Le rectorat lillois est l‘un des premiers bâtiments à avoir été conçu en BIM. © Alexandre Lenoir

Le rectorat lillois est l‘un des premiers bâtiments à avoir été conçu en BIM. © Alexandre Lenoir

Rectorat de Lille : le BIM à l’épreuve de la construction

Conçu en BIM (Building Information Model), le rectorat de Lille est en chantier depuis janvier dernier. L’occasion de vérifier que ce processus collaboratif, synthèse numérique de la géométrie 3D et des données d’un bâtiment, facilite aussi son exécution. Visite guidée.

 

On se croirait dans un épisode de « Mission impossible ». A cette différence près que Tom Cruise et sa bande portent des casques, des gilets fluo et des bottes de chantier. La mission qu’ils ont acceptée ? Construire en BIM le futur rectorat de Lille. Tablette à la main, architectes et ingénieurs fluides réseaux déambulent dans le bâtiment en construction. Physiquement… et virtuellement. Un clic pour pénétrer une réservation dans laquelle s’infiltrent différents réseaux. Un autre pour afficher les caractéristiques de la canalisation : diamètre, composant, type… « Ah là… je vais devoir passer bien à gauche pour laisser de la place aux autres », note Baptiste Hardouin, technicien chez Santerne fluides. Les autres ? Ses collègues du gros œuvre, de la charpente et de l’électricité, etc… Tous ceux ayant collaboré pour élaborer la maquette BIM du bâtiment. Imaginons maintenant la même scène sans tablette et sans maquette numérique 3D. « Il faudrait une brouette avec tous les dossiers de construction de l’ouvrage», s’amuse Grégory Denis, architecte chez Escudié Fermaut Architecture et BIM manager de l’équipe. On savait que le BIM était un bel outil pour concevoir un bâtiment. Surprise, il simplifie aussi sa construction. « Avec toutes les infos contenues dans la maquette, je cible au mieux mon intervention du jour », témoigne Axel Caron, ingénieur électricité pour le groupement Satelec- Cegelec, qui renseigne ses retours chantiers « directement sur la tablette ». Au fur et à mesure de l’avancée des travaux, la maquette évolue : les réseaux terminés s’affichent en vert, ceux en cours d’installation en jaune…

Exécution plus rapide

Exemple de l’efficacité du BIM en phase de construction : la pose des centrales de traitement d’air et autres pompes à chaleur. Ces machines avaient donné bien du fil à retordre aux architectes,
désireux de les cacher sous la toiture. Problème : des pentes de toiture complexes et des espaces biscornus. « On a vu sur la maquette qu’il fallait diminuer la coiffe acoustique de certaines pompes pour les caser sous la charpente. Sans cela, on aurait dû les adapter sur place », raconte Baptiste Hardouin, le technicien fluide. Ici, l’outil informatique a permis d’appréhender très vite les volumes disponibles sur le chantier. Et de choisir la solution la plus simple. Aujourd’hui, les centrales sont « casées » sous les toits au centimètre près. De quoi anticiper et éviter ces erreurs qui obligent parfois à démonter. « On va plus vite dans l’exécution », assure Axel Caron qui pointe une autre manière de rentabiliser le temps passé à dessiner en 3D et renseigner la base de données : « on est aussi plus précis dans nos achats ». Durant les 7 mois de synthèse ayant précédé le chantier, les entreprises de gros œuvre, d’électricité et de fluides ont superposé leurs maquettes. Rendez-vous était fixé chaque mercredi matin, autour d’un petit serveur capable de synchroniser les maquettes de chacun. « Tout le monde visualise le bâtiment en 3D tout de suite avec les mêmes informations. Ça apaise forcément les relations », relate Sophie Oudar, ingénieur en génie civil chez Escudié-Fermaut. Réunions auxquelles n’était pas convié le second œuvre. « Ça aurait eu du sens de travailler avec eux en BIM pour les faux plafonds, les menuiseries ou les cloisons mais, comme pour les lots de finition tous n’avaient pas la maturité suffisante il y a un an », regrette Grégory Denis. Prochain épisode et prochaine mission : transition numérique pour tout le monde.

La fiche
Maître d’Ouvrage : Ministère de
l’éducation Nationale – Rectorat de Lille
Equipe de Maîtrise
d’œuvre : Escudié-Fermaut
architecture mandataire; SCAU, architecte
associé
Maîtrise d’œuvre technique : SECA
ingénierie (structure et électricité) et
SECA environnement ; JLL Ingénierie
(Chauffage et climatisation) ; Profil
ingénierie (VRD) ; ARCORA (façade) ; Alter
Emo (Economiste) ; EMA – Paysagiste
Gros œuvre : SOGEA Caroni ; Ramery ;
PMN ; Roger Delattre
Second œuvre : SDI
Electricité : Satelec et Cegelec
Chauffage, ventilation : Santerne
Fluide
Finitions : Rudant et fils (peinture),
Titeca (sols souples), Bauters (Carrelage)

Qui pour être le BIM manager? « L’architecte est le seul de l’équipe de maîtrise d’œuvre à avoir une vision globale du bâtiment. Ça colle avec le rôle assigné au BIM manager », juge Grégory Denis. Architecte chez Escudié-Fermaut, c’est lui qui a rédigé la convention BIM : un texte précisant les rôles et modalités d’échanges entre chaque intervenant, les objectifs du BIM, les niveaux de détails, le nombre de maquettes à superposer. Ce BIM dit « de niveau 2 » synthétise les maquettes de chacun. Mais dans le cas d’un BIM de niveau 3 - la collaboration de tous sur une seule et même maquette qui nécessite d’investir dans un serveur commun - qui doit payer ? Le maître d’ouvrage ? Le groupement d’en- treprises ? L’architecte ? Tous un petit peu ? Une certitude, le maître d’ouvrage doit s’investir dans la démarche. Dans le cas du rectorat, il s’est converti depuis. Après la conception et la construction, les données de la maquette serviront donc à la maintenance du bâtiment.
Qui pour être le BIM manager?
« L’architecte est le seul de l’équipe de maîtrise d’œuvre à avoir une vision globale
du bâtiment. Ça colle avec le rôle assigné au BIM manager », juge Grégory Denis.
Architecte chez Escudié-Fermaut, c’est lui qui a rédigé la convention BIM : un texte
précisant les rôles et modalités d’échanges entre chaque intervenant, les objectifs
du BIM, les niveaux de détails, le nombre de maquettes à superposer. Ce BIM dit « de
niveau 2 » synthétise les maquettes de chacun. Mais dans le cas d’un BIM de niveau
3 – la collaboration de tous sur une seule et même maquette qui nécessite d’investir
dans un serveur commun – qui doit payer ? Le maître d’ouvrage ? Le groupement d’en-
treprises ? L’architecte ? Tous un petit peu ?
Une certitude, le maître d’ouvrage doit s’investir dans la démarche. Dans le cas du
rectorat, il s’est converti depuis. Après la conception et la construction, les données de
la maquette serviront donc à la maintenance du bâtiment.