L’université de Lille a obtenu une triple certification, faisant de son équipement un des bâtiments d’enseignement supérieur les plus performants au niveau énergétique, à l’échelle mondiale.

L’université de Lille a obtenu une triple certification, faisant de son équipement un des bâtiments d’enseignement supérieur les plus performants au niveau énergétique, à l’échelle mondiale.

IUT C de Roubaix : un labo de la transition énergétique et numérique pour l’université

Livré en septembre prochain, le nouveau bâtiment de l’IUTC à Roubaix a décroché une triple certification pour ses performances énergétiques. A l’image de l’université de Lille, ce totem se veut expérimentateur : de la conception à la construction… en passant par la maintenance. Une nouvelle phase d’exploration l’attend dès la rentrée scolaire.

C’est le dernier né, dernier cri, du quartier «campus gare» de Roubaix, à l’angle de la rue de l’Alma et de l’avenue des Nations-Unies. Le bâtiment de l’IUT C (Institut université de technologie), bloc de 6000 m2 qui accueillera près de 1300 étudiants à la rentrée 2018, ne passe pas inaperçu paré de sa cape argentée. Une peau dessinée par le cabinet d’architectes ANAA qui lui confère des allures futuristes et qui colle bien au projet : «être un beta-testeur de la transition énergétique», résume Annabelle Deram, chargée de mission pour l’université de Lille.

Un suivi énergétique de 6 ans

Un bâtiment à hautes performances énergétiques, producteur d’énergie, assurant le confort du public tout en maîtrisant ses coûts ? L’équation était loin d’être facile à résoudre pour le maître d’ouvrage, l’université, et son mandataire : la SEM Ville Renouvelée. Une partie de la solution a été trouvée en optant pour un marché de conception, réalisation, exploitation/maintenance (CREM) pour conduire le projet. «Peu utilisé, le CREM a l’avantage de rassembler la maîtrise d’œuvre, l’entreprise et la maintenance pour atteindre les objectifs de coûts et de performances», explique Jean-Luc Blazy, responsable du pôle Construction et maîtrise d’ouvrage à la SEM Ville Renouvelée.

Le marché, remporté par le constructeur Demathieu Bard, le cabinet d’architectes ANAA, les bureaux d’études, Maning et Energelio, et l’entreprise chargé du lot chauffage ventilation climatisation (CVC) et maintenance Engie Axima, a placé ce groupement sur les starting-blocks pour une course qui paraît effrénée. Trois ans de conception et de réalisation de ce nouveau démonstrateur de la troisième révolution industrielle, heureusement aidé par la maquette BIM. «Un outil utile pour la collaboration entre acteurs notamment, et qui a l’avantage de compiler l’ensemble des données… sur un seul fichier», reconnaît Aurelia Neveu, cogérante du cabinet ANAA. Après quoi, la compétition est loin d’être terminée. Durant six ans, les performances énergétiques seront suivies, à fréquence trimestrielle. Et gare aux dépassements, au risque de voir tomber le couperet des pénalités.

Une consommation PassivHaus

La surface du toit est recouverte d'une surface végétalisée et de panneaux photovoltaïques.
La surface du toit est recouverte d’une surface végétalisée et de panneaux photovoltaïques.

Le groupement est plutôt confiant. Lui qui s’était fixé de décrocher les labels Bepos et HQE, s’est vu auréolé d’une troisième certification PassivHaus. «D’après nos calculs, le bâtiment chauffé en hiver à 21°C, afficherait une consommation de 31kWh/m2 SDP. Le seuil est de 35 kWh/m²/an», précise Anouk Beaufumé, chef de projet chez Engie Axima. L’Université ne courait pourtant pas après le label allemand. «Nous l’avons proposé en résolvant un conflit entre la surface de toiture végétalisée imposée et la surface de panneaux photovoltaïques dont le bâtiment avait besoin pour aller chercher le label Bepos», introduit Christophe Ghillebaert, ingénieur d’affaires chez Energelio. Pour y arriver, le bureau d’étude a joué sur l’isolation. «Voilà pourquoi le bâtiment est plutôt compact, doté d’une bonne enveloppe thermique et d’une verrière triple vitrage pour aller chercher la chaleur», poursuit-il.

Cet atrium, cœur du bâtiment innovant, remplit de nombreuses fonctions. En plus de maximiser l’apport de lumière naturelle, il sert d’extracteur en vrac de l’air brassé dans le bâtiment par une ventilation double flux. «Ce qui simplifie le réseau de ventilation et in fine apporte une diminution des consommations énergétiques liées. Seules les gaines de soufflage arrivent dans les salles», précise Christèle Saint-Machin, chargée d’étude chez Maning. La nuit, les salles sont également ventilées naturellement grâce aux impostes des menuiseries. Les différentes zones de l’IUT sont gérées par cinq centrales de traitement de l’air en sous-sol. Celles-ci disposent d’un système de refroidissement adiabatique qui utilise l’eau de récupération de pluie pulvérisée pour abaisser la température de l’air entrant.    

L'atrium joue un rôle essentiel pour le chauffage et le renouvellement de l'air.
L’atrium joue un rôle essentiel pour le chauffage et le renouvellement de l’air.

Un bâtiment ultra-connecté

S'appuyant sur le BIM, Engie Axima a déployé des outils pour disposer d'un affichage en temps réel des consommations du bâtiment.
S’appuyant sur le BIM, Engie Axima a déployé des outils pour disposer d’un affichage en temps réel des consommations du bâtiment.

«L’ensemble est connecté à un outil de pilotage, élaboré par Effipilot, qui intègre les données météo, l’occupation du bâtiment, la gestion des ouvrants, les températures de consigne, etc… et indique quand chauffer et quelle énergie utiliser», indique Christèle Saint-Machin. Et pour capitaliser l’ensemble des données collectées, Engie a fait appel à Stereograph pour les rendre lisible. Cette lisibilité, est un atout pour le volet maintenance dont devra s’occuper Engie Axima. Via la maquette BIM, l’ensemble des données y sera intégré pour des interventions plus efficaces. Et ce n’est pas tout. Un affichage des consommations sera visible dans le bâtiment et disponible sur Smartphone. Comme conclut Anouk Beaufumé : «C’est en jouant sur le comportement des gens qu’on régulera finement les performances énergétiques du bâtiment».

>>> Repères
Labels : Bepos, HQE et PassivHaus
Maître d’ouvrage : Université de Lille 2
Constructeur : Demathieu Bard
Architecte : ANAA
Bureaux d’études : Maning et Energelio
Lot CVC et maintenance : Engie Axima
Menuiserie intérieure : Coexia aménagement
Bardage : Horizon
Etanchéité : Coexia aménagement
Electricité : Eiffage
Surface : 6000 m2
Capacité : 1900 étudiants
Budget : 15 millions d’euros