© Franck Crusiaux

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Dunkerque : Grand Port maritime, le terminal méthanier dans les clous

A un an d’une mise en service prévue pour novembre 2015, le chantier du terminal méthanier de Loon-Plage est avancé aux deux-tiers. Les réservoirs sont quasiment terminés.
La pose des canalisations et la construction des gros équipements techniques sont en bonne voie d’achèvement.

Sur l’appontement qui verra bientôt accoster chaque année 80 méthaniers remplis de gaz à ras-bords venus du monde entier, trois ouvriers munis de gilets de sauvetage plantent des clous dans une plaque de contre-plaqué. En train de réaliser un simple coffrage. Vision étonnante dans un chantier « high-tech » considéré comme le plus important de France après celui de l’EPR de Flamanville. « C’est la magie d’un énorme projet comme celui-là », sourit Sylvain Ringot, directeur technique du chantier. « Les bonnes vieilles méthodes côtoient les techniques les plus modernes ». A l’image de ces GPS ultra-perfectionnés positionnant des éléments au millimètre, de ces soudures à la précision microscopique ou de ces ingénieries complexes mises au point pour bâtir le terminal.

Appontement

C’est par exemple le cas de cet appontement s’élançant vers le large, digue de béton et d’acier qui a nécessité des calculs extrêmement poussés, tant ces deux matériaux ont des comportements différents à la pression (l’un casse quand on le pousse, l’autre quand on le tire).
Il en va de même pour cet entrelacs de canalisations qui doit acheminer le gaz jusqu’aux trois réservoirs dont les silhouettes massives se découpent au loin.

Réservoirs remplis

Depuis l’automne 2013 une chape de béton recouvre le dôme de ces immense « thermos » conçus pour stocker 190 0000 m3 de gaz liquide chacun. Ces derniers mois, les réservoirs ont été remplis d’eau de mer pour tester la résistance des 1500 colonnes ballastées sur lesquelles chacun repose. Les structures se sont enfoncées de quelques centimètres dans le sol… comme prévu !

Les réservoirs quasi-achevés, les 1770 ouvriers des quelque 250 entreprises aujourd’hui en activité sur le chantier s’activent à poser la canalisation et à monter les gros équipements : les ORV (Open Rack Vaporizer) pour réchauffer le gaz liquide, les compresseurs, les pompes destinées à régazéifier le gaz, mais aussi le bâtiment de récupération du gaz évaporé. 

Si ce dernier ne représente que 0,05 % du total du gaz transistant sur le site, il reste rentable de le recycler au vu des énormes quantités traitées. Egalement réalisé aux deux-tiers, le montage de la torche levée (l’organe de sécurité en cas de fuite), l’électrisation du site, et la construction des bâtiments administratifs.

Dans les temps

Du haut de la coupole bétonnée de l’un des trois réservoirs, une vue plongeante donne la mesure de l’immensité de l’ouvrage, « joli morceau de béton et d’ingénierie », selon les mots de Sylvain Ringot, directeur technique d’un chantier qui, s’il a démarré avec retard en raison des études et des recours préliminaires est bien parti pour se conclure dans les temps.

 

Travaux sur une des immenses Ducs d’Albe, sur lesquels s’amarreront les futurs méthaniers (les plus grands faisant 350 m de long sur 50 m de large).  C’est le groupement EMCC – Geka qui intervient sur cette partie du chantier (appontement), toutes deux filiales du groupe Vinci Construction
Travaux sur une des immenses Ducs d’Albe, sur lesquels s’amarreront les futurs méthaniers (les plus grands faisant 350 m de long sur 50 m de large).
C’est le groupement EMCC – Geka qui intervient sur cette partie du chantier (appontement), toutes deux filiales du groupe Vinci Construction

Un chantier à un milliard 

Outre les 200 millions directement pris en charge par EDF ou ses filiales (études en amont du projet, travaux spécifiques), 840 millions ont été attribués aux trois contractants généraux du chantier. Et sur cette enveloppe, 741 millions ont été redistribués à leurs filiales ou à des entreprises indépendantes. 

Maîtrise d’ouvrage :
– Dunkerque LNG, filiale du groupe EDF (65%), de Total (10%) et de l’opérateur gazier belge Fluxys (25%)
– Gazopôle ou Gaz-Opale, filiale à 51% de Dunkerque LNG et 49% de Fluxys destinée à exploiter le terminal.
– Cofiva, filiale du groupe EDF, assistant à maître d’ouvrage
Contractant généraux divisés en trois lots
– un lot de 250 millions pour la fabrication des réservoir confié à Entrepose Projets/Bouygues TP,
– un lot de 550 millions pour le process attribué à Techint Sener LNG (qui sous-traite à 80 % ses activités)
– un lot de 40 millions pour le tunnel confié à Bessac / Razel-Bec/ Soletanche.
Les principales entreprises
Groupe TS LNG : TS LNG, Techbau, Technint
Groupe Vinci : Entrepose, EMC, CCSM Bessac/Razel/Soletanche, Sogea, Eurovia, Soletanche, CNPE, Entrepose Echaffaudage
Groupe Bouygues : Bouygues TP, Bouygues Travaux – VSL Suisse
Groupe EDF : Cofiva, EDF (hors CNPE) Réseau TPT Electricité, EDV, ERDF
Autres : Port autonome de Dunkerque; SMM, Solesi, IERM, Welbond, Sade…

Quelles retombées pour les entreprises de la région ? methanier-013web

trois maîtres d’œuvre pour la construction du terminal méthanier, 59% l’ont été à des entreprises du Nord-Pas-de-Calais. Un chiffre qui cache une réalité moins rose. En termes de volumes financiers, les entreprises de la région n’ont récupéré que 16% du gâteau. Soit 121 millions d’euros sur 781 millions.
Le reste ? 340 millions sont revenus à des entreprises françaises, 320 millions à des entreprises européennes. C’est ce dernier chiffre qui fait tiquer quelques entrepreneurs locaux. « Au delà des charges trop élevées qui nous pénalisent, certaines entreprises européennes ont proposé des prix très bas qui ne peuvent s’expliquer que par une exploitation anormal de leurs ouvriers », regrette l’un d’entre eux.
Un mauvais procès rejeté par la direction de LNG qui rappelle que le jeu de la concurrence a été respectée et qu’il faut chercher ailleurs les raisons des difficultés rencontrées par les PME/PMI locales pour se positionner sur les appels d’offre : la non-maîtrise de la langue anglaise, une taille parfois trop petite pour offrir un certain nombre de garanties et une moindre compétitivité… pas uniquement due à des charges trop élevées. Le manque de savoir-faire expliquerait aussi tout simplement que les contractant généraux aient eu recours à des entreprises étrangères pour mener un chantier très technique comme celui du terminal. Exemple, aucune entreprise française ne s’est ainsi positionnée sur le lot mécanique.
La CCI Côte d’Opale mène actuellement une enquête pour comprendre les raisons ayant amené certaines entreprises à tirer leur épingle du jeu (à l’image de Vinci qui a su rafler plusieurs marchés en sous-traitance) et d’autres à être laissées sur la touche. Autant dire que ses enseignements sont très attendus à la veille de cet autre projet titanesque qu’est le canal Seine-Nord. 

© Franck Crusiaux
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Marc Girard,   président de Dunkerque LNG
Marc Girard,
président de Dunkerque LNG

Opération-sauvetage pour le tunnelier 

Jusqu’ici, c’est le seul gros bug du chantier. En avril dernier, le tunnelier creusant les cinq kilomètres entre la centrale de Gravelines et le terminal est tombé en panne à mi-parcours (1). Bloqué, 35 mètres sous terre, par un magma de terre trop compact ayant fait « sauter » la roue de coupe ! Une tuile à l’origine d’un véritable chantier dans le chantier : une galerie parallèle au tunnel a été creusée à la main afin de déboucher face au tunnelier et d’effectuer la réparation sur place. Le surcoût pris en charge par les assurances du constructeur et par une aide de Dunkerque LNG (qui tient à ce que le sous-traitant finisse le travail) devrait rester « raisonnable », selon Marc Gérard, son PDG. « Le retard de livraison du tunnel sera lui de six mois. Durant la période d’essai du site prévue à l’été 2015, nous allons mettre en place une solution alternative grâce à des pompes sur barges », ajoute-t-il.
Seule contrainte de ce plan B, il faut que la température de l’eau de mer ne descende pas en dessous de 10°C.
Autant dire que pour la mise en exploitation prévue pour novembre 2015, le tunnel devra être terminé. Creuse foret, creuse !