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Logements réhabilités Optidom de Vilogia à Leers, ils sont été rendus accessibles et fonctionnels pour les séniors - ©Vilogia

Dossier : Le logement social s’adapte au grand âge

Confronté au vieillissement de ses locataires, le secteur du logement social s’est très tôt penché sur la question du maintien à domicile. En Hauts-de-France, 12,8% des seniors vivent en HLM, contre 8,6% en France (Insee).

Si la réponse apportée était bien souvent une adaptation du logement social à la demande, les bailleurs s’orientent désormais vers des stratégies plus globales. L’objectif ? Proposer un parcours résidentiel cohérent et lutter contre la sous-occupation de leur parc. Pour y parvenir, il s’agit de caractériser le patrimoine en fonction des typologies de logements et des travaux déjà réalisé. Comme beaucoup, Vilogia s’est engagée dans ce travail. “Pour accompagner le parcours résidentiel des seniors, nous devons développer une offre en neuf mais aussi en réhabilitation”, explique Géraldine Gaillard, chef de produit chargée de l’habitat seniors. Depuis 2012, l’ESH a lancé une démarche structurée pour quantifier son parc à l’aune de deux critères : l’environnement en ne retenant que les habitations à 500 mètres des services et transports en commun, puis l’accessibilité. De quoi favoriser une mobilité choisie pour les personnes encore dynamiques. Le bailleur a même lancé Optidom, une offre dédiée proposant au choix : logements diffus, logements groupés ou habitations avec services. Il s’attend à “une demande exponentielle dans les 10 prochaines années” alors que 30% de son parc est occupé par au moins une personne de plus de 60 ans. “Nous travaillons en parallèle sur une offre évolutive pour que logement adapté ne rime plus avec offre stigmatisante”, indique Géraldine Gaillard. Il existe donc quatre niveaux d’adaptation, le premier étant un socle de base comprenant une douche, un sol antidérapant, la motorisation des volets et un micro-viseur électronique. Si la perte d’autonomie se poursuit, il est possible d’ajouter des barres d’appui désignée, toujours pour rendre l’équipement esthétique, des lavabos évolutifs avec meubles déclipsables et miroir toute hauteur, des chemins lumineux… Au cœur de la réflexion, se pose aussi la future mutation des logements neufs. “Nous intégrons désormais des murs renforcés pour les barres d’appui ou encore des arrivées électriques”. Autant d’anticipations qui se révèleront à l’avenir gain de temps et d’argent.
La modularité des habitations s’écrit également chez SIA. A Lille, le bailleur social a inauguré en 2018 sa résidence Rive : Résidence Intergénérationnelle de vie écocitoyenne et solidaire. Il y est possible de faire varier la typologie d’un logement pour accueillir un exemple, en passant d’un T2 à un T3. Pour cela, une cloison pré adaptable permet de scinder l’espace, celui-ci étant dès la conception configurer pour être modulable. Une attention particulière a aussi été apportée à l’environnement, proche avec les services idoines.

Logement social: Loger et accompagner

Christian Evard, l’un des premiers locataires de la résidence Renaissance de SIA, laboratoire d’innovations sociales.

Chez Notre Logis, le maintien à domicile passe évidemment par une offre de logement adapté. “Nous avons développé les béguinages, verticaux ou horizontaux”, détaille Arnaud Delannay, DG. Particularité pour celui d’Halluin, l’immeuble est dédié à 26 personnes âgées toutes issues du même quartier. Manière d’encourager la mobilité résidentielle tout en gardant ses habitudes. Au béguinage du coq à Bondues, la lutte contre l’isolement passe par la nature. La médiation sociale est confiée… à des biquettes. “Nous avons trop souvent une approche technique du sujet mais il faut rester dans l’humain”, plaide Arnaud Delannay qui croît à un retour à la nature.

Parmi sa palette d’accompagnement, SIA a tenté l’expérience du numérique au sein de sa résidence intergénérationnelle Renaissance à Roubaix. Une tablette confiée aux résidents contient un réseau social interne pour échanger avec les différents acteurs de l’immeuble. Un an après sa mise en place, les premiers retours d’expérience sont “satisfaisants, une partie des habitants interagit avec”, constate Pedro Fernandez, directeur Habitants. Il convient toutefois que ce genre de dispositif doit encore évoluer. Au-delà, l’expérimentation permet de prendre une longueur d’avance pour les futurs résidents, plus aguerris avec ces technologies. 

Chez Pas-de-Calais Habitat, on compte 8 500 logements adaptés aux personnes âgées. L’office départemental se veut “intégrateur de solutions”, expose Renald Sourisse, chargé d’étude à la direction Innovation. A Arras, il s’est illustré en 2010 avec l’opération Bonsecours. Un îlot intergénérationnel basé sur l’implication des locataires. Ou comment pousser le concept d’habitat participatif sans l’imposer. Et ça marche ! Depuis, le bailleur a dupliqué l’expérience en milieu rural à Villers-Brûlin, près de Tincques. “La stratégie repose avant tout sur la relation humaine”, défend Renald Sourisse. Qui n’oublie pas pour autant le bâti en travaillant sur le design universel. Cette notion vise à concevoir un produit susceptible d’être utilisé par tous, quelles que soient ses capacités et son âge. Il en va par exemple de la hauteur des prises électriques. “Attention, le confort d’usage ne doit pas non plus être stigmatisant”. Préférez donc un toilette à la bonne hauteur plutôt qu’un réhausseur disgracieux.
La Carsat s’est aussi saisie de la question de l’hébergement des seniors. Elle propose notamment une ingénierie pour accompagner les bailleurs dans leur stratégie d’adaptation des logements. A Roubaix, elle mène le projet ECLAT (Engagements Communs pour le logement et l’autonomie sur les territoires). Vilogia, Partenord, LMH, Habitat du Nord et l’URH participent à cette démarche qui vise à développer un cadre favorable à la prévention de la perte d’autonomie. La Métropole Européenne de Lille fait partie des signataires. Pour accompagner le vieillissement, elle s’est engagée il y deux ans avec l’expérimentation Octave, un concept de domicile accompagné, intermédiaire entre le logement ordinaire et l’établissement spécialisé. Avec 6 bailleurs volontaires, 72 logements de ce type ont depuis vu le jour dans 8 communes métropolitaines. “Chaque locataire doit adhérer au service d’accompagnement qui assure sécurité et rupture de l’isolement. Cela fonctionne plutôt bien, surtout grâce à la bienveillance de chacun”, résume Noémie Landy, coordinatrice des Octave pour la MEL. Car il y a bien deux piliers au maintien à domicile des personnes âgées : au-delà de l’adaptation du bâti, l’accompagnement humain est crucial.

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« En 2015, avec la loi d’adaptation de la société au vieillissement, les pouvoirs publics se sont saisis de cette question. La loi ELAN de 2018 a pour sa part consacré deux nouveaux dispositifs que sont la cohabitation intergénérationnelle et l’habitat inclusif en attendant de nouvelles mesures annoncées par le Premier ministre en faveur du maintien à domicile et des investissements dans les Ehpad. »

 

Voir aussi :

Seniors : le bâtiment en quête d’adaptation

L’âge d’or des résidents séniors