Avec l'âge, les logements nécessitent certains aménagements ©Istock

Avec l'âge, les logements nécessitent certains aménagements ©Istock

Dossier: Seniors, le bâtiment en quête d’adaptation

On l’appelle silver économie ou économie des cheveux gris. L’arrivée de la génération des baby-boomer dans le grand âge et une espérance de vie plus longue participent au développement de cette filière. S’il en retourne de l’amélioration globale de la qualité de vie, l’enjeu crucial réside dans le logement des seniors. Un secteur en mutation pour tous les acteurs du bâtiment. 

Avec quelque 1,3 million de seniors, la région Hauts-de-France concentre près de 10 % des seniors de France (hors-Paris). Selon l’Insee, à l’horizon 2030, ce volume devrait atteindre 1,7 million de personne et représenter 28 % de la population régionale contre 21 % actuellement. Dans sa dernière étude de 2017, l’institut révèle que près de 95,5 % d’entre-eux vivent chez eux. Dans ce contexte, un maintien à domicile optimal s’avère primordial.

Les entreprises en première ligne

Le marché de l’adaptation des logements représente environ 12 milliards d’euros (source FFB). Et le pic démographique lié à l’arrivée de baby-boomers présage un marché à l’avenir florissant.
Pour répondre aux besoins, une kyrielle de dispositifs viennent en aide aux ménages. Notamment Habiter facile de l’Anah ou les aides portées par les collectivités locales. Dernière en date, “J’amén’âge”, du département du Nord propose aux plus de 60 ans sous condition de ressources, de prendre en charge jusqu’au 20 000 euros de travaux HT d’aménagement en lien avec la perte d’autonomie. Plus qu’un guichet unique pour démêler les solutions, Julie Feroldi, responsable du service ingénierie sociale de la Carsat Nord-Picardie, prône plutôt “une diffusion de la culture de l’adaptation de l’habitat”. La Caisse d’assurance retraite intervient également en co-financement pour des travaux de maintien à domicile. “La région doit faire face à deux spécificités: une dépendance des personnes âgées accrue du fait d’une santé plus fragile et un habitat dégradé et souvent énergivore”, décrypte celle qui pointe un autre enjeu. “La difficulté de trouver des artisans au fait des réglementations et sensibilisés à la gestion des travaux avec un public âgé”.
Il n’en demeure pas moins que le marché est là. Certains en ont même fait un axe stratégique de leur développement. A l’instar de Logista Hometech. Le groupe arrageois dirigé par Pierre Lobry offre un service multitechnique pour les bailleurs sociaux. “Nous les accompagnons pour faciliter le parcours résidentiel de leurs locataires, dont un tiers ont plus de 65 ans”, explique Caroline Mezo, directrice marketing innovation. Au menu des travaux d’adaptation : mise aux normes PMR (personne à mobilité réduite), des salles de bain, aménagement intérieur avec rehaussement des prises ou encore développement d’un gamme de service de petits dépannages comme le déplacement de mobilier, la suppression de barres de seuil, le réampouling et autre menu bricolage. En somme, “une offre de service pour la personne âgée qui lui permet de rester le plus longtemps dans son logement et sécurisé”. Outre la technique, Logista a adapté sa prise en charge téléphonique avec une ligne senior. Les opérateurs sont sensibilisés à répondre à un public âgé, en reformulant les besoins grâce à un temps d’écoute plus long et à de la bienveillance. Un savoir-faire que le groupe à portée nationale compte bien faire valoir puisqu’un partenariat pour une offre grand public se dessine avec une mutuelle.
D’autres surfent sur le créneau de l’adaptation. Les kits de douche d’Alobat séduisent de nombreux bailleurs  pour adapter les logements aux seniors.Les kits de douche d’Alobat séduisent de nombreux bailleurs pour adapter les logements aux seniors.Comme Alobat à Bapaume. La PME, spécialiste de la résine de synthèse, a posé un millier de son concept de douche intégrée en 2018. Pour cette année, Philippe Prunier, son dirigeant, table sur 1 500 pièces. Sur-mesure, modulable, adapter aux PMR, son kit de douche posable en une journée et sans risque amiante séduit les bailleurs sociaux. Après Pas-de-Calais Habitat, il cible désormais les bailleurs de région parisienne et de l’Est. “Nous venons de créer un plan vasque avec évier motorisé par télécommande”, détaille le patron. De quoi encore doper son activité “qui marche très bien”.

 

Maison “seniors”

La filière régionale s’est aussi structurée grâce à l’émergence du cluster senior dans l’Arrageois. La démarche portée par la CCI Artois s’est d’abord penchée sur les besoins des seniors. “La clé de la silver économie, c’est l’aménagement du domicile. Au fil des études, on s’est aperçu que ce que souhaite surtout la majorité des gens, c’est rester chez eux”, raconte Laurent Desprez, coordinateur du cluster seniors. Une constat qui a conduit le cluster à modéliser une maison à destination des personnes âgées.

La maison seniors de GP Bat dispose d’une cuisine parfaitement aménagée  pour des personnes à mobilité réduite.
La maison seniors de GP Bat dispose d’une cuisine parfaitement aménagée
pour des personnes à mobilité réduite.

Avec l’entreprise GP Bat à Lens, une vingtaine d’entreprises partenaires, des bailleurs et des organismes de formation, une première maison démonstratrice est sortie de terre à Hénin-Beaumont.
Concrètement, la maison dispose d’un panel d’équipement domotique pour faciliter la vie des usagers. Sols au même niveau, cuisine et salle de bain aménagées avec des éléments réglables en hauteur, porte-fenêtre sur l’extérieur sans barre de seuil, portes assez larges pour un fauteuil roulant ou un déambulateur, domotique évolutive, la maison se veut “fonctionnelle et esthétique”. Surtout, elle n’est pas figée et doit pouvoir intégrer des éléments réversibles facilement, comme des barres d’appui. Cette vitrine de maison adaptée au maintien à domicile en appelle d’autres. Deux démonstrateurs sont en cours de construction à Roost-Warendin.
Deuxième étape, le cluster Senior se positionne désormais sur une démarche de labellisation d’entreprises. Il met par ailleurs en relation faiseurs et bailleurs sociaux pour établir un diagnostic et détecter les aides à la rénovation. Le tout avec un préalable : “Il faut être dans une démarche économico-éthique”. Plus qu’un marché, Laurent Desprez préfère évoquer “une réponse aux besoins” d’un public parfois fragile. Celui des aînés, que nous deviendrons un jour.

 

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Voir aussi : 

Le logement social s’adapte au grand âge

• L’âge d’or des résidences séniors