Nicolas-Damien Denhez a fait passer le cap du numérique à son entreprise centenaire.

Nicolas-Damien Denhez a fait passer le cap du numérique à son entreprise centenaire.

Marbrerie caudrésienne Blairon-Denhez : du marteau au robot

Nichée à Caudry, la marbrerie centenaire reste discrète. Malgré son grand âge, elle a pourtant opéré un virage technologique marquant en 2011 qui lui fait entrevoir un bel avenir. Dallages, ouvrages complexes, etc. les demandes pleuvent.

Dans l’atelier de 3 200 m2 de l’entreprise Blairon-Denhez, pas un coup de marteau ne ricoche dans la campagne caudrésienne. Exit la poussière. L’espace clair laisse apparaître les rangées de plaques de pierre bleue alignées, prêtes à l’usinage, et les ouvrages : dalles, escaliers et autres receveurs de douche achevées. Bienvenue dans la marbrerie du futur. Ici, les machines derniers cris : débiteuse, polissoir, passent et repassent sur les pierres nobles. Des ouvrières capables de travailler des heures, durant la nuit, sans relâche. Seule une poignée de salariés encadre le travail, désormais les mains sur le tableau de bord numérique. Des tailleurs 4.0.

L’atelier Blairon-Denhez a demandé un investissement de plusieurs centaine de millions d’euros.
L’atelier Blairon-Denhez a demandé un investissement de plusieurs centaine de millions d’euros.

Préserver le savoir-faire

ailleur ? «Assurément. Il faut être du métier pour savoir utiliser les machines. Connaître sur le bout des doigts les matières. Savoir comment elles réagissent à l’usinage. Rien que polir une pierre, c’est tout un métier », souligne Nicolas-Damien Denhez, dirigeant de la marbrerie. Quand il n’a pas les yeux rivés sur le travail de découpe de l’une de ses dernières acquisitions : «Une débiteuse numérique à cinq axes interpolés qui permet de découper sans déplacer la plaque», précise-t-il, passionné, il les fixe sur son écran. C’est là que cet ingénieur de formation programme, conçoit parfois et pilote les équipements «en quelques heures c’est terminé, ensuite les machine usinent la nuit». Cette fois, c’est un chapeau de pilastre auquel il doit s’attaquer. «Seules 7 heures suffiront à réaliser la partie basse de la pièce alors qu’il faudrait traditionnellement deux jours», explique-t-il. Un temps record.

Blairon-Denhez-3
Un des équipements à commandes numériques.

«Il fallait opérer un virage numérique, pour survivre», tranche net Nicolas-Damien Denhez. Lorsque le dirigeant reprend les rênes de l’entreprise familiale à la suite de son père en 2003, il sent le vent tourner. «Il y a plus de vingt ans, on comptait une trentaine de marbrerie au nord de Paris. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 5…» La concurrence chinoise, pour lui, a changé radicalement la donne. «Beaucoup de pièces y sont envoyées et façonnées. La main d’œuvre est moins chère», s’attriste-t-il. Avec un hic : la perte du savoir-faire. Tailleur de pierre dans l’âme mais les yeux tournés vers l’avenir, Nicolas-Damien Denhez passe le cap en 2011. Un sacré pari. «Lorsqu’on a acquis la première machine, le tiers de notre chiffre d’affaires y est passé», se rappelle-t-il. Mais les banques ont suivi et le carnet de commandes aussi.

Usinage de pièces complexes

Bien qu’historiquement façonneur de pierres tombales, l’entreprise diversifie ses activités. Avec 45% de ses ouvrages destinés au secteur du bâtiment : dalles, fontaines, escaliers, … et 5% pour la décoration : cuisine, receveurs de douche, vasques… C’est surtout le marché de niche des pièces complexes qui attire. «On a créé cette activité et cela ne va pas aller en décroissant», assure Philippe Locosse en charge du commerce. De bouche à oreille, l’entreprise s’est fait sa renommée. Il faut dire qu’elle a le souci du travail précis et le goût pour la pierre bleue, extraite de la carrière du Hainaut. Blairon-Denhez a même investi dans un showroom pour exposer les différentes finitions.

Les prochains investissements, la marbrerie va les consacrer à l’environnement. «L’atelier utilise déjà un circuit fermé pour économiser les 50 000 litres d’eau utilisés par jour. Nous souhaiterions désormais recycler nos boues à 100 %», indique le dirigeant. En attendant, Nicolas-Damien Denhez sent qu’il est arrivé à un tournant. «Nous sommes passés de 5 salariés en 2011 à 14 aujourd’hui, se satisfait-il. Mais les commandes s’accroissent. Peut-être faudra-t-il encore se développer».

 

Blairon-Denhez, vue sur la mer Bientôt la digue de Malo-les-Bains sera couverte de deux séries d’inserts gravées. Des motifs fins telle de la dentelle «qui viendront rappeler le carrelage des villas malouines», explique Philippe Locosse, responsable commerciale de la marbrerie. L’entreprise n’en est pas à sa première réalisation de dallage. Elle a même récemment exporté ses produits sur le marché hollandais. «Nous réalisons énormément de dalles podotactiles. La pierre naturelle est beaucoup plus noble, s’intègre bien et dure plus que du plastique», souligne Nicolas-Damien Denhez. L’entreprise a aussi tapé dans l’oeil de grandes maisons comme la fondation Louis-Vuiton, dont elle a réalisé l’entrée du musée.
Blairon-Denhez, vue sur la mer
Bientôt la digue de Malo-les-Bains sera couverte de deux séries d’inserts gravés. Des motifs fins telle de la dentelle «qui viendront rappeler le carrelage des villas malouines», explique Philippe Locosse, responsable commercial de la marbrerie. L’entreprise n’en est pas à sa première réalisation de dallage. Elle a même récemment exporté ses produits sur le marché hollandais. «Nous réalisons énormément de dalles podotactiles. La pierre naturelle est beaucoup plus noble, s’intègre bien et dure plus que du plastique», souligne Nicolas-Damien Denhez. L’entreprise a aussi tapé dans l’oeil de grandes maisons comme la fondation Louis-Vuitton, dont elle a réalisé l’entrée du musée.

 

>>> Repères

Repères 1900 : création de l’entreprise

2003 : Reprise par Nicolas-Damien Denhez

3 200 m2 : superficie de l’atelier

1,5 million d’euros : chiffre d’affaires

95 % et 5 % la part de clients professionnels et particuliers

45% d’ouvrages pour le bâtiment, 5% pour la décoration, 50% pour le funéraire

14 salariés

50 tonnes de matière transformées par mois