus que 2000 hectares.

Davantage de mutualisation

Président de l’association régionale des bailleurs sociaux (ARH), Jean-Pierre René a jugé que le plan de la ministre allait dans le bon sens, mais qu’il fallait davantage de mutualisation entre bailleurs sociaux sur une même opération. Il estime même que cette mutualisation doit s’étendre aux bailleurs privés et aux associations. Il s’est par ailleurs inquiété – comme d’autres intervenants ensuite – des prix de revient toujours plus importants des logements (notamment en raison des normes environnementales) alors que le revenu des populations stagnait, voire régressait. Résultat, « on a des logements BBC vacants dans des opérations neuves, car les loyers sont trop élevés ».

Des pénalités financières pour les recours abusifs ?

Jean-Michel Sede, directeur de Loger-habitat et représentant de la FPI au sein du Comité régional de l’Habitat a estimé pour sa part, que l’effet du dispositif Pinel avait commencé à se faire sentir à la toute fin 2014 et que la clarté du dispositif avait facilité la commercialisation de logements.
Dernier interlocuteur de cette table ronde, Gilles Dupont, s’est fait plus grinçant que ses prédécesseurs en rappelant les 2500 emplois perdus chaque année dans le BTP dans le Nord-Pas de Calais. « Je ne vois pas de relance » a affirmé le directeur général de Rabot Dutilleul, louant tout de même la volonté des bailleurs sociaux pour maintenir leur investissements. Sylvia Pinel avait rappelé auparavant que le Nord-Pas de Calais faisait partie des quatre régions à avoir augmenté sa production de logements sociaux entre 2013 et 2014 en France.

Signes de reprises fragiles

La ministre du logement a tenu à répondre en conclusion à quelques points précis soulevés par les participants, notamment à Augustin Outers, directeur général de Sylvagreg, venu représenter la FFB. Les recours abusifs ? « Une mission étudie la mise en place de pénalités financières. » La suppression du COS voulu par Cécile Duflot dans la loi ALUR… qui complique l’effort de densification ? « Nous sommes en train de revenir dessus ». L’accessibilité au Prêt à taux zéro ? « Il n’est pas assez défendu par les banques ». Consciente que « les signes de la reprise sont encore fragiles », jugeant « les ventes de logements au premier trimestre encourageantes », Sylvia Pinel a rappelé le laps de temps entre les opérations des promoteurs et celles des constructeurs : « j’espère que les travaux seront lancés avant la fin de l’année ». Les professionnels du bâtiment aussi. 

 

Le débat dans la salle des fêtes de la préfecture avec de gauche à droite, Jean-Pierre René de l’ARHLM, Jean-Michel Sede (FPI), Bernard Haesebroeck, maire d’Armentières, Frédérique Briquet (EPF) et Gilles Dupont de Rabot Dutilleul.
Le débat dans la salle des fêtes de la préfecture avec de gauche à droite, Jean-Pierre René de l’ARHLM, Jean-Michel Sede (FPI), Bernard Haesebroeck, maire d’Armentières, Frédérique Briquet (EPF) et Gilles Dupont de Rabot Dutilleul.

 

Philippe Depasse remettant le Livre Blanc pour la relance du logement dans le Nord-Pas-de-Calais à la ministre Sylvia Pinel
Philippe Depasse remettant le Livre Blanc pour la relance du logement dans le Nord-Pas-de-Calais à la ministre Sylvia Pinel