Construction worker and computer.

Numérique : le bâtiment se connecte

Il n’y a pas que le BIM ! Une multiplicité d’autres outils – moins ambitieux – existent. A leur (petit) niveau, ils révolutionnent le secteur du bâtiment. De l’application la plus accessible au logiciel plus élaboré en passant par les plateformes collaboratives, le virtuel s’invite chez les artisans et les entrepreneurs d’une profession qui aime le dur. Nous avons voulu savoir comment vous vous en saisissiez. Et si les outils numériques devenaient vos nouveaux alliés ? La preuve par des exemples – non exhaustifs – avec des initiatives régionales.

 

Legabat : Un peu de numérique dans un monde de brique

simon_legarandA 27 ans, Simon Legarand a repris les rênes de l’entreprise familiale de maçonnerie fondée il y a 30 ans. Enfant de la génération Y, il insuffle un vent numérique chez ses 38 collaborateurs. Qui le lui rendent bien.

« Mouais, on verra si ça marche… » Quand Simon Legarand, tout juste installé dans son fauteuil de chef d’entreprise a incité ses « gars » à utiliser l’agenda google pour gérer leur planning, il a bien senti un certain scepticisme. Après tout, on s’arrangeait toujours jusque-là pour caler les rendez-vous. Idem quand le jeune homme a déboursé un petit millier d’euros pour acquérir un progiciel de devis et de suivi de chantier (1). Après tout, on arrivait bien « à la louche » à évaluer le temps et le personnel nécessaires pour un chantier
Et puis… pouvoir consulter sur son portable le planning du lendemain, avoir accès à l’emploi du temps des collègues, suivre un chantier au centime d’euros près et disposer d’une base de données réutilisables…
On s’habitue vite à ces petites facilités permises par le numérique.
« C’est plus facile d’adopter le numérique quand il y a un problème et qu’on se rend compte à quel point il facilite les choses » témoigne Simon. Pour preuve, sa tentative de mettre en place une plate-forme de communication type What’s App a fait flop. Les avantages n’étaient là pas assez évidents. « Il faut trouver le bon outil par rapport aux besoins de la boîte, mais aussi en fonction des gens qui la composent » juge le jeune dirigeant qui, suit avec ses chefs d’équipe une formation BIM au long cours chez les Compagnons du Devoir. « Je veux que personne ne soit indispensable, y compris moi. Si l’un de nous est indisponible, les outils numériques sont là pour pallier d’éventuelles défaillances ». Chez Legabat, on utilise les clouds pour stocker ses travaux. Tout le monde s’y est mis sans barguigner après un cambriolage des bureaux au cours duquel plusieurs ordinateurs bourrés de données avaient disparus. Là encore, rien de tel qu’un petit problème de départ pour convaincre des bienfaits du numérique.
1. Conçu pour les artisans et PME du bâtiment (maçonnerie, électricité, plomberie, menuiserie, peinture, couverture, plâtrerie, etc.), Batigest est un logiciel de devis, métrés, facturation, suivi de chantiers. Il coûte entre 20 et 70 € par mois selon les versions.

Apprendre en jouant avec le plombier 4.0®

plombier- X THIERRY

Xavier Thierry est un entrepreneur touche à tout. Repreneur en 2016 de Générale Thermique à Avion (20 salariés, 2,5 millions d’euros de CA), il est aussi le créateur de Plombier 4.0®.

“Il y a un an, je me suis demandé comment faire monter en compétence mes collaborateurs, se rappelle cet HEI passé par la direction des relations entreprises pour une école d’ingénieur. Il décide alors de créer une solution ludopédagogique en s’appuyant sur la réalité augmentée. Ou comment utiliser les mécanismes du jeu (gamification) pour apprendre différemment. “Concrètement, l’apprenant chausse un casque de réalité augmentée et visualise une chaudière. Il peut alors se familiariser avec l’équipement, sortir une pièce et la replacer ou encore lancer des vidéos explicatives”. La solution montée en partenariat avec le CFA de Marly est aujourd’hui disponible en version Beta. “Et ne vient pas se substituer aux professeurs, insiste Xavier Thierry qui y voit “une façon nouvelle de capter l’attention par le jeu et de sortir de l’austère tableau noir”. Autre avantage en cours de développement, s’exercer sur tous les types et marques de chaudières sans avoir à les acheter. Le dispositif a tapé dans l’oeil du jury du concours Creative Start-up de la Serre numérique à Valenciennes. C’est d’ailleurs dans cet écosystème que deux collaborateurs de Xavier Thierry sont incubés pour développer le Plombier 4.0 ®. Avec deux objectifs : le déployer sur smartphone pour mieux l’utiliser ensuite en cours comme en entreprise. “Apprendre facilement au sein de son entreprise et pendant son temps de travail, c’est aussi dans l’esprit de la réforme de la formation”. Avec le Plombier 4.0®, ce sera demain possible et made in Nord!plombier-visualisation

Jean-Raymond Lefebvre, apôtre du numérique

LefebvreTourcoingHDIl se voit comme « un évangélisateur du numérique ». Pour le chauffagiste Jean-Raymond Lefebvre, la survie des TPE-PME passe par la maîtrise des outils informatiques.

Chez Lefebvre, c’est tournée de smartphones pour tout le monde ! A condition de mettre une coque. Pour les 8 salariés de cette entreprise de génie climatique, l’i-phone « offert » par le patron est devenu un outil comme un autre. Accéder à son agenda google relié en direct au logiciel de prise de rendez-vous. Visualiser le type de chaudière à réparer et commander dans la foulée les pièces nécessaires. Prendre des photos chez le client, les assortir de commentaires, avant de les envoyer dans une base de données. «Ne pas maîtriser le numérique aujourd’hui, c’est comme être analphabète il y a 50 ans », juge Jean-Raymond Lefebvre, 54 ans, à la tête de l’entreprise familiale. Lui ne se déplace jamais chez le client sans son mac. Un simple tableau excel pour évaluer la puissance des chaudières, le débit d’eau chaude nécessaire… Un power-point illustré fait maison pour répondre aux questions les plus posées (150 à ce jour). Et l’artillerie lourde quand le particulier veut en savoir plus sur l’isolation de sa maison : un logiciel de calcul thermique qui calcule en quelques minutes, vos gains énergétiques potentiels (1). « Grâce au numérique, on répond aux demandes du client sur place, on fait de la pédagogie, on lui explique nos préconisations. Ça le tranquillise et il ne s’arrête pas qu’au prix quand il reçoit le devis», résume Jean-Raymond Lefebvre. Autre avantage du numérique ? « Le jour où vous revendez votre société, votre successeur dispose d’une boîte à outils prête à l’emploi». Une autre forme de transmission de données.

1. Sfereno Pro est un logiciel de calcul thermique (iPad ou Android), qui prend en compte les différentes aides auxquelles les travaux de rénovation sont éligibles (PTZ+, ANAH, CEE, CIDD).

BC Nord mise sur Kroqi

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L’entité du groupe Baudin-Chateauneuf expérimente le travail collaboratif grâce à cette plateforme numérique dédiée au bâtiment.

“C’est une belle innovation!”. Nicolas Caty, ingénieur travaux en charge du BIM chez BC Nord (49 salariés) est un utilisateur convaincu. Depuis un peu plus d’un an, il utilise Kroqi. Cette plateforme web, mise en place par l’Etat, s’adresse aux professionnels du BTP qui souhaite travailler ensemble autour de la maquette numérique. “Après une formation Revit, j’ai continué à m’intéresser au BIM et j’ai découvert Kroqi. A la faveur d’un marché global de performance dont nous sommes mandataire, et par une forte demande de la maîtrise d’ouvrage, nous devions être moteur en matière de BIM”, détaille-t-il. Il met alors en place une stratégie pour faciliter et améliorer la collaboration avec les autres intervenants du groupement, les concepteurs, l’exploitant et même la maîtrise d’ouvrage. Kroqi en est la clé de voûte. “La plateforme nous permet d’échanger des fichiers volumineux sans limite de temps, de les déposer dans un espace sécurisé, de créer des comptes personnels ou encore de chatter ce qui évite la multiplication des mails”, explique Nicolas Caty. Il joue donc le rôle d’administrateur entre les intervenants des différentes entreprises et “gère des droits d’accès différents selon les fonctions de chacun”. Il plébiscite également la visioconférence avec partage d’écran, “pratique quand on travaille à distance” et la centralisation de l’historique des actions qui reprend qui fait quoi. Une organisation optimisée qui génère un véritable gain de temps. Sans compter “une mise en place relativement facile et un usage intuitif,y compris pour les moins initiés à l’informatique. Même s’il convient “qu’il faut s’habituer à cette nouvelle manière de travailler”. De quoi séduire les PME qui souhaitent se mettre au “collaboratif”. Car que l’on soit maître d’ouvrage, maître d’oeuvre, bureau d’étude, architecte, entreprise de gros oeuvre ou de second oeuvre, Kroqi est ouverte à tous et gratuite !

 

Desbarbieux Frères : Une numérisation heureuse

Basée à Saultain près de Valenciennes, l’entreprise Desbarbieux Frères, spécialisée dans le génie climatique, la plomberie et la couverture s’est mise au BIM. Une rareté dans le second-œuvre.

Faute de mieux, les 45 employés de Desbarbieux l’appellent R2D2. En 2017, l’entreprise spécialisée dans l’installation des chauffages et des systèmes de ventilation a acheté un petit robot bien pratique. Au moment où le gros œuvre pose le plancher béton, la machine scanne le chantier en 3D et indique au centimètre près l’endroit où incorporer les réseaux. Les plans eux sont numérisés sur une tablette. (1) Plus besoin de dérouler son mètre, ses plans papiers sous le vent ou la pluie. Coût de la machine : 13 000 €. A quoi, il faut rajouter 13 000 € de formation, de logiciel et de matériel informatique adéquat. Un investissement rentable ? « Pas en terme financier » reconnaît Christophe Carpentier « mais c’est un gain de fatigue et une source de motivation du personnel énorme ». Grâce au numérique, les reprises de chantier se font rares. Et les marteaux-piqueurs restent au placard. Moins de port de charges, moins de troubles musculaires, moins de manutention… les compagnons approuvent. Prochaine étape de cette numérisation bienveillante : équiper toutes les équipes sur les chantiers d’une tablette numérique. Les notices de matériel, les plans, les devis… tout sera désormais dans la tablette. Du gain de papier, d’encre et là encore d’énergie pour le personnel. « Le numérique, on n’a pas le choix, il faut y passer. Autant le faire passer en faisant goûter aux gars les avantages du produit » résume Christophe Carpentier qui avant de reprendre l’entreprise familiale en 2017 en était… le référent RSE.
Fonctionnant avec le logiciel Plancal Nova, le système est une application dérivée du BIM.

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Artisanat et réinsertion en parfaite Ozmozlogo osmoz

Une entreprise d’insertion cambrésienne a monté Ozmoz une plateforme pour mettre en relation artisans, publics en réinsertion et jeunes en formation. Un montage gagnant-gagnant-gagnant

Airbnb, Blablacar, Amazon… A quoi est dû le succès de ces plateformes numériques ? A cette facilité à mettre en relation des gens, qui sans le savoir avaient des intérêts communs. Appliqué au bâtiment, cela donne Ozmoz. Une « place de marché » virtuelle – « marketplace » en bon franglais – où cohabitent artisans, structures d’insertion et organismes de formation.
Sur Ozmoz, le particulier trouve électricien, plombier ou jardinier. L’artisan reste maître du chantier, mais grâce à Ozmoz, il délègue une partie des travaux à des ouvriers en insertion ou en formation. Intérêt pour le particulier ? Déduire des impôts les travaux requalifiés en service à domicile (le ramassage et l’évacuation des déchets réalisés par les « apprentis » par exemple). Intérêt pour les entreprises de formation et d’insertion ? Trouver des chantiers pour son public. Intérêt pour les TPE ? Gagner du temps et de l’argent en transférant une partie des travaux à une main d’œuvre moins coûteuse. « Les artisans voyaient les entreprises d’insertion comme de la concurrence déloyale. Nous prouvons qu’ils sont complémentaires » se félicite Bruno Minthilli, ingénieur en informatique de 27 ans, co-créateur d’Ozmoz en 2015. La plateforme recense actuellement 80 structures : 20 d’insertion (Devenir, Synergie, RES intérim…), 15 de formation (Hortibat, Aideq, Arc-en-ciel…) et 45 entreprises. Moyennant une cotisation de 80 euros par an. Côté insertion, le taux de sortie positive dépasse les 80 %. Les deux fondateurs sillonnent actuellement les régions pour exposer un modèle… promis à faire des émules.

https://www.ozmoz.co/

Avec Auxialys, l’insertion à sa plateforme en ligne

-1_1Les heures d’insertion ? Difficiles à mettre en place, jugées parfois peu efficaces, sans compter le manque de visibilité tant pour les maîtres d’ouvrage que pour les entreprises. Pour faciliter leur déploiement et permettre le retour à l’emploi de manière pérenne, le GEIQ BTP NPDC et LMH, Partenord Habitat, SIA, Maisons et Cités, Pas-de-Calais Habitat et Vilogia ont mis sur pied Auxialys. Après une année de travail, cette plateforme web, à destination des six bailleurs et de leurs entreprises partenaires vient d’être mise en ligne. Le but ? “Mutualiser les heures d’insertion des entreprises entre plusieurs marchés, avec un ou plusieurs bailleurs”, explique Laurent Vanackre, DG du Geiq BTP NPDC. Si les maîtres d’ouvrage rentrent leurs opérations en décomposant les lots et en renseignant nom des sociétés attributaires et nombre d’heures d’insertion à réaliser, les entreprises ont ensuite la main. Elles disposent d’un compte emploi d’insertion professionnelle (CEIP) accessible avec leur login et leur mot de passe de connexion communiqués par mail. A elles ensuite de saisir le nom du salarié, dont la candidature aura au préalable été validée par un partenaire de l’emploi (Geiq, Plie, missions locales…). Recrutée pour au minimum 6 mois dans le cadre d’une alternance, la personne bénéficiera, en plus de son travail, d’une formation. A la fin du mois, l’entreprise saisit enfin le nombre d’heures d’insertion réalisé. “C’est complétement novateur, se réjouit Laurent Vanackre. Pour les entreprises, l’idée est de profiter de cette insertion pour recruter et valoriser cette action dans leur politique de RSE (responsabilité sociétale des entreprises)”. Ou comment le numérique devient un facilitateur – gratuit – pour les entreprises !

Intéressé ? Des réunions d’information seront prochainement mises en place sur l’ensemble de la région.

https://extranet.auxialys.fr