lecerf-couverture-4

Département du Nord : La méthode Lecerf à la loupe

Dans un entretien exclusif avec La Chronique, le nouveau président du Conseil départemental du Nord livre sa stratégie de valorisation des ressources humaines et du patrimoine de l’institution.
Elu dans un contexte inédit où les contraintes budgétaires s’ajoutent à l’épais brouillard de la réforme territorial, Jean-René Lecerf achève un travail de clarification du rôle et des moyens du Département.
Rationalisation des outils d’ingénierie, mise à disposition de personnels, appel aux partenaires privés… toutes les options sont engagées pour faire avancer les projets. 

La Chronique : Vous avez pris la présidence du Conseil départemental en avril dernier dans un contexte financier difficile pour l’institution. Quelle est la situation réelle du Département du Nord ?

Jean-René Lecerf : Elle est calamiteuse ! Nous devons de l’argent à tout le monde, y compris aux entreprises pour lesquelles on vient de m’informer que nous devions 1 million d’euros de pénalités de retards de paiement… Notre dette est importante à 1,4 milliard d’euros, mais supportable pour la taille du département. Mais je ne peux emprunter un euro supplémentaire tant nos charges de fonctionnement sont conséquentes au regard de nos recettes. Ce serait un suicide financier.

Quelles sont vos premières décisions budgétaires ?

Pour mener un véritable bras de fer avec l’Etat sur une plus juste compensation du RSA*, nous devons démontrer notre capacité à maîtriser nos dépenses. J’ai ainsi engagé un plan d’économie de fonctionnement de 100 millions d’euros par an. C’est une baisse de 5% en moyenne de nos crédits de fonctionnement hors RSA. C’est à la fois beaucoup, pour les associations qui en subissent les conséquences, et peu quand on imagine que la seule augmentation en 2015 du « reste à charge » du RSA pèse déjà 60 millions d’euros.

Le RSA reste un boulet considérable pour le Département ?

Sans conteste. Si nous devions arrêter les paiements à la mesure de la compensation de l’Etat, les allocataires ne seraient plus payés dès le mois de septembre ! A la tête de la commission Finances de l’Assemblée des départements de France, je vais me battre pour obtenir que l’Etat revienne à la table de négociation. Il devra le faire, sinon nous arrêterons tout simplement de compenser les manquements de l’Etat dans le versement du RSA.

Mais n’y a-t-il pas d’autres leviers ?

Pour schématiser, 60% de nos malheurs proviennent d’éléments externes, telles que la réforme territoriale, la baisse des recettes, l’augmentation des allocataires… mais 40% sont certainement le fruit de décisions du département. Prenons l’exemple du SDIS qui vit bien au dessus de ses moyens par exemple. Ou encore de la construction de certains collèges, comme celui de Moulins à Lille, qui mobilise 38 millions d’euros d’investissement pour 500 élèves alors qu’il aurait coûté partout ailleurs moins de 20 millions. Comment dire alors aux autres élus qui ont d’énormes besoins que je ne peux rénover leurs établissements !

Les structures du département doivent-elles évoluer ?

Il est certain que l’on a besoin de moins de monde pour conduire 150 millions d’euros d’investissement que lorsque nous portions une enveloppe annuelle de 500 millions ! Beaucoup d’ingénieurs et techniciens ne demandent qu’à servir l’intérêt général et ont soif de projets. Nous travaillons à une solution souple de mise à disposition de personnels aux communes et EPCI qui en expriment le besoin. Ce serait bien entendu sur la base du volontariat et pour une durée limitée. Mais en dehors des frais de déplacement, cela ne coûterait rien aux collectivités et permettrait de faire avancer bien des projets locaux.

En parallèle, vous souhaitez coordonner les structures d’aide aux collectivités ?

Il nous faut rationaliser les outils qui dépendent du Conseil départemental et dont l’objet est l’ingénierie locale ou le conseil aux collectivités. Je pense à l’agence technique départementale (ATD), au CAUE (Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement), à la jeune SEM Nord. Nous pourrions y adjoindre des organismes dont nous sommes un partenaire naturel, comme le Centre de gestion de la fonction publique territoriale et pourquoi pas l’Association des maires du Nord. Ces outils sont complémentaires et peuvent travailler ensemble sans aucun doute. Nous étudions ce projet que j’aimerais mettre en œuvre dès 2016.

Au lendemain de la rentrée scolaire, quelle est votre stratégie concernant les collèges ?

Nous n’avons plus les moyens de lancer six collèges par an ! Au mieux, nous parviendrons à lancer la construction ou la rénovation lourde d’un collège chaque année. Les promesses faites par mes prédécesseurs à la veille des élections sont des chimères. Je prends néanmoins l’engagement de présenter avant la fin de l’année une feuille de route transparente pour toute la durée du mandat. Chaque élu saura si sa demande sera satisfaite et dans quels délais. Il y aura forcément des déçus, mais nous avons aussi beaucoup d’imagination pour trouver des solutions satisfaisantes pour la communauté éducative.

Vous prônez des solutions patrimoniales innovantes ?

Quand le contexte permet d’attirer l’investissement privé nous n’allons pas nous en priver. Je pense par exemple au siège du Département à Lille, que l’on appelle le forum. Cet ensemble immobilier, vétuste et défaillant doit être rénové. L’emplacement est stratégique et est propice à une opération immobilière intéressante. Nous pourrions ainsi nous loger dans un immeuble neuf sans sortir un sous, grâce à la valorisation du foncier. L’Etat qui occupe une partie des locaux avec la Dreal est bien entendu impliqué. La ville de Lille et la MEL sont également partant pour faire de cet espace entre Lille Flandres et le Grand Palais un véritable projet urbain.

Vous avez d’autres opportunités de valorisation foncières ou patrimoniale ?

Oui, de nombreuses. Je pense à l’EPSM de Saint-André où nous avons des propositions intéressantes, à l’IUFM à Lille, à l’immeuble du tribunal administratif… Pour les collèges, nous pouvons aussi y penser. A Marcq-en-Baoreul, le collège des Rouges Barres doit être reconstruit sur la friche de l’ancien dépôt de Transpole. Ce site de plus de deux hectares est très attractif. En harmonie avec la ville et la MEL, nous allons regarder comment faire financer la construction du collège par la valorisation du foncier qui l’entoure. C’est typiquement un projet qui permet un bon partenariat public privé.

Où en êtes-vous du transfert de compétences avec la métropole de Lille.

Mes discussions avec le président de la MEL, Damien Castelain, avancent bien. Même s’il existe des difficultés techniques importantes, comme la valorisation des équipements transférés, la prise en charge des futurs travaux, les compensations… Mais je n’ai pas de doute que nous parviendrons à un accord. La MEL n’a aucune volonté de récupérer la compétence sociale. Je ne doute pas qu’elle fera l’effort nécessaire pour la voirie.

* Le RSA, revenu de solidarité active, est une allocation financée par le Département mais dont les conditions d’octroi sont dictées par l’Etat. La crise aidant, il devient un véritable boulet pour la collectivité locale

Portrait express

Homme mesuré et de dialogue, le nouveau président du Conseil départemental n’est pas de ceux qui distillent les petites phrases assassines. De cet entretien avec La Chronique, pas un mot en dessous de la ceinture pour ses prédécesseurs socialistes au Conseil général du Nord. Tout juste précisera-t-il que les engagements de campagne électorale de l’exécutif précédent ne le concernent pas.
Né à Valenciennes en 1951, Jean-René Lecerf trouve ainsi un terrain de jeu local à sa mesure. A Paris, comme sénateur depuis 2001, il a déjà installé une réputation de spécialiste des questions de justice (il est diplômé de la faculté de droit de Lille et de Science-Po Paris), et prend la vice-présidence de l’importante Commission des lois du Sénat (l’instance par laquelle passent tous les travaux parlementaires).
Dans le Nord, il est devenu le chef de l’opposition lilloise face à Martine Aubry. Un challenge pour celui qui fut le successeur de Serge Charles comme maire de Marcq-en-Baroeul. Il connait bien le Conseil général. Premier mandat en 1988, et vice-président en 1992 quand la droite remporte le département.

Accessibilité : le département rend sa copie

Le Département du Nord vient de boucler son agenda d’accessibilité programmé (Ad’AP). Il pourra ainsi rentrer dans les clous et remettre sa copie en Préfecture avant le 27 septembre. La mise en accessibilité des transports interurbains, des collèges et de ses bâtiments recevant du public est fixée. Un coût total des travaux estimé à plus de 46 millions d’euros dont 36,4 millions pour les bâtiments (collèges compris) et 9,68 millions pour les transports.

176 collèges mis en accessibilité

56 % des collèges du Nord demandent des améliorations importantes en accessibilité. Une première phase (2016 à 2018) concernera la mise en accessibilité de 13 collèges supplémentaires en complément des collèges déjà parfaitement accessibles. Une deuxième phase (2019 à 2021) concernera 66 collèges supplémentaires, en effet une commune qui dispose d’un ou plusieurs collèges doit avoir au moins un collège offrant un niveau satisfaisant ou très satisfaisant d’accessibilité. Une troisième phase (2022 à 2024) concernera 97 collèges.
37 % des bâtiments départementaux (hors collèges) ont une accessibilité insuffisante. Une première phase (2016 à 2018) concernera quatre sites dont la maison natale du Général de Gaulle à Lille. La deuxième phase (2019 à 2021) concernera 46 sites sociaux dont le forum des sciences de Villeneuve d’Ascq. Enfin, une troisième phase (2022 à 2024) concernera la mise aux normes de 45 autres sites.

427 arrêts à mettre aux normes

A ce jour, 366 arrêts de bus ont déjà été mis aux normes mais Il reste au Département à rendre accessible 427 arrêts. Dans une première phase (2016 à 2018), 94 points d’arrêts seront concernés pour un montant des travaux de 1,88 million d’euros. 333 arrêts seront mis aux normes pour 6,6 millions d’euros dans une deuxième phase (2019 à 2021). Le Département pourrait allouer 1,2 millions d’euros supplémentaire à 190 arrêts qui ne peuvent être mis aux normes car leur largeur d’accotement est insuffisante ou leur pente est supérieure à 5 %.
Mathilde Colin