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Déchets de chantiers : les rebuts sortent de l’ombre

Un boulet… C’est ainsi que le BTP a longtemps considéré les déchets d’activité. Parce qu’ils représentent des volumes difficiles à manier et parce que leur traitement coûte de l’argent… Les esprits évoluent toutefois et les progrès sont sensibles sur les voies du tri, de la valorisation, du recyclage et du réemploi.

Parlons rebuts. Et tout particulièrement des sous-produits d’aménagement, de construction et de démolition. Les déchets inertes : terres, briques et tuiles, enrobés et rocheux. Les métaux, plâtres, plastiques, vitrages, bois, dits non inertes. Ou encore les déchets dangereux, tels que terres polluées, amiante et peintures. Le total en France, en 2014, était estimé à 227 millions de tonnes, dont 185 millions venant des travaux publics et 42 millions du Bâtiment. Dans les Hauts-de-France, les proportions seraient de 17,5 et 3 millions de tonnes. Mais ces chiffres sont contestés par les organismes professionnels (voir encadré). 

Il arrive encore malheureusement que ces «encombrants», mal triés, entrent dans les circuits des ordures ménagères ou soient lâchés dans quelque coin de campagne… Mais dans une mesure de plus en plus importante, ils sont déposés dans des points de collecte. Ils se muent alors en combustibles ou sont transformés et connaissent une nouvelle vie. Selon la Fédération nationale du Bâtiment, le taux moyen de recyclage à l’échelle du pays est compris entre 50 et 60 % ; l’essentiel des traitements concernant les terres. L’objectif de 70 % de déchets réemployés ou orientés vers le recyclage, fixé par la loi de transition énergétique pour 2020, paraît donc tout à fait atteignable.

Le début d’un business

Dans notre région, la dynamique est également positive. Patrick Leblanc, de la FFB Hauts-de-France, y voit plusieurs raisons : « Le nombre et la capacité des points de collecte ont augmenté. De grosses entreprises, comme Ramery Environnement, Baudelet ou Devarem, se sont emparées du sujet et ont décidé d’en faire un vrai business. Des fabricants comme les industriels du plâtre, se sont aussi mobilisés ; trois plates-formes de recyclage de ce matériau ont été identifiées dans la région ».

Bouygues Bâtiment Nord-Est applique les concepts d’économie circulaire sur son chantier de la Maillerie à Croix et Villeneuve d’Ascq.
Bouygues Bâtiment Nord-Est applique les concepts d’économie circulaire sur son chantier de la Maillerie à Croix et Villeneuve d’Ascq.

Le concept d’économie circulaire (les déchets d’une activité deviennent la matière première d’une autre activité) a le vent en poupe. Bouygues Bâtiment Nord-Est en a fait un étendard du projet « La maillerie », en cours à Croix et Villeneuve d’Ascq. En prélude à la réalisation d’un quartier d’habitation, la déconstruction d’entrepôts des Trois Suisses fait l’objet d’un soin tout particulier. Les 30 000 tonnes de béton abattues deviendront granulats selon un processus élaboré par la société Néo-Eco et l’école des mines de Douai. Une partie des 10 000 m2 de parquets sauvegardés a été revendue à des spécialistes belges du recyclage et une autre a été cédée à l’entreprise Tarkett, qui l’a multipliée par trois en découpant les lames dans l’épaisseur !

Comment progresser dans cette forme d’économie, comme le prône le gouvernement ? Pour Jean-Yves Burgy, du bureau d’études Recovering, la réglementation doit être plus incitative. « Il faut trouver de nouveaux équilibres entre l’enfouissement des déchets, qui pourrait être un peu plus taxé, et l’usage de matériaux recyclés qui pourrait être encouragé financièrement ». Il convient aussi de régler le problème de l’assurance des produits recyclés, qui contrarie pour l’instant leur réemploi. Beaucoup enfin, dépend de la maîtrise d’ouvrage publique et privée : elle doit inscrire des objectifs ambitieux de prévention et de gestion des déchets dans ses commandes, estime Patrick Leblanc. Il prend l’exemple des travaux projetés dans le nouveau programme de rénovation urbaine : « On pourrait imaginer des installations de récupération des déchets sur les lieux mêmes des opérations. Encore faut-il que les documents d’urbanisme autorisent la réalisation de ces équipements ».

Pas d’éco-contribution !

La FFB souhaite une généralisation des expérimentations en matière de recyclage. A cette exigence répond le pôle de compétivité « Team 2 », basé à Loos-en-Gohelle. Il encourage les entreprises du BTP à s’engager dans l’économie circulaire et promeut des « innovations de rupture », en particulier des techniques nouvelles de traitement de sites et de sols pollués. Ces efforts conjoints des pouvoirs publics, du monde de la recherche et des acteurs professionnels ont permis à Covanord de monter un programme de recyclage de fenêtres (voir encadré). Mais d’autres inventeurs n’ont pas rencontré le succès : un industriel régional qui avait mis au point un bardage à partir de PVC souillé et de bois traités n’a pu le commercialiser sur des chantiers français, faute d’agrément. « Il faut bien identifier les ressources et caractériser les nouveaux produits pour aboutir à des créations d’activité et d’emplois », observe Patrick Leblanc.

La solution, pour dépasser un jour le taux de 70 % de recyclage et de réemploi, c’est le développement de filières pour chaque type de déchets, assure le réprésentant de la FFB. Et non la création d’une éco-contribution sur le prix des matériaux, mise à l’étude par le gouvernement : « Elle ne serait d’aucun effet », tranche-t-il.

 

En chiffres :

  • En moyenne, 92 % des déchets de chantiers sont inertes, 6 % non inertes et 2 % dangereux.
  • 62 % des déchets inertes sont des terres.
  • 3 800 installations, inégalement réparties sur le territoire national, accueillent des déchets du BTP (Données 2014 provenant des cellules économiques régionales de la construction).
  • Sur les 294 déchetteries publiques dans les Hauts-de-France, 95 % acceptent les déchets du BTP.

Des outils

www.dechets-chantier.ffbatiment.fr : un site internet pour identifier les points de collecte de déchets.

• Un guide d’information sur les filières de valorisation : à télécharger sur le même site ou sur www.sned.fr

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