Getlink vient d’équiper le tunnel sous la Manche d’un nouveau système de refroidissement, le plus gros d’Europe pour cet usage.

Getlink vient d’équiper le tunnel sous la Manche d’un nouveau système de refroidissement, le plus gros d’Europe pour cet usage.

A Sangatte, Getlink garde la tête froide avec son nouveau climatiseur

Le tunnel sous la Manche vient de s’équiper d’un nouveau système de refroidissement vital pour conserver des températures clémentes. Plus vert, il utilise un gaz réfrigérant peu influent sur l’effet de serre et qui présage d’importantes économies.

Aquelques brasses de la Manche, Peuplingues a des allures de fourmilière. Il faut suivre les rails qui s’engouffrent dans la terre vers l’Angleterre pour s’en rendre compte. En une poignée de minutes, un train est englouti ou ressort des deux énormes bouches du tunnel franco-britannique. En moyenne, c’est 180 poids lourds, 700 passagers par heure… à plus de 100 km/h. Des chiffres qui décoiffent. Et qui font grimper le thermomètre. Rien d’étonnant que la société Getlink SE, gestionnaire des infrastructures, prenne soin de son système de refroidissement. Cette année, elle a achevé le renouvellement de l’installation. Plus verte et plus économe. Dernier cri.

D’où vient cette chaleur intérieure ? Imaginez une seule de ces navettes de 750 mètres de long avec sur ses épaules 2500 tonnes à hisser à toute vitesse. «Avec l’énergie motrice, le mouvement des pistons, l’air poussé et la température plus chaude sous terre…  le thermomètre peut grimper au delà des 35°C à l’intérieur du tunnel, particulièrement au milieu, et en été, détaille José Capez, responsable des équipements de climatisation. Or notre seuil maximal, c’est pas plus de 25°C».

Ce «frigo» est répliqué quatre fois de part et d’autre de la Manche.
Ce «frigo» est répliqué quatre fois de part et d’autre de la Manche.

Comme des frigos

Pour atteindre cette température optimale, le tunnel a été équipé rapidement, d’un système de refroidissement double, de part et d’autre, des conduits à Sangatte et Folkstone, comparable à quatre réfrigérateurs. Le long des 50 kilomètres du tunnel, un tuyau dans lesquel circule 22 000 m3 d’eau sert à capter les calories. En sortie, l’eau chaude récupérée à une vingtaine de degrés passe dans ces méga-frigos. Suivez José Capez, le guide : «Elle est conduite dans un évaporateur qui contient le fluide réfrigérant tandis qu’elle repart dans le cycle à 10°C. Le liquide réfrigérant, quant à lui, traverse un condensateur qui récupère les calories et les rejette vers l’extérieur». Chaleur fatale qu’Eurotunnel aimerait récupérer et valoriser auprès de clients.

Le hic ? C’était le fluide frigorigène jusqu’alors utilisé : le R22. Un gaz hydrofluorocarbure HFC qui contribue à l’effet de serre et que l’Europe compte éradiquer d’ici à 2020. Pour François Gauthey, directeur général délégué de Getlink, le changement d’équipement coïncide «avec l’engagement d’Eurotunnel en matière de développement durable. Nous avons vu le remplacement du système de climatisation comme une opportunité de réduire notre consommation énergétique et notre empreinte carbone».

Une économie de 1000 foyers

”Ces systèmes pourraient très bien arrivés dans les maisons individuelles.” Julien Soulet, Vice-président Honeywell
”Ces systèmes pourraient très bien arrivés dans les maisons individuelles.”
Julien Soulet, Vice-président Honeywell

A gros équipements, gros moyens. Eurotunnel s’est tourné vers deux entreprises américaines complémentaires : Trane et son portefeuille de climatiseurs de la gamme Ecowise «conçue pour réduire l’impact environnemental et à haut rendement», ajoute Jose La Loggia son vice-président, et de la société Honeywell ayant développé des gaz réfrigérants de 4ème génération reposant sur la technologie hydrofluoroléfine (HFO). Le système actuel, installé à Sangatte dès 2015 par Vinci et à Folkstone en 2017, se compose désormais de 4 blocs froids de grande capacité (de 2600 kW à 14 000 kW). Rien de révolutionnaire si ce n’est par sa taille, faisant du climatiseur le plus gros du monde pour un tunnel. Il fonctionne avec le gaz Solstice zd d’un très faible potentiel de réchauffement planétaire (PRP). «Des gaz qui sont aujourd’hui utilisés dans des systèmes pour grosses infrastructures mais qui, demain, pourrait très bien arriver dans les maisons individuelles puisque trois fois moins de gaz est utilisé pour la même efficacité», explique Julien Soulet, vice-président Honeywell Fluorine Products Europe.

On imagine l’investissement considérable, bien que les montants soient restés secrets. Toutefois compensés par les économies d’énergie. «Sur l’année 2017, les équipes ont mesuré une économie de 33%. Ce qui représente 4,8 GWh, soit environ 500 000 euros… ou encore la consommation de 1000 foyers», précise Laurent Fortune, responsable opérateur Eurotunnel, pas peu fier d’évoquer la certification Carbon Trust Standard, remportée pour la cinquième fois consécutive pour les efforts de réduction de l’empreinte carbone. A terme, Eurotunnel espère même atteindre une économie de 40% avec l’ensemble de l’équipement enfin installé. De quoi refroidir autant le tunnel que le portemonnaie pendant 30 ans.

>>> En chiffres, Eurotunnel c’est :

Près de 25 ans de fonctionnement

1000 passagers par jour

20 millions de passagers par an

1,6 million de camions par an

3 tunnels

Jusqu’à 1 train tous les 3 minutes