La conférence introductive de Project City, cette année sur la Ville Flexible, fait toujours salle pleine.

La conférence introductive de Project City, cette année sur la Ville Flexible, fait toujours salle pleine.

Project City, la ville sans limite…

Ville flexible, marchande, aimable, intelligente, humaine… beaucoup de qualificatifs pour illustrer la façon dont les aménageurs de la région travaillent à notre cadre de vie. Une opportunité laissée par le forum Project City qui s’est tenu les 28 et 29 octobre dernier et s’impose comme un rendez-vous incontournable de l’urbanisme régional.

Le forum des projets urbains régionaux Project City a tenu ses promesses. Des conférences riches et pleines à craquer, des ateliers pour approfondir, des temps forts, un concours… Un florilège d’événements sur deux jours permettant aux professionnels de l’aménagement, du constructeur à l’élu en passant par toute la chaine de production de la ville, de trouver chaussure à son pied. A tel point que pour la troisième année consécutive ce forum s’est transformé pour une quinzaine de salariés ou agents de collectivité en session de formation à la ville durable délivrée par le CAUE du Nord, véritable cheville ouvrière de l’événement. 

Ville flexible

Le forum est organisé depuis l’origine autour de quatre grandes conférences dont la thématique reste inchangée. Une façon de suivre les dossiers et de construire, au fil du temps, une réelle expertise régionale. La « Ville demain », conférence introductive, se veut prospective. Elle accueille un conférencier dont on discute ensuite le point de vue. Cette année, Tom Bergevoet de l’agence néerlandaise « temp » est venu exposer son concept de ville flexible. Une méthode qui permettrait à la ville de mieux s’adapter aux challenges économiques, écologiques, sociaux et culturels. L’alternative classique de la production urbaine, étalement urbain ou démolition/reconstruction, est pour lui caduque. Il faut mieux apprendre à manier l’existant, et imaginer des procédures adequat. Il propose des outils spaciaux, juridiques et financiers pour y parvenir, mais convient qu’ils doivent également s’adapter à l’attractivité d’un territoire.

Déshérité

C’est bien le sens de l’intervention de Jean-François Caron, le maire de Loos-en-Gohelle, cette commune en pleine transition écologique. En territoire déshérité, il ne peut procéder de la même façon qu’à Lille ou Lyon. Sur son emprise aux pieds des plus grands terrils d’Europe, il bâti une ville frugale en ressource en y associant les habitants. Un exercice difficile de démocratie : travailler avec une population qui n’est pas formée aux enjeux urbains. « Le regard des élus sur la population doit changer… mais aussi l’inverse », estime-t-il avant de concéder que la principale difficulté est de gérer le temps long des projets urbains.
Temps long du projet
Une difficulté partagée par Fabienne Duwez, directrice générale de la Soreli, qui porte notamment le projet urbain de Fives Cail Babcock dont elle estime qu’il faut quatre ans de procédure pour dix ans de projets. « Il faut aussi un leadership », assène Jean-François Caron et créer des outils de diffusion de l’information au plus grand nombre. Pour Claude Lenglet, qui porte la politique de Troisième révolution industrielle au Conseil régional, l’enjeu est bien de dépasser la technique pour redonner de l’humanité aux projets. La « ville humaine » devient son crédo, comme étant la meilleure illustration d’une ville de la 3ème révolution industrielle. Avec un danger, celui de reprendre le business « as usual » et de perdre le souffle et l’humanité qui sous-tend un nouveau projet.

Trouble fête

On peut compter sur des troubles-fêtes qui, en brisant les codes existants, viennent s’imposer à la ville et à ses aménageurs. Alexandre Molla, directeur du développement en France de la société Uber est de ceux là. Il vient proposer un nouveau service à la ville, tout en cassant les codes sociaux et juridiques établis. Son exposé sur la place de ses voitures en ville illustre parfaitement le fossé qui sépare les usagers des normes qui régissent leurs vie commune.

Ville marchande

Le thème de la requalification de l’existant, traité dans la deuxième grande conférence, a été abordé sous l’angle du commerce. Avec notamment le passionnant retour d’expérience des concepteurs du nouveau Forum des Halles à Paris, Jean-Marc Fritz (Seura) et Cécile Poujade (Saguez & Partners). Une contribution complétée par Jean-Jacques Grados, directeur général de l’Epareca, l’établissement public qui travaille à la vitalité commerciale des quartiers en rénovation urbaine et Philippe Petitprez, directeur de Citania, la structure d’aménagement du groupe Immochan. Dans un second temps, des pratiques plus originales ont été présentées, avec les témoignages de Sylvain Barfety de Darwin Ecosystème, cet immense espace coopératif de co-working à Bordeaux, ou encore de Ton Van Gool à Eindhoven. Des illustrations de ce que pourrait accueillir le futur quartier de Saint-Sauveur, selon Fabrice Veyron-Churlet, directeur opérationnel de la SPL Euralille.

La ville habitante

La question des usages et l’intégration des futurs occupants s’impose comme un axiome des projets urbains contemporains. C’est aussi ce que révèle la dernière grande conférence sur la Ville habitante. Ici, trois expériences ont été présentées. Celles de Grégory Grilhot du collectif BW Friche à Fives et de Frédérick Grandin de la Porte d’Ypres. Des expériences formalisées par Xavier Galand, directeur de la MRES, qui travaille aussi sur le projet Saint-Sauveur à la rencontre des « sachants » et des riverains. Les experts, à l’exemple de Paul Vermeylen, architecte urbaniste auteur de l’ouvrage « le temps dans la métropole », sont venus présenter leurs thèses. Ce dernier défend les caractéristiques de la ville européenne qui structure des lieux de rencontres publics et limite la privatisation de la ville. La vice-présidente du Conseil régional, Myriam Cau, souligne le changement de posture des citoyens, devenus quasi-experts grâce aux développement de l’accès à l’information. Les élus doivent, selon elle, accepter la confrontation. Ils n’y sont pas préparés, et l’administration encore moins.
Un rude constat qui ne s’applique pas aux nombreux projets présentés lors des sessions « Une ville, un projet ». Les participants ont pu se tenir informé de l’avancée de grands projets métropolitains et régionaux. On pense notamment à Fives Caille dont la Soreli annonce la prochaine attribution de la première phase de logements. A la ville de Calais, venue présenter son complexe projet des Tullistes en coeur de ville. Dans la région, on notera également la présentation de l’innovant îlot pépinière à Euralille et de la Lainière à Roubaix.

Livre Blanc pour la relance du logement : la discussion s’engage

Les partenaires du club des professionnels de l’habitat, auteur du Livre Blanc régional pour la relance du logement, avaient choisi l’enceinte de Project City pour mettre leurs sujets au débat public. Les constructeurs (FFB), promoteurs (FPI), aménageurs (SNAL), constructeurs de maisons individuels (UMF) et géomètres experts (UNGE) ont accueilli la députée du Nord Audrey Linkenheld, le DREAL Vincent Motyka et la maire de Quesnoy-sur-Deûle Rose-Marie Hallynck pour débattre des freins régionaux à la production de logement.
Le débat très riche a permis de faire émerger quelques idées : l’identification, au sein des services de l’Etat, d’une personne référente en cas de blocage d’un projet de logements. Egalement abordé, la création d’un Médiateur du logement qui pourrait faire le lien entre les différentes administrations de l’Etat (Dreal, Drac, ARS…), les élus locaux, les bailleurs sociaux et les aménageurs et promoteurs privés. Force est de constater que les grains de sable qui polluent l’acte de construire et ralentissent la production de logement, se transforment à force de dialogue, en gouttes d’huile…

 
Avec le patronage de Gérard Caudron (à droite), VP à l’aménagement de la MEL, et de Frédéric Marchand, maire d’Hellemmes (à gauche) et président de Soreli, les dirigeants des cinq outils métropolitains d’aménagement réunis.© Hervé Dansart
Philippe Druon, président du Conseil français des urbanistes interroge Alexandre Molla, directeur du développement d’Uber France © Hervé Dansart
Philippe Druon, président du Conseil français des urbanistes interroge Alexandre Molla, directeur du développement d’Uber France © Hervé Dansart
La table ronde du club des professionnels de l’habitat a rassemblé fédérations professionnelles, services de l’Etat et élus locaux pour transformer les grains de sable qui polluent la production de logements en gouttes d’huiles © Hervé Dansart
La table ronde du club des professionnels de l’habitat a rassemblé fédérations professionnelles, services de l’Etat et élus locaux pour transformer les grains de sable qui polluent la production de logements en gouttes d’huiles © Hervé Dansart