La cour centrale rénovée dans laquelle surplombe le moucharabieh en résille métallique.

La cour centrale rénovée dans laquelle surplombe le moucharabieh en résille métallique.

Sciences Po Lille : premiers pas dans son nouveau siège

Après avoir cohabité avec l’école de journalisme, puis séjourné longtemps à Moulins, Sciences Po vient d’emménager dans des immeubles rénovés du «quartier latin» lillois.Vous devez vous connecter pour accèder à ce contenu L’accès à cet article est réservé aux abonnés, veuillez vous connecter en cliquant sur le lien suivant

En entrant dans le nouveau siège de Sciences Po Lille , rue Auguste Angellier, on laisse sur les marches le souvenir des anciens locaux de l’école, rue de Trévise. Ces honnêtes bâtiments industriels reconvertis avaient fait leur temps. Cette fois, Sciences Po Lille se glisse dans un ensemble universitaire datant de 1895, rénové au terme de vingt-quatre mois de travaux. L’immeuble abritait initialement une faculté de lettres ; ces dernières années, il n’accueillait plus que des activités associatives. L’architecte Hubert Jeanneau l’a en quelque sorte rendu à sa vocation initiale.
Point besoin, donc, de grosses démolitions. Le hall a été seulement débarrassé de deux escaliers ; les accès aux étages ont été replacés aux quatre angles du bâtiment. L’espace d’accueil s’ouvre aujourd’hui sur le patio central et sur une cafetaria. Il est superbe avec ses plafonds peints, ses lustres en forme d’auréoles et son sol en mosaïque ; la reconstitution du pavement dégradé a été l’oeuvre de la société CRI (Haubourdin). Les circulations s’organisent sur cinq niveaux, autour de la cour rectangulaire. Les coursives du rez-de-chaussée et du premier étage, naguère à l’air libre, ont été fermées par des vitrages toute hauteur. Cela a évidemment contribué à l’isolation de l’ensemble, par ailleurs renforcée sur tous les murs intérieurs.
Tous les étages sont «mixtes», autrement dit partagés entre des bureaux (pour les enseignants et le personnel administratif) et des salles de cours. Ces dernières sont équipées de chaises à tablettes et sur roulettes, rendant possibles de multiples configurations de travail. Au rez-de-chaussée, de petites pièces sont réservées aux (foisonnantes) activités associatives estudiantines. Dans la cour centrale, la tour édifiée dans les années cinquante a été conservée mais recouverte d’une résille métallique, dialoguant avec la brique des façades intérieures. Les trous de ce moucharabieh sont plus grands au fur et à mesure qu’on se rapproche du sol, ce qui garantit une luminosité constante. Au sommet, la résille, telle une écharpe, s’étend sur la coursive du dernier niveau. Les amphithéâtres qui étaient contenus dans la «colonne» (deux de 240 places et un de 280 places) ont été refaits à neuf et rendus accessibles à tous par des ascenseurs.

BIM et Oculus

L’école a également investi l’ancienne «maison de l’éducation permanente», de l’autre côté de la rue Angellier, pour y installer la bibliothèque dont elle n’avait jamais vraiment été dotée. Il ne s’agit pas d’un «learning center», concept à la mode, mais d’un lieu où le livre, l’étude silencieuse, voire la mémoire universitaire, gardent une place importante, au côté des installations informatiques. Témoin une somptueuse salle de lecture, qui tire sa lumière d’un plafond translucide en forme de «corolle», lui-même surmonté d’une verrière entièrement reconstruite. Les rayonnages, et les salles de travail en équipes se trouvent sur les flancs du bâtiment. A l’arrière, un mur rideau ouvre l’espace sur le square Angellier. Le cabinet «Atelier 2F» a modélisé ces travaux en amont sous forme d’une maquette BIM. «Nous avons complété cette approche par l’utilisation de matériel Oculus, indique Bertrand Feys, architecte chargé du projet. Des lunettes 3D ont permis aux entreprises intervenantes et aux futurs usagers de visualiser les aménagements et éventuellement, de les amender».
Sciences Po Lille  a ouvert ses portes le 4 janvier. Progressivement, il verra s’installer la centaine d’agents et de professeurs, et les 1 800 étudiants inscrits à l’une des cinq années du cursus. Outre l’ampleur et la qualité des locaux, ce petit monde appréciera sans doute le nouvel environnement de Sciences Po : au cœur de ce qui fut le «quartier latin» lillois, entre le parc Lebas et le centre-ville. L’image de l’école y gagnera aussi…

La bibliothèque avec sa nouvelle verrière
La bibliothèque avec sa nouvelle verrière

Transfert express

Le bâtiment Angellier et la bibliothèque ont été livrés en octobre et novembre derniers…. Il était inconcevable de les laisser vides et de supporter les charges de deux sièges jusqu’en septembre 2017. Seule solution : organiser le déménagement depuis la rue de Trévise pendant les vacances de fin d’année. L’opération a été réalisée en dix jours chrono… après de longs mois de préparation. Un exploit qu’on peut illustrer par quelques chiffres : 590 m3 de mobilier, 50 m3 de matériel informatique, 1 030 mètres linéraires de cartons de documentation, 1 768 mètres de livres alignés. Les locaux libérés dans le quartier de Moulins, co-propriété de l’Etat et de la Ville de Lille, n’ont pas de nouvelle affectation pour l’instant.

salle-prestige-okDans le décor !
Au détour d’un couloir, on découvre le dernier artisan encore au travail dans l’école : Isabelle Mispelon, peintre en décor, boucle la restauration de l’ancienne salle de prestige de la faculté, qui deviendra salle du conseil d’administration de Sciences Po Lille. Cette pièce occupe une place de choix dans l’édifice : au-dessus de l’entrée, derrière le fronton de temple antique qui occupe la partie centrale de la façade. Elle est recouverte de faux lambris en plâtre et agrémentée de statues du même matériau. Les blasons de grandes villes de la région sont incrustés dans son plafond, à quelque huit mètres de hauteur. Isabelle Mispelon aura mis trois semaines à reconstituer les formes, à masquer les reprises de peinture, à raviver les couleurs. «Un chantier passionnant», commente-t-elle.

 

La fiche

• Bâtiment principal : 8 200 m2. Bibliothèque : 1 000 m2 et ses réserves occupent 500 m2 en sous-sol. A rapprocher des 7 000 m2, tout compris, de l’ancien siège, rue de Trévise.
• Restructuration pilotée par la Région, au terme d’une convention avec l’Etat, dans le cadre du plan Campus Grand Lille. Coût de 20 M€, + 750 000 € d’équipement mobilier et 400 000 € d’équipement audiovisuel. L’essentiel de la dépense est pris en charge par la Région, l’Etat et le Département du Nord.
• Gros oeuvre sur «Angellier» : Rabot-Dutilleul, De Meuter, Verchooris, ID Verde, Otis. Lots menuiseries/serrurerie : SDI, PMN, Bouillon, Roger Delattre. Autres entreprises : Technisol, CRI, Gilmant, Eiffage Energie Thermie Nord, SPIE. OPC : Cicad-Projanor.
• Sur la bibliothèque : Edifi, Nouveaux établissements Module, Vandendriessche, Hydroline, Dainville électricité.