Le chantier vu du haut du casernement avec les 3 000 m2 de la place d’Armes recouverts de Diabolos®

Le chantier vu du haut du casernement avec les 3 000 m2 de la place d’Armes recouverts de Diabolos®

Amiens : Revêtement de terre cuite pour la Citadelle

En vue d’abriter une partie de l’Université Jules Verne à la rentrée 2016, la citadelle d’Amiens est en pleine reconversion. Un chantier qui mêle rénovation et matériaux d’exception. Visite guidée.

Du haut de ses remparts datant du XVIIème siècle, la Citadelle d’Amiens revit une seconde jeunesse, prête à accueillir à la rentrée 2016 plus de 3 000 étudiants en lettres, histoire-géographie, philosophie et sociologie de l’Université de Picardie Jules Verne. Des anciens bâtiments construits à l’époque de Vauban, il ne reste que la porte Montrescu (point de passage sur le site), le grand casernement et les écuries, qui abriteront respectivement la bibliothèque et le restaurant du CROUS ainsi que des bâtiments pédagogiques. Lancé il y a un peu plus d’un an, le chantier mobilise 44 entreprises et s’étend sur plus 30 000 m2 ; il coûte la bagatelle de 96 millions d’euros pour la construction et la rénovation des bâtiments auxquels s’ajoutent 12 millions d’euros en espace verts. Une dépense à la hauteur du défi pour conserver ce patrimoine historique en lui redonnant modernité et conformité : « C’est probablement l’un des plus beaux chantiers actuels », s’enthousiasme Paul Vincent, architecte associé chez Renzo Piano, en charge de la maîtrise d’œuvre. Et pour entretenir ce patrimoine, une réflexion a été menée sur la qualité des matériaux à utiliser pour préserver le cachet du site.

Le choix de la terre cuite

L’agence d’architecture imagine alors la place d’Armes, lieu de rencontre et de passage au cœur de l’université, recouverte de terre cuite et d’herbe. En collaboration avec la société Terreal et AIA ingénierie, un projet se dessine, avec la création de Diabolos®, de longues barres de terre cuite posées au sol puis engazonnées.
Ce système breveté par les trois acteurs du projet est posé sur un substrat drainant, sur les 3 000 m2 de la place d’Armes.
Le système recouvre aussi le toit du casernement, comme une large terrasse avec vue sur la ville. Une fois l’assemblage réalisé à partir des systèmes de fixation, il est engazonné pour bénéficier d’une plateforme végétalisée. Bénéficiant d’une appréciation technique d’expérimentation (ATEX) délivré par le CSTB, il répond à toutes les normes de flexion, abrasion, choc, vieillissement et glissement en vigueur et peut résister à des poids de 3,5 à 19 tonnes ; il permet également le passage des personnes à mobilité réduite.

L’alliance technique et esthétique

A l’intérieur des bâtiments rénovés, une autre innovation a été mise en place pour préserver le cachet de l’ancien et apporter un confort acoustique et thermique adapté. Cette fois encore, c’est la terre cuite qui a été le matériau de choix associé au béton armé en un système de plancher/plafond décoratif appelé « voussoir ». Longs de 2,60 m, ces voussoirs sont des pièces de terre cuite courbées auxquelles est associé du béton armé (la liaison mécanique entre les deux est améliorée par les stries sur la terre cuite).

Atex du CSTB

De forme extrudée, les voussoirs permettent le passage des gaines techniques (eau, électricité, chauffage) et une entière cohésion de la voûte ainsi formée. Testée par le CSTB, cette innovation bénéficie d’une ATEX et a été pensée à la fois comme une composante structurelle du plancher et comme un élément décoratif des bâtiments rénovés. 8 390 m2 – environ 7000 pièces – ont été posés à la citadelle d’Amiens dans trois bâtiments répartis sur le site.
Des tests de destruction ont montré l’entière cohésion du système formé par la terre cuite associée au béton armé. Une belle manière d’associer la technique et l’esthétique.

Le système de diabolos consiste en un revêtement de terre cuite posé sur un substrat drainant. Il sera ensuite recouvert d’herbe.
Le système de diabolos consiste en un revêtement de terre cuite posé sur un substrat drainant. Il sera ensuite recouvert d’herbe.
Les acteurs du projet
Le mandat de maîtrise d’ouvrage a été confié à la SEM d’Amiens Aménagement qui s’est entourée du cabinet d’architecture international Renzo Piano Building Workshop, maître d’œuvre, du bureau d’études AIA ingénierie, de la direction des travaux CICAD (management de projet et direction des opération de construction) et de Terreal, société spécialisée dans les matériaux de construction en terre cuite. Pour ce chantier, les différents acteurs ont travaillé de concert pour préserver le patrimoine historique de la Citadelle tout en innovant pour produire des matériaux alliant technicité, praticité et esthétique. Autour de ce chantier, 44 entreprises et plus de 150 compagnons œuvrent sur le site qui devrait être livré en avril de l’année prochaine.

Anne-Lise Favier