En libéral assumé, Marc Touati expose avec passion ses solutions pour relancer la croissance en France.

En libéral assumé, Marc Touati expose avec passion ses solutions pour relancer la croissance en France.

« Les lois Macron… c’est du Doliprane »

La semaine dernière, l’économiste Marc Touati était invité par la FFB à expliquer en quoi il lui paraissait urgent d’appliquer à la France une véritable « thérapie de choc » pour sortir de la crise.
Présents à la tribune, plusieurs entrepreneurs du bâtiment de la région ont confronté leurs expériences de terrain aux prescriptions du docteur Touati.

Un constat d’abord : l’économie française ne tourne plus rond depuis le début des années 90. Une mise en garde ensuite : ce n’est pas fini ! Ayant cru déceler un cycle de sept ans entre chaque crise économique mondiale depuis 1973, Marc Touati annonce un cru 2015 – dû au ralentissement de l’économie chinoise – particulièrement corsé. Car depuis la crise financière de 2008, la France, n’a pas réussi à retrouver le minimum de croissance qui lui aurait permis d’affronter, bon an mal an, les turbulences à venir. La faute à qui ? Au ralentissement de la croissance mondiale (2,8% en 2015 contre 3,5 % de 1980 à 2014), mais aussi et surtout à un immobilisme empêchant le pays de régler ses problèmes structurels : une dette dépassant 100% du PIB et des dépenses publiques atteignant 57% du PIB.
Fin 2011, la baisse des taux d’intérêt et l’injection d’argent frais (60 milliards chaque mois) décidés par le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi n’ont eu aucun effet sur le malade. A l’heure actuelle, les liquidités générées par la planche à billets ne font qu’alimenter l’épargne et la spéculation. « C’est comme si l’on donnait de l’EPO à un cycliste dont le vélo est cassé » résume Marc Touati, qui en libéral assumé, avance des solutions classiques : réduire les dépenses publiques, en taillant dans les dépenses de fonctionnement, baisser le coût du travail, supprimer les 35 heures et baisser les impôts, (notamment l’IS et la CSG qui s’applique à tous, ce qui permettra de relancer la consommation). « Tout le monde le fait, pourquoi pas nous ?»
Concernant le secteur du BTP, dont Olivier Tommasini, président de la FFB avait expliqué en préambule qu’il continuait à perdre 2500 emplois chaque année dans le Nord-Pas de Calais, l’économiste donnait 4 conseils aux chefs d’entreprise : développer les stratégies de niche, accentuer leurs efforts de communication (« faire savoir leur savoir-faire »), investir dans la R&D (pas seulement dans l’innovation technologique, mais aussi dans la gestion des stocks ou la relation comptable par exemple) et se développer à l’international… là où la croissance existe. Plus facile à dire qu’à faire ? Sur scène, six entrepreneurs de la région étaient invités à confronter cette analyse macro-économique à leur expérience. Notamment sur trois grands thèmes particulièrement sensibles : l’inflation des normes, l’industrialisation des chantiers et les travailleurs détachés.

Halte aux normes

Comment apprécier la mise en place de normes dans le secteur du bâtiment ? Constituent-elles une contrainte pour les entrepreneurs  ? Ou sont-elles au contraire une chance permettant l’émergence de nouveaux marchés, voire une opportunité de gagner en qualité et de faire la différence face à la concurrence ? Alice Gevaert, jeune dirigeante de Reseelec, entreprise de 22 salariés spécialisée dans l’installation de réseaux électriques n’a pas caché « passer plus de temps à gérer des problèmes administratifs qu’à s’occuper de son business, à cause notamment de normes parfois contradictoires ». Quant aux opportunités d’affaires liées aux nouvelles réglementations (les bornes de recharge des véhicules électriques par exemple), elles ne compensent visiblement pas l’énergie dépensée à essayer de rentrer dans les clous vis-à-vis de l’administration. « Qui nous soupçonne systématiquement d’être un tricheur ou un voleur» jugeait Jean-Philippe Dubiquet, patron de Bavay Plâtrerie. Conscient que le respect des normes faisait de lui un artisan de qualité, mais impuissant face à la concurrence d’entreprises roumaines ou portugaises, beaucoup moins scrupuleuses.
« Il faut arrêter de mettre des normes anti-sismiques dans un endroit où il n’y a pas de tremblements de terre » résumait Olivier Tommasini, non sans avoir fait son mea-culpa « on en a demandé beaucoup à une époque pour créer de nouveaux marchés ». Mais trop c’est trop. Et de rappeler qu’un tiers de la hausse du prix du logement de ces dix dernières années découle des nouvelles règles imposées dans la construction.

T’es lean ou t’es BIM ?

Autre nouveauté en passe d’ébranler le secteur du bâtiment : l’industrialisation toujours plus prégnante des chantiers. Est-ce une chance pour les entrepreneurs ou un bouleversement qui aura des conséquences sur l’emploi?
Optimiste, Gilles Dupont, directeur de Rabot Dutilleul Construction a montré en quoi industrialisation pouvait être synonyme de gain de productivité et d’amélioration des marges. Exemple à l’appui : grâce à des salles de bains ou des gaines techniques entièrement fabriquées en usine, le groupe a réalisé les 600 logements d’une résidence étudiante à Villeneuve d’Ascq en à peine un an. La réhabilitation de cités minières bénéficie, quant à elle de plaques de cloison déjà découpées sur mesure. Appliqué au secteur de la construction, le « lean » de l’industrie automobile (méthode de production signifiant littéralement « sans gras » et visant une gestion sans gaspillage), tout comme l’apparition du BIM (système de modélisation numérique favorisant la coordination entre corps de métier) devrait permettre à terme d’éviter les fameuses surprises de chantier et entraîner des économies pour les constructeurs. « Sans oublier la maquette 3 D qui va arriver plus vite qu’on ne le croit et qui va accentuer la robotisation de l’acte de construire» prophétisait Gilles Dupont.
Un enthousiasme quelque peu douché par Christophe Waubant, président d’Artois Façades, qui rappelait que ce type d’innovations était surtout réservé aux majors et que « la destruction créatrice » induite par l’innovation pouvait aussi avoir des effets dévastateurs pour les PME-PMI. Olivier Delannoy de la menuiserie aluminium Havet lui faisait écho en rappelant que la conception était désormais réservée à de grands groupes auprès desquels il convenait d’acheter des solutions techniques. Et qu’il était désormais très difficile de « vendre du savoir-faire dans un monde qui appelle toujours des prix toujours plus bas »

Détaché oui, illégal non

Dernier thème abordé et non des moindres : les travailleurs détachés. « Nous en sommes qu’au début » s’est alarmé Gilles Dupont jugeant que le secteur du BTP, longtemps persuadé que sa main d’œuvre était non délocalisable, ne s’était pas préparé au phénomène. De l’avis de tous, c’est moins le principe du détachement (une entreprise ayant remporté un appel d’offres en France paye les cotisations sociales dans son pays d’origine) que son dévoiement qui pose aujourd’hui problème. Heures supplémentaires non payées, travail le week-end, respect aléatoire de certaines normes… les abus constatés depuis plusieurs années ont mis à mal des centaines d’entrepreneurs dans la région.
Plus à l’aise pour réagir sur ce sujet que sur les précédents – trop concrets pour être directement transposables à son analyse très macro-économique – Marc Touati a rappelé que l’Union européenne avait été pensée au départ comme un espace aux droits sociaux et fiscaux harmonisés. Et qu’il fallait absolument… baisser le coût du travail en France.
Pour éviter de sombrer dans un déclinisme ambiant, préjudiciable à la prise de risque et aux investissements appelés de ses vœux par le docteur Touati, Olivier Tommasini a tenu à rappeler, en guise de conclusion, toute la confiance qu’il accordait à l’entrepreneuriat local. Avec une bonne nouvelle : en cette fin d’année les promoteurs de la métropole lilloise enregistrent une hausse de 50% de leur réservation. Une hirondelle qui fera le printemps ?

 

A la tribune, encadrés par Maxime Bitter (debout) et Olivier Tommasini (au micro), plusieurs chefs d’entreprise ont fait part de leurs expériences de terrain.
A la tribune, encadrés par Maxime Bitter (debout) et Olivier Tommasini (au micro), plusieurs chefs d’entreprise ont fait part de leurs expériences de terrain.

 

De g à d : Gilles Dupont de Rabot Dutilleul Construction,  Alice Gevaert de Reseelec, Jean-Philippe Dubiquet de Bavay Plâtrerie, Olivier Delannoy de la menuiserie Havet, Christophe Waubant d’Artois Façades et Benoît Loison, le Monsieur environnement de la FFB.
De g à d : Gilles Dupont de Rabot Dutilleul Construction,
Alice Gevaert de Reseelec, Jean-Philippe Dubiquet de Bavay Plâtrerie, Olivier Delannoy de la menuiserie Havet, Christophe Waubant d’Artois Façades et Benoît Loison, le Monsieur environnement de la FFB.

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Gilles Dupont, PDG de Rabot Dutilleul Construction
Gilles Dupont, PDG de Rabot Dutilleul Construction
Olivier Delannoy, Menuiserie Havet
Olivier Delannoy, Menuiserie Havet
Alice Gevaert, dirigeante de Reseelec et Jean-Philippe Dubiquet, patron de Bavay Plâtrerie
Alice Gevaert, dirigeante de Reseelec et Jean-Philippe Dubiquet, patron de Bavay Plâtrerie
François Dutilleul,  président du groupe éponyme
François Dutilleul,
président du groupe éponyme
Marc Touati en pleine discussion avec les participants à la conférence
Marc Touati en pleine discussion avec les participants à la conférence
Thibaut Delepoulle,  président du groupe Pouchain
Thibaut Delepoulle,
président du groupe Pouchain
Régis Lamblin, gérant de Multimen Services face à Augustin Outters, directeur du groupe Sylvagreg
Régis Lamblin, gérant de Multimen Services face à Augustin Outters, directeur du groupe Sylvagreg