Au centre Antoine Béal, entouré de l’équipe de Béal et Blanckaert.

Au centre Antoine Béal, entouré de l’équipe de Béal et Blanckaert.

« J’attends des entreprises une grande connaissance de leur métier » , interview d’Antoine Béal

Pour Antoine Béal, architecte-associé de l’agence lilloise Béal & Blanckaert, « chaque projet est une histoire ». Antoine Béal dirige une vingtaine de collaborateurs au service “d’une architecture d’auteur”. Il nous livre ce mois-ci son regard sur la relation maître d’œuvre-entreprises.

Comment travaillez-vous avec les entreprises ?

Contrairement à nos homologues belges ou anglo-saxons, nous, architectes français, n’avons pas la culture des plans d’exécution. Les entreprises sont donc essentielles dans la transformation des plans de principe. Notre rencontre se fait à cette charnière. Avec ses qualités et ses défauts : si les architectes devaient faire les plans d’exécution, ils seraient plus compétents.  Cette étape  peut être conflictuelle mais se révèle quelquefois vertueuse. Sur une problématique de mise en œuvre, l’entreprise peut nous soumettre d’autres méthodes, plus faciles, que nous n’aurions pas envisagées. Ceci implique cependant une certaine ouverture d’esprit de l’architecte.

Avez-vous un exemple de projet vertueux ?

Nous avons travaillé récemment pour du logement en accession sociale maîtrisée en prix maximum garanti. Les échanges ont démarré avec l’entreprise dès l’APD avec des propositions constructives très intéressantes qui nous auraient paru plus chères sur le papier : mais à ce moment, elle a considéré que c’était plus avantageux pour elle, ce qui relativise l’idée de prix.

Sinon, je considère comme le plus vertueux le principe du triangle que forment avec chacun sa responsabilité et le respect de l’autre, le maître d’ouvrage, l’architecte et l’entreprise. Dans le cadre de conception-construction, le jeu est faussé avec un architecte, qui sous les ordres de l’entreprise, n’est plus garant vis-à-vis de la maîtrise d’ouvrage du projet dans toutes ses composantes – conception, prix, valeur d’usage… –  sans que l’assurance du meilleur prix pour la meilleure prestation soit démontrée. L’entreprise, en première ligne avec le maître d’ouvrage peut avancer les prix sans véritable contrôle. Avec la loi ELAN, ce risque est accentué. Quand les pouvoirs publics auront tout délégué aux entreprises et notamment le chantier, comment feront-ils pour contrôler le prix des choses et le sens profond de l’architecture? Les architectes en sont les garants.

Comment qualifieriez-vous les relations architecte-entreprises ?

Ce sont des relations complexes et passionnantes, mais d’abord des histoires de femmes et d’hommes. Il faut que chacun se dise “je suis dans un contrat juste”. Construire un ouvrage se passe sur un temps long. On ne peut pas être dans le conflit en permanence. Il faut aussi de part et d’autre, architectes comme entreprises une vraie compétence, du respect et une honnêteté parfaite, notamment sur les questions de prix et de prestations. Il faut dire aussi que certaines entreprises souffrent aussi d’architectes ne sachant pas ce qu’ils veulent. Nous souhaiterions que les missions d’exécution nous soient confiées, pour que les architectes retrouvent une vraie compétence technique et pour que entreprises ne doivent pas interpréter l’objet de leur marché.

Concrètement, qu’attendez-vous des entreprises ?

J’attends des entreprises et de leurs compagnons une grande connaissance de leur métier et de ses spécificités. Et en même temps, une culture d’entreprise et du bâtiment avec une connaissance de l’ouvrage qu’ils construisent. Pour cela, ils ont aussi besoin d’une certaine forme d’émancipation avec une intelligence de situation. Je remarque cependant une grande déqualification des entreprises liées à la segmentation des tâches.