Depuis 2017, les CFA BTP du Nord voit enfin le bout du tunnel de la crise. Les effectifs sont en nette progression, fruit d’un travail de restructuration.

Depuis 2017, les CFA BTP du Nord voit enfin le bout du tunnel de la crise. Les effectifs sont en nette progression, fruit d’un travail de restructuration.

CFA BTP : après la crise, un vent de réforme souffle

Les 3 centres formations d’apprentis BTP auront mis dix ans à traverser la crise. Ils se préparent désormais à de nouveaux courants déstabilisateurs : la réforme de l’apprentissage. Interview de Mohedine Bejaoui, leur secrétaire général.

 

“Hier, notre cœur de métier c’était le diplôme, demain, ce sera la formation.” Mohedine Bejaoui, CFA BTP
“Hier, notre cœur de métier c’était le diplôme, demain, ce sera la formation.”
Mohedine Bejaoui, CFA BTP

Comment la crise a-t-elle touché les CFA BTP du Nord ?

Quand je suis arrivé en 2011, j’ai hérité de la vague. La crise était à son pic. Les effectifs étaient à la baisse. Nous avions des problèmes structurels en interne et cette tornade nous a mis à terre. Nous étions dans une situation déficitaire. Il a fallu remettre le bateau à flot.

Comment avez-vous repris le cap ?

En nous restructurant grâce à un travail collectif des trois directions. Nous avons tout remis à plat. – La pédagogie : Que peut on apporter à l’apprenti ? A l’entreprise ? Et comment construire une alternance intelligente ? – La démarche commerciale : Comment approcher le besoin des familles ? Des sociétés ? Ce travail paye aujourd’hui car notre effectif n’a jamais été aussi haut depuis 17 ans. Et nous sommes un peu plus aguerris… pour lutter contre la concurrence et être un peu plus compétitifs.

Une concurrence des formations ?

La Région est l’une des plus concurrentielles en terme d’apprentissage dans le bâtiment. Face à nous existe une multitude d’acteurs : les CFA académiques rattachés à l’éducation nationale, les chambres des métiers, les compagnons, les apprentis d’Auteuil. Un marché qui, avec la réforme, laisse présager une dérégulation.

Quelles seraient, dans les grandes lignes, la réforme ?

Elle est encore dans les tuyaux… Mais elle impliquerait un changement complet. Avant, pour former les apprentis, il fallait une convention portant création de CFA et délivré par le Conseil Régional, le financeur. Désormais, n’importe quel centre de formation pourrait former des apprentis dès lors qu’il peut justifier de certifications. Il y aurait une ouverture de contrats, par les organismes paritaires collecteurs agréés (Opca), définis par le nombre de «clients» souhaitant se former. Hier, notre cœur de métier c’était le diplôme, demain, ce sera la formation.

Cette réforme était-elle nécessaire ?

Il fallait répondre à deux problématiques : l’inadéquation de la formation pour l’emploi des jeunes par l’apprentissage et la dépense de milliards sans résoudre le fort taux de chômage. La réforme tendrait à y répondre. Ce qui semble positif à mes yeux à condition de s’adapter aux soubresauts du marché… En cas de dérégulation, il suffit d’une crise pour fragiliser un organisme de formation car il n’y aura plus de garantie politique pour continuer à exister.

Comment vous y préparez-vous ?

Avec une démarche marketing rôdée et une offre large et féconde de formations. On prépare aussi depuis un an le déploiement d’un plan numérique de grande envergure. Nous venons d’obtenir un financement de notre tutelle d’un million d’euros pour former et équiper nos CFA (ordinateurs, tablettes, mise en conformité du réseau, etc.) pendant deux ans.

En quoi consiste ce plan ?

Cela ne changera pas le geste de l’artisan. Nous allons opérer la numérisation de nos méthodes pédagogiques, de nos relations entre les entreprises et les jeunes. Par exemple, nous n’afficherons plus l’emploi du temps. Nous communiquerons via SMS, Internet. En cas d’absence, en temps réel, un message sera envoyé à l’employeur. Ca change le rapport entre le jeune, l’employeur et nous-même et permet de lutter contre l’absentéisme, les ruptures de contrat, etc. La pédagogie a été, elle aussi, profondément modifiée avec entre autres la formation de tous nos professeurs au BIM. Nous allons utiliser les outils numériques pour nous projeter dans le bâtiment dans 10 ans.

Le regard sur le bâtiment changera-t-il ?

Le secteur a toujours cette image de salissant, fatiguant. Des efforts ont été faits par la branche pour rendre le métier plus attractif. On avance. Malheureusement, les périodes de crise nous font toujours reculer. Il faudra rattraper la perte de terrain.

Comment se dessine le futur des CFA du Nord ?

Pour l’heure, c’est la consolidation des acquis et la montée des effectifs qui priment plutôt que le développement de nouvelles implantations. Les bassins d’emplois sont très inégaux. Comme l’appétit vient en mangeant, on ne s’interdit rien. Si le développement nécessite une implantation, une croissance interne, ailleurs, … seul ou avec un partenariat. Pourquoi pas ? Maintenant que la réforme ouvre les vannes. Pour tout partenariat gagnant-gagnant, je suis partant.

“On s’adapte à la génération Z”

Carine Bachelet, directrice CFA BTP Lille Metropole à Roubaix, “On s’adapte  à la génération Z”
Carine Bachelet, directrice CFA BTP Lille Métropole à Roubaix

Le CFA BTP Lille Métropole a été implanté en 2000 à Roubaix. Dans son bâtiment de 10 000 m2 et ses 5 ateliers, ils accueillent près de 500 élèves en apprentissage et en formation continue et 23 formateurs. Tous les métiers du bâtiment du niveau Certificat d’étude professionnel (CAP) au Brevet professionnel (BP) y sont enseignés, sauf l’électricité. Nous y travaillons pour 2019. Si le CFA a subi une grosse chute d’effectif, depuis 2017, il connaît une relance de près de 35% en flux d’entrée. Une bonne nouvelle pour les entreprises qui cherchent à recruter. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur notre projet fédérateur : le numérique. L’idée est de s’adapter à la fameuse génération Z, adepte du smartphone. La pédagogie, la communication, tout passera par le numérique. Bientôt les entreprises seront visitées avec des tablettes… Et nous nous préparons à la formation de tous nos enseignants au BIM. Encore une initiative qui fera changer l’image de l’apprentissage en CFA. On espère qu’à l’avenir elle deviendra non plus une orientation par dépit, mais une voie royale parmi les autres.