La citadelle accueille désormais le siège de la Communauté Urbaine d’Arras. © CUA

La citadelle accueille désormais le siège de la Communauté Urbaine d’Arras. © CUA

Spécial Arras – Philippe Rapeneau Président de la Communauté Urbaine d’Arras « Notre démarche est entrepreneuriale »

«L’emploi, l’emploi, l’emploi». C’est sur cette priorité que Philippe Rapeneau a décroché la présidence de la Communauté urbaine d’Arras en 2011. Un programme qu’il défend avec une farouche envie de réussite pour son territoire. Et sa méthode semble fonctionner, en témoigne les deux dernières implantations d’Orchestra et du LFB. Il n’en oublie pas moins son engagement dans la transition écologique.
Pour la Chronique, il nous livre les ingrédients de sa recette. Rencontre.

 

Arras_cua_hd-27
La citadelle accueille désormais le siège de la Communauté Urbaine d’Arras. © CUA

Comme le dit le Président de la République, est-ce que “ça va mieux” dans l’Arrageois ?
Comme tout le monde nous avons vu le volume de travaux baisser. Pour autant, nous avons tiré notre épingle du jeu en maintenant un niveau de construction raisonnable. J’ai conscience qu’il y avait des secteurs géographiques plus en difficultés que nous.
On sent une forme de reprise avec de nouveaux dossiers, notamment en développement économique. En 2015, nous avons eu deux belles signatures avec l’arrivée d’Orchestra et du LFB. La première tranche d’Orchestra sera terminée cet été. Pour le LFB, la construction s’étalera sur 2016 et 2017 avec à la clé 300 millions d’euros d’investissement. Au-delà des travaux de construction, l’aménagement des abords générera également pas mal d’activités. Sans compter la potentialité de 1200 à 1300 emplois à terme, et ceux induits pendant la période des chantiers.
Parallèlement, nous avons plein d’autres dossiers à des échelles plus modestes, de 5-10 à 40-50 emplois. Globalement, ça se passe plutôt bien pour le territoire.

Vous vous positionnez comme un véritable challenger dans la bataille territoriale pour attirer les entreprises. Quelle est votre méthode ?
J’ai une devise : celui qui gagne est souvent celui qui en a le plus envie. Et pour gagner, il faut s’en donner les moyens. Moi, j’ai investi dans une équipe, une “dream team” notamment au développement économique, de gens motivés qui aiment ce qu’ils font, qui se battent pour le territoire, qui travaillent avec l’ensemble des services. Ils ont su nouer des relations de confiance avec les partenaires institutionnels, les services de l’Etat ou les apporteurs d’affaires. Nous faisons des efforts pour réduire nos délais d’instruction, pour être au maximum en amont, anticiper les attentes des investisseurs et y répondre qualitativement et quantitativement. Notre démarche est entrepreneuriale. Non pas à notre niveau, on ne gère pas une collectivité comme une entreprise, mais nous nous mettons à la place des chefs d’entreprise pour leur faciliter la vie. C’est aussi une commande politique : quand je suis arrivé en 2011, j’ai dit que j’avais trois priorités : l’emploi, l’emploi et l’emploi. Cela se décline aussi pour les transports et le logement, puisque tout est lié pour développer l’emploi. Je suis à l’écoute de ceux qui frappent à notre porte parce que nous avons un bon positionnement géographique, de bonnes infrastructures et que nous nous donnons les moyens. Je ne sous-estime pas non plus les entreprises déjà présentes, avec un accompagnement continu pour les fidéliser.

On connaît l’Arrageois pour ses entreprises d’agroalimentaire, de transport, de logistique. Cherchez-vous une spécialisation territoriale ?
Il est vrai qu’Arras, sans se revendiquer pôle logistique, a attiré ces entreprises. Mais non, nous ne mettrons pas tous nos œufs dans le même panier. Ce n’est sûrement pas moi qui vais choisir ! Mon travail, est de faire en sorte que les entreprises choisissent la communauté urbaine d’Arras, donc la porte est ouverte ! On connaît trop les conséquences de la mono-industrie ou mono-activité le jour où elle se dégrade. Les activités sont aussi induites et s’alimentent : une entreprises agroalimentaire a besoin de matière première mais aussi de logistique et de transport pour expédier les produits qu’elle a transformés. C’est une boucle vertueuse.

L’offre de logements est-elle suffisante dans la CUA ?
Notre programme local de l’habitat (PLH) prévoit la construction de 200-300 logements par an. Nous tenons le rythme, pas tout à fait où nous l’aurions voulu, et nous poursuivons nos opérations de revitalisation urbaine. Nous sommes en capacité à répondre à la demande avec des produits éclectiques, du pavillon en commune rurale à l’hyper-centre en passant par l’appartement dans la Citadelle.

Après la rénovation de la Citadelle qui s’achève doucement, quels sont désormais vos grands chantiers ?
Il ne faut d’abord pas s’asseoir avec le sentiment du travail terminé. Il y a des potentialités dans nos zones d’activités, donc nous allons continuer à nous battre pour l’attractivité du territoire. Mon leitmotiv : faire en sorte qu’on ait envie de vivre dans l’Arrageois plutôt qu’ailleurs. Il y a de grands projets d’infrastructures parce que je ne veux pas finir comme Lille et sa thrombose routière. Le contournement sud est validé et voté, les choses avancent pour le contournement est. Nous devons aussi requalifier l’entrée nord d’Arras en la déportant. Sur les équipements, nous terminons la citadelle où il reste encore quelques m2 de shon à commercialiser. Un dossier me tient particulièrement à cœur : la fameuse gare européenne que je voudrais voir construire sur la ligne TGV à l’Est d’Arras, du côté de Rœux. C’est le gros projet de la décennie et je pense qu’il va progressivement s’imposer à chacun. Bien sûr, des gens s’interrogent encore, mais prendre son bâton de pèlerin fait aussi partie du job. Le Canal Seine-Nord sera évidemment l’autre gros chantier pour le territoire. Nous ne sommes pas traversés par le canal mais si l’activité se développe du côté de la plateforme de Marquion, l’attractivité de l’Arrageois fera le reste. A nous de créer les conditions pour que les déplacements entre les deux territoires se fassent aisément. Cela passera par la réalisation du barreau ferroviaire Arras-Cambrai, qui va aussi devenir une nécessité.

Où en êtes-vous de la constitution du pôle métropolitain?
Nous avons créé notre pôle avec la communauté d’agglo du Douaisis et la communauté de communes Osartis-Marquion. Nous avons longuement discuté d’un rapprochement avec le bassin minier. Force est de constater qu’après plusieurs tentatives, et j’en suis déçu, nous n’y sommes pas arrivés. En juillet 2015, la question des fonds européens pressait, donc nous avons créer un pôle métropolitain à notre échelle, le bassin minier partant de son côté. Se sont ensuite ajoutées de nouvelles communes à proximité d’Arras et la communauté de communes Cœur d’Ostrevent. Pour autant, même si on existe aujourd’hui avec un pôle Artois-Douaisis face à un pôle Artois-Gohelle, je pense que ces deux structures qui n’auraient dû en faire qu’une, ont vocation à échanger de manière informelle dans une sorte “d’inter-pôle”. Cela permettrait de préparer la constitution d’un pôle métropolitain à l’échelle de l’ensemble de ce territoire, ce qui me paraît inéluctable.

Estimez-vous avoir la taille critique pour rivaliser ?
La taille est importante, la démographie l’est encore plus. Le ratio compte surtout. Je dis souvent “Small is beautiful” ! Il ne faut pas se réjouir d’être petit mais une force différente peut se dégager.

Vous êtes particulièrement engagé dans la Troisième Révolution Industrielle, allez-vous encore pousser la démarche ?
Nous sommes inscrits depuis longtemps dans des démarches de transition énergétique avec un postulat : tous les chemins de production et de consommation énergétique seront bousculés et les territoires ont un rôle important à jouer. Lors de l’appel à candidature sur Territoires à Énergies Positives (TEP.CV), on profite de l’opportunité d’être accompagné, de tirer des financements. Idem pour les villes respirables. On a plutôt bien réussi dans ce domaine.

Comment ces initiatives se traduisent-elles concrètement ?
Depuis juin, Ma Citadine, notre navette est par exemple totalement électrique tandis que nous testerons la location longue durée de vélo électrique. Nous lançons une grande étude énergétique sur l’ensemble du patrimoine de la CUA en termes de rénovation et de production énergétique pour rendre nos bâtiments intelligents. Nous travaillons à l’échelle du territoire pour être innovant, avec un objectif qui ne sera jamais totalement réalisé, celui de l’indépendance énergétique. Produire sur mon territoire l’énergie dont j’ai besoin est une finalité. Je suis pro-nucléaire, pro-énergies renouvelables et il faut travailler toutes les sources d’énergies possible puis choisir. Je suis intimement convaincu qu’on ne connaît pas encore ce que nous serons en capacité à mettre en œuvre dans dix ans. C’est en perpétuel renouvellement. Il faut se laisser le droit à l’expérimentation et parfois faire sauter quelques freins administratifs et archaïques. Pendant ce temps, nos voisins belges et allemands ne se posent pas ces questions mais avancent.

 

 

 

Jeremy Rifkin, Philippe Vasseur et Philippe Rapeneau, lors de la venue à Arras en avril du théoricien de la Troisième Révolution Industrielle.
Jeremy Rifkin, Philippe Vasseur et Philippe Rapeneau, lors de la venue à Arras en avril du théoricien de la Troisième Révolution Industrielle.
Bio express
1958  Naissance
1984-1987 Enseignant
1988-1997 Conseiller auprès de Philippe Vasseur, ministre de l’agriculture
Mandats actuels :
2011 – Président de la CUA
2014 – 2è adjoint à la ville d’Arras
2016 – Vice-président du conseil régional des Hauts-de-France