Pascal Asselin, président de l’Untec et dirigeant d’Asselin Economistes à Dourdan (91).

Pascal Asselin, président de l’Untec et dirigeant d’Asselin Economistes à Dourdan (91).

Congrès UNTEC – Interview : Pascal Asselin, président de l’Untec

A l’occasion du 45ème Congrès de l’Untec et du 21ème Salon de la prescription qui se tiennent à Lille Grand Palais du 31 mai au 2 juin, Pascal Asselin, président de l’Union Nationale des Économistes de la Construction (UNTEC), évoque pour la Chronique les enjeux de sa profession.

Que représente l’Untec en France ?
L’Untec est le seul syndicat professionnel qui représente les économistes de la construction français. Nous comptons environ 600 membres sur les 8 500 entreprises qui disposent du code Insee. 59 BTS, 11 licences, deux écoles d’ingénieurs et un master forment 2 500 jeunes en permanence. Ce sont des formations transversales qui permettent de travailler autant dans les cabinets, les entreprises de bâtiment, les bureaux d’études, les collectivités territoriales ou chez les architectes.

Quel état des lieux du marché faites-vous ?
Le marché va mieux. Les carnets de commandes se remplissent mais pas de manière homogène. On sent toutefois une nette augmentation de la charge de travail, tirée par la promotion privée qui affiche 25% de ventes en plus. Cela va bientôt se traduire sur les chantiers.

Comment a évolué votre métier ces dernières années ?
La majeure partie du temps, nous travaillons dans des équipes de maîtrise d’œuvre. De plus en plus, les clients souhaitent avoir un économiste de la construction avec eux pour contrôler les coûts des projets. C’est une tendance, surtout dans le privé. On peut aussi valider la faisabilité, estimer en amont ou suivre le client en management.

Quels sont les enjeux à venir pour votre profession ?
Comme pour beaucoup, nous sommes dans une transition numérique importante. L’économiste de la construction de demain devra être formé au numérique et en avoir la capacité d’analyse. Nos jeunes de master le sont déjà, et 100% d’entre eux trouvent du travail car il y a un besoin. Il sera crucial compte tenu du contrôle des coûts qui s’accroît. Sans compter la réglementation E+C- à venir qui nous obligera à donner un avis encore plus fin. Les compétences de la maîtrise de l’efficacité énergétique et du poids du carbone vont s’étendre, et ce pour toute la filière. Le Bim et la maquette numérique sont de parfaits outils pour mettre en oeuvre tous ces enjeux et travailler sur le coût global. De cette manière, il est plus facile de traiter la data qu’il y a 20 ans. Le Bim Manager a cette vision transversale.

Quel est l’impact du Bim sur votre métier ?
Nous connaissons la même révolution qu’il y a 30 ans avec l’informatique. Les métiers ont muté, les gens ont évolué tandis que les compétences s’accroissaient. Il y a plus de valeur ajoutée. C’est la même mécanique avec le Bim. Nous allons gagner en traitement des données, en analyse sur le long terme, en délais mais aussi éviter les erreurs et réduire les coûts. Il faut toutefois être prudent sur cette question puisque les prix stagnent depuis dix ans. La réglementation thermique a par exemple été absorbée par les gains de productivité.

Si vous deviez avoir un slogan, ce serait certainement “Votez coût global”. Cette vision à long terme est-elle intégrée par les maîtres d’ouvrage ?
Oui pour ceux qui exploitent le bâtiment. Le niveau des logements sociaux français est plus élevé que celui de la production privée. Mais la réglementation E+C-, qui va être amplifiée en 2018, nous obligera à réaliser plus d’analyses en cycle de vie (ACV). L’Untec participe au comité de pilotage sur cette future réglementation. En droite ligne avec la Cop 21 et les Accords de Paris, elle est aujourd’hui en phase test. Cette concertation est innovante puisqu’on n’impose plus les seuils d’emblée.

Vous avez mis la jeunesse au cœur de votre mandat. Quelles actions concrètes avez-vous mis en place ?
Nous avons par exemple créé un Mooc, Massive Open Online Course. En 15 jours, nous recensions 2 500 inscrits dont 30% ont été diplômés à la fin, contre 10% en moyenne pour les Mooc en France. Je note qu’en plus, 75% des gens inscrits n’étaient pas économistes de construction. Cela s’inscrit dans la lignée du passeport jeune lancé en janvier 2016. Il s’agit là d’un moyen d’adhésion à l’Untec réservé aux étudiants en économie de la construction pendant la durée de leurs études. Il a pour but de favoriser l’esprit de communauté des jeunes puisque entre le moment de l’école et l’adhésion à l’Untec, il se passe souvent 15 ans. C’est aussi l’occasion d’obtenir une pré-certification auprès de l’OPQTECC, l’organisme de qualification des économistes de la construction et des programmistes.

Fin mai se tiendra également le Conseil européen des économistes de la construction. Quelles sont les spécificités françaises du métier ?
En France, l’ingénierie est très segmentée. Un économiste de la construction ou un ingénieur ne peut pas prendre le contrôle d’un cabinet d’architecte. Ailleurs, le marché est libre et la compétence est privilégiée à l’étiquette. Nous avons aussi un gros gap entre agences modestes et mastodontes, avec peu d’ETI dans l’ingénierie.

Le Congrès sera aussi l’occasion de présenter l’International Construction Measurement Standard (ICMS). Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Il s’agit d’un standard de mesurage créé à Washington en 2015 avec plus de 90 pays. C’est une méthode, sorte d’Esperanto du code de mesurage, qui permet à des pays qui n’en ont pas, d’en avoir un. Cela sert aussi à rassurer les investisseurs avec un standard international, que l’on fasse un immeuble à Dubaï ou Paris, et évite par la même les phénomènes de corruption dans les pays en développement.