François Marty, président-fondateur de la Foncière Chênelet, devant les gites construits en 2014.

François Marty, président-fondateur de la Foncière Chênelet, devant les gites construits en 2014.

Avec ses habitats écolos, La Foncière Chênelet veut impacter l’Hexagone

Après la construction de logements écologiques à destination de locataires à faibles revenus, la Foncière Chênelet se lance dans la réhabilitation. Et compte servir d’exemple en France à travers ses innovations solidaires et sociales via le French Impact.

Qui devinerait qu’un bailleur social se cache dans les pâtures, à Landrethun le Nord, à quelques kilomètres du Tunnel sous la Manche? L’entreprise d’insertion professionnelle et sociale le Chênelet, créée en 1986 par François Marty, s’est développée en construisant des logements sociaux et écologiques à destination des personnes à très faibles revenus via la Foncière Chênelet. «J’avais toujours eu l’idée de faire du logement écologique de qualité pour les personnes très modestes avec des charges très faibles, de 50 à 70 euros par mois selon la taille du logement, explique François Marty, son président-fondateur. Reconnue comme maître d’ouvrage d’insertion, la Foncière intervient dans 6 régions françaises : la Champagne-Ardenne, le Centre, les Pays de Loire, PACA, le Nord-Pas-de-Calais (où paradoxalement elle y construit le moins) et la dernière en date : la Normandie.

Des logements écologiques

L’entreprise s’inspire des pays scandinaves comme la Suède où tous les logements sont adaptés aux handicapés et personnes âgées et de la Suisse pour ses maisons écologiques. Avec ses constructions proches du passif (15 KWh), la Foncière Chênelet confie aux artisans et entrepreneurs du coin plus de 79% des travaux . «Notre coût de construction s’élève au alentour de 3 000 euros du m², explique Nicolas Pruvost, chargé de la maîtrise d’ouvrage. Cela reste plus élevé qu’une construction classique (+40%), mais nos logements présentent une très faible consommation énergétique et le locataire se retrouve donc avec des charges basses». Les matériaux locaux biosourcés sont utilisés, tels que la paille des agriculteurs voisins, les briques de terre crue fabriquées par les salariés en réinsertion ou le bois de la scierie de Landrethun-le-Nord. La Foncière accompagne ensuite les locataires à leur entrée de leur logement mais laisse la gestion locative au CCAS de la commune ou aux Agences immobilières à vocation sociale (AIVS).

Du neuf à la réhabilitation

Le château du Tournepuits sera réhabilité par la Foncière Chênelet grâce au contrat d’impact social (CIS) lancé par le gouvernement.
Le château du Tournepuits sera réhabilité par la Foncière Chênelet grâce au contrat d’impact social (CIS) lancé par le gouvernement.

Depuis sa création en 2009, la Foncière a déjà construit 119 logements. Le plus souvent en milieu rural en se limitant à 2 à 12 logements par opération. Mais à 64 ans, François Marty qui fut conseiller et chef de cabinet de Guy Hascoet, secrétaire d’Etat à l’économie solidaire de 2000 à 2002, s’attaque désormais à la réhabilitation. Accompagnée par l’Anah, la Foncière Chênelet vise la réhabilitation de 60 logements sur 7 ans au travers d’un Contrat à Impact Social (CIS) lancé en 2017 par Bercy. Ses opérations seront financées par un investisseur privé qui se fera rembourser par l’Etat en cas de succès de l’opération. «Le but est de déboucher sur un modèle qui pourrait être généralisé, décrypte François Marty. L’Anah souhaite se caler sur un montage d’opération moins classique». Une première réhabilitation énergétique avec la Poste a déjà vu le jour à Wizernes dans le Pas-de-Calais. En 2019, une seconde opération portera sur la réhabilitation d’une maison de maître à Guînes qui accueillera 9 logements adaptés aux personnes âgées et à mobilité réduite. «Ce lieu deviendra notre carte de visite, montrant que l’on peut innover dans le logement social tout en gardant nos idées écolo, explique Nicolas Pruvost. Il faudra donc dans un premier temps que les locataires soient nos salariés, car ils seront certainement dérangés par les visites hebdomadaires d’élus et de financeurs curieux».

Une visée nationale

Avec le développement de son offre de construction et de réhabilitation, la Foncière Chênelet vise tout l’Hexagone et compte séduire les communes rurales avec ses innovations sociales. Elle vient par ailleurs d’être la seule entreprise régionale a être labellisée «French Impact» par le Ministère de la Transition écologique avec 22 autres entreprises françaises. Un label qui s’engage à accélérer et à soutenir les initiatives sociales. Parrainée par le secrétaire d’Etat Julien Denormandie, la Foncière Chênelet bénéficiera d’un accompagnement financier pour changer de taille. «Nous devrions également travailler sur certaines réglementations qui nous bloquent dans nos montages d’opération, comme la mise en place d’un ascenseur PMR qui est toujours un casse-tête administratif», explique Nicolas Pruvost.
Avant de prochainement céder sa place, Francois Marty, médaillé de la légion d’honneur, veut doubler ses équipes avec 4 ou 5 nouvelles têtes. «Nous sommes une startup classique mais une startup pour les pauvres. Attention, il faut avoir l’esprit solidaire!» Et se préparer pour de nombreux chantiers : «Nous avons plus de six ans de chantier devant nous, soit 330 logements. De quoi rendre jaloux certains gros constructeurs, non?».