Geste technique (3)

L’ABF, sa vie, son oeuvre

Promoteurs et constructeurs reprochent régulièrement aux Architectes des bâtiments de France (ABF) de les empêcher de travailler en rond. Mais quelles sont les prérogatives exactes de ces fonctionnaires du ministère de la culture ? Dans le département du Nord, ils sont trois. « Nous participons à la conservation des 830 monuments historiques du territoire et à la supervision de leur restauration», explique Catherine Bourlet, chef du service. Avec ses collègues, elle s’occupe aussi des ensembles urbains remarquables (les ex «secteurs sauvegardés») et des sites protégés comme «monuments naturels». Mais ce sont les interventions des ABF aux abords des monuments historiques qui sont les plus connues, et critiquées. «Pour tout projet situé dans un rayon de 500 mètres autour d’un bâtiment inscrit ou classé, nous rendons des avis qui s’imposent à tous», indique Catherine Bourlet. Cette rigueur souffre toutefois quelques nuances. «Si nous interdisons une construction alors que le PLU l’autorise, l’issue risque d’être compliquée». Par ailleurs, si la construction existante et celle projetée ne sont pas en situation de co-visibilité, l’ABF n’émet que des recommandations ; la collectivité concernée peut les suivre, ou non, dans l’instruction des permis de construire. L’ensemble de ce travail s’est décliné en 9 400 dossiers l’an dernier… Et Catherine Bourlet l’assure : Les situations de blocage sont extrêmement rares. Contrairement à certaines assertions, il est possible de mettre aux normes un monument historique ou d’améliorer le confort de ses occupants. Certains aménagements sont aussi autorisés parce qu’ils sont réversibles. Le but de l’ABF est d’assurer la pérennité de ces biens, à travers des restaurations de qualité. Dans la quasi-totalité des cas, nous trouvons des compromis avec nos interlocuteurs qui partagent cet objectif ».

Nous participons à la conservation des 830 monuments historiques du territoire et à la supervision de leur restauration. Catherine Bourlet, chef du service des ABF du Nord.
« Nous participons à la conservation des 830 monuments historiques du territoire et à la supervision de leur restauration ».
Catherine Bourlet, chef du service des ABF du Nord.

L’épreuve du feu

Elles ont fini par surgir au coin de tous nos entretiens : les flammes qui ont dévoré Notre-Dame de Paris ont bien sûr ébranlé nos interlocuteurs amoureux du patrimoine. Elles ont aussi ravivé leur souci de sécurité. «Il n’existe pas de règlementation propre aux monuments historiques, alors que les matériaux et les techniques pourraient le justifier», note Marie-Christine Chancollon, chargée des inspections de risques à la SMA BTP. Les professionnels concernés se réfèrent donc à des pratiques de bon sens : maintenir les sites en état de propreté ou stocker les produits inflammables dans des locaux appropriés. Dès lors qu’ils effectuent des travaux par points chauds –meulage et soudure par exemple– la compagnie d’assurance les invite à établir un document de sécurité, appelé «permis de feu». Le texte, signé par la maîtrise d’ouvrage, le responsable de la sécurité et les entreprises analyse les risques d’incendie ou d’explosion liés à la structure des bâtiments, à leur environnement et à la nature du chantier. Il formule ensuite des prescriptions pour prévenir les redoutables «feux couvants» : l’arrêt des travaux deux heures avant la fin de journée, l’évacuation des poussières, des contrôles pointilleux des installations électriques… «C’est un principe de l’assurance construction : les entreprises sont présumées fautives en cas de sinistre sauf à démontrer qu’elles ont pris toutes les précautions possibles», indique Marie-Christine Chancollon. Et de rappeler que la SMA BTP a enregistré 255 incendies sur chantiers en France entre 2009 et 2016…

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