Olivier Tommasini, Président de la Fédération française du bâtiment Nord-Pas-de-Calais

Olivier Tommasini, Président de la Fédération française du bâtiment Nord-Pas-de-Calais

Interview d’Olivier Tommasini, président de la Fédération française du bâtiment Nord-Pas-de-Calais : « Le BIM est une opportunité »

A l’occasion de l’ouverture du salon Nordbat, La Chronique donne la parole à Olivier Tommasini, président de la Fédération française du bâtiment Nord-Pas-de-Calais. S’il n’envisage pas d’embellie avant 2017, l’entrepreneur entrevoit quelques coins de ciel bleu et se veut optimiste quant aux opportunités offertes par le BIM. Rencontre.

DSCN0212A quelques jours de l’ouverture du Salon Nordbat, que peut-on dire de la conjoncture économique ?
Il est clair que depuis quelques mois, il commence à y avoir des chiffres positifs, notamment pour les autorisations de programme de logements et les mises en chantier. Il s’agit de dixièmes de pourcents mais n’empêche, après des mois voire des années de chute, c’est important de le noter. Un certain nombre de nos élus ont tout de suite pensé qu’il s’agissait d’une reprise. Malheureusement non. Ce redémarrage en volume ne produira pas d’emplois en 2016. En région, il y a encore globalement une surcapacité par rapport aux marchés qui sortent. Mais nous sommes visiblement proches de l’inflexion. Nombreux, mais pas la majorité, des entrepreneurs me disent que leurs carnets de commandes se remplissent, certains me disent même qu’ils ne trouvent pas de salariés qualifiés pour répondre à leurs besoins ! Pour la plupart, les prix ont cessé de chuter mais ils s’accordent pour dire qu’ils sont trop bas. On peut imaginer une embellie à l’horizon 2017, avec toutefois beaucoup d’incertitudes.

Quels sont les effets sur l’emploi actuellement ?
Les effectifs permanents continuent de diminuer. Ceux qui vont mieux préfèrent s’adjoindre les services d’intérimaires plutôt que de recruter. En région, nous sommes sur un rythme de perte de 3 000 emplois par an.
Beaucoup de sociétés ont une trésorerie éreintée, donc il faut s’attendre à une poursuite des défaillances en 2016. La période de crise a été trop longue et il va falloir du temps pour restaurer un peu de marge. Nous alertons actuellement nos entreprises qu’un redémarrage en volume crée un besoin de trésorerie. Si elles n’y font pas attention, ce redémarrage peut être létal.
Cependant, nous avons des raisons d’être optimistes. L’entreprise qui a fait des efforts d’adaptation au marché, qui a serré ses comptes, adapté son personnel, qui a revu son positionnement en fonction des secteurs où il y a moins de concurrence et réussi à passer le cap le plus dur, gagnera mieux sa vie quand il y aura plus de volumes.

Quels conseils pour tenir ?
Une gestion implacable, se former, avoir une gestion du poste client, des achats, de la trésorerie, un développement de l’activité commerciale parce que les marchés n’arrivent pas seuls et une organisation du personnel adaptée au point bas des commandes. Le conseil du moment serait de ne surtout pas se laisser tromper par un sentiment de reprise parce que les prix ne sont pas bons et que prendre trop de volume conduirait à ne pas s’y retrouver tant en trésorerie qu’en rentabilité. Une entreprise doit gagner de l’argent pour vivre. Beaucoup ont expérimenté l’effet volume depuis six ans, or on a bien vu que ça ne fonctionnait pas. Par ailleurs, la commande publique reste sur des évolutions négatives. Si j’ai un conseil à donner, ne développez pas votre part de marché équipement public, continuez à la réduire, sinon vous allez droit dans le mur ! Le volume va continuer à se réduire. Il faut cibler les marchés en développement.

Y a-t-il d’autres raisons d’être optimiste ?
L’évolution de la réglementation sur le détachement des salariés me rend optimiste. La prise de conscience par les maîtres d’ouvrage de leur co-responsabilité quant à la présence de travailleurs détachés illégaux sur les chantiers va leur faire changer, pour une partie, d’attitude. Mécaniquement, à terme, cela va augmenter les prix et éliminer les offres anormalement basses. Les prix étaient, pour certains, maintenus artificiellement bas parce que l’on sélectionnait le moins disant qui comportait une part de tricherie. Ce prix va moins exister. Je suis convaincu que pour les entreprises qui ont joué le jeu, leurs marges augmenteront à terme. Notre rôle est d’expliquer ce texte de loi, y compris aux maîtres d’ouvrage. Et, comme au sortir de la crise des années 90, il faudra les convaincre d’augmenter leurs budgets en conséquence. Une collectivité choisissant une entreprise qui triche avec la main d’œuvre détachée a tout faux ! Elle ne s’y retrouve pas en raison d’une perte de taxes locales, de pouvoir d’achat local et de hausse du chômage, sans compter les sinistres sur chantiers et les dérapages conséquents des plannings à cause des défaillances d’entreprises.

C’est le sens de la Charte sur les critères d’élimination des offres anormalement basses que vous signerez sur le salon ?
Après une longue période de concertation et d’explications, nous concluons avec six bailleurs sociaux. Tout le monde est à peu près d’accord pour éliminer les OAB mais jusqu’ici, le risque de recours freine les donneurs d’ordre. Le code des marchés publics leur permet pourtant de le faire. Il a fallu qu’il y ait des sinistres pour que cela soit compris. Ceci étant, pour que les prix bas disparaissent, il faudra du volume.

Le gouvernement semble se saisir de vos problématiques. Est-ce suffisant ?
Je me réjouis que les mesures prises l’année dernière, comme l’investissement Pinel, l’élargissement du PTZ, le CITE soient pérennisées en 2016. Sur le travail illégal, maintenant que l’arsenal législatif est au point, il faut le faire appliquer. Mais les contrôles ne sont pas suffisants en région : la peur du gendarme n’est pas assez présente sur les chantiers. Nous avons aussi des attentes dans le développement du marché et dans le logement : il y a un réel besoin dans les zones tendues, en réhabilitation énergétique. Il s’agit aussi de lutter contre la complexité administrative. A minima, nous aimerions un moratoire sur les normes.

Le BIM sera au coeur du salon Nordbat. Comment l’appréhender ?
Il est clair que c’est une opportunité : ne pas la saisir serait pour l’entrepreneur du bâtiment être réduit au rôle de pousseur de brouettes. Nous ne souhaitons pas le système anglais : toute l’ingénierie est en amont et l’entreprise de bâtiment l’exécute sans aucune valeur ajoutée. L’entrepreneur a le droit de se saisir d’une partie de cette matière grise. Cette révolution numérique s’est produite il y a 20-30 ans dans l’automobile, et ce favorablement pour l’innovation et la compétitivité des constructeurs français. Pour nous, c’est la même chose. Toutes les tailles d’entreprise ne saisiront pas la chose de la même façon. Lors du salon, on y verra de petites et moyennes structures qui travaillent déjà avec le BIM sans forcément utiliser toute la gamme, du début de la conception à la maintenance. Elles ont su l’incorporer à leur façon de produire, quelque soit leur corps de métier.
Au niveau de la Fédération, nous avons pris conscience que cela crée une difficulté pour les Pme. Nous allons donc proposer à l’approbation du conseil d’administration la création d’un fablab, une forme de mutualisation de la première phase d’apprentissage. La FFB investira pour le compte de ses adhérents dans du matériel, des logiciels, des formations et une taille d’écran qui permettra à toutes les tailles de sociétés de se former et de trouver un lieu de travail technique à l’échelle 1. Pour qu’un entrepreneur gagne sa vie et s’il ne veut pas être un simple exécutant, il doit monter dans la chaîne de valeur et se saisir de cette opportunité. Mais il ne faut pas imaginer un changement du tout au tout, c’est une évolution progressive. Le salon sera l’occasion d’avoir un retour d’expérience de ceux qui utilisent le Bim et en tirent un profit, pas seulement intellectuel. Il y a un véritable enjeu de qualité et de rentabilité.

Prévoyez-vous un rapprochement  avec la FFB picarde ?

Pour améliorer la représentation à l’échelle de la nouvelle région, nous sommes en train de constituer une FFB Nord-Pas-de-Calais Picardie. On peut raisonnablement espérer y parvenir cet été. Le but est d’améliorer la représentation de la Profession, de la caler sur la grande Région politique bien sûr, tout en améliorant le service à l’adhérent. La chambre syndicale territoriale restera dans le Nord Pas de Calais, plus que jamais, l’échelon de proximité pour y parvenir.

Trois jours de conseils

Tous les deux ans, la Fédération française du bâtiment est présente sur le salon Nordbat. L’occasion de faire le plein de bons conseils auprès des experts présents et de se mettre à jour sur les services proposés. Et peut-être bien d’avoir quelques surprises…

Le mercredi 23 mars, première journée du salon, sera marqué par le conseil d’administration de la Fédération. Suivra la signature d’une Charte sur les offres anormalement basses avec l’Office du bâtiment, la FFB NPDC et les bailleurs sociaux. La Fédération dévoilera également son projet régional sur le numérique et le bâtiment.

Le jeudi 24 mars, rendez-vous sur le stand pour rencontrer les conseillers d’orientation et les groupes des femmes de la FFB NPDC. Thème innovation oblige, retrouvez tous les jours des démonstrations d’outils numériques. Au menu : imprimante 3D, scan 3D, maquette numérique. Idéal pour appréhender ces nouvelles méthodes !