Crédit photo : M.Bocquet - DR Maisons & Cités

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Ancien bassin minier : le temps du sursaut?

Toutes les questions et incertitudes ne sont pas levées loin de là… Mais un frémissement semble bien parcourir l’échine de l’ancien bassin minier du Nord – Pas-de-Calais. La tentative de renouveau du territoire, et de réhabilitation de son habitat, a débuté.

L’ERBM, c’est d’abord un nom fédérateur», observe Olivier Danna, président de la FFB Lens-Artois. L’acronyme fait fureur parmi les urbanistes, les acteurs du logement et les décideurs de l’ancien croissant houiller du Nord – Pas-de-Calais. N’a-t-il pas reçu l’onction de trois premiers ministres ? En l’espace de deux ans, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe sont tous venus sur le terrain défendre «l’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier». Mais pour le gros million d’habitants de ce territoire en souffrance, y compris ceux qui ont serré la main des illustres visiteurs, cet ERBM manque encore de consistance.
«C’est un programme de long terme, à grande échelle, sans équivalent en France», expose Alain Neveü, délégué interministériel chargé d’en coordonner l’application. Le plan s’appuie sur un partenariat entre l’Etat, la Région, les deux Départements et huit intercommunalités, qui ont convenu de mobiliser collectivement leurs financements. L’ERBM touche à toutes les politiques publiques, hormis la sécurité, la Justice et la Défense. Ses grands axes ont été arrêtés en mars 2017 : ce sont le développement économique, passant notamment par un dispositif de zones franches et par le numérique, la formation et l’insertion, la lutte contre la pauvreté, les déplacements, la production d’énergies renouvelables, la valorisation du patrimoine minier, l’amélioration de la santé des habitants et de l’environnement.

Le logement lié à l’urbanisme

Crédit photo : M.Bocquet - DR Maisons & Cités
Crédit photo : M.Bocquet – DR Maisons & Cités

Mais le gros morceau, qui intéresse au plus haut point les entreprises du Bâtiment, c’est la rénovation de 23 000 logements miniers énergivores sur dix ans. Soit un quasi-doublement du rythme de réhabilitation en vigueur jusqu’ici. Un peu plus de quatre mille maisons appartiennent à SIA Habitat, les autres sont gérées par Maisons et Cités – Soginorpa. Les travaux sur les 12 000 logements «de plus», par rapport à l’effort ordinaire des bailleurs, coûteront environ un milliard d’euros. Pour ce qui concerne son parc, Maisons et Cités souscrira un emprunt de 600 M€ et dépensera 150 M€ de fonds propres provenant de l’entrée récente dans son capital de CDC Habitat. L’Etat a promis de consacrer 100 M€ à l’ensemble de l’opération, la Région s’est engagée à hauteur de 30 millions d’euros et les agglomérations devraient accorder une subvention de 6 000 euros par logement.
Dans l’esprit des promoteurs de l’ERBM, la grande remise à neuf ne doit pas s’arrêter à la porte des logements mais s’étendre aux cités minières. Un référentiel énonçant les ambitions partagées en la matière sera établi avant la fin de l’année. Les partenaires se sont déjà mis d’accord sur une liste de 35 cités «prioritaires», totalisant 7 268 logements dont le traitement doit démarrer d’ici à 2021. Des études de définition ont été lancées par les intercommunalités : elles sont bien avancées dans le Valenciennois, à Lens-Liévin ou Hénin-Carvin, un peu moins dans les autres territoires. Sans attendre le bouclage des programmes, Maisons et Cités a souhaité intervenir sur quelques situations critiques. «Nous ne pouvons pas laisser vides nos habitations qui se libèrent, explique son directeur Dominique Soyer. Par ailleurs, depuis des années qu’on leur annonce des travaux, certains habitants se découragent, voire se désespèrent». Le bailleur va demander un financement anticipé pour engager sans délai la rénovation énergétique de 200 logements isolés.
Quelle sera la nature exacte des interventions effectuées ces prochains mois et au cours de la décennie ? Sur toutes les maisons inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, l’isolation se fera par l’intérieur. Les espaces habitables seront donc recomposés, et dotés des éléments de confort qui leur manquent encore. Les expérimentations en cours sur six maisons minières pourraient conduire à l’emploi de matériaux originaux mais le coût en reste encore élevé. Sur les constructions non classées, on pourrait peut-être recourir à des panneaux de façade préfabriqués en usine.

Chat et souris

Maisons et Cités s’oriente vers un coût de réhabilitation de 80 000 € par logement et un objectif de performance thermique de 150 kwh/m2/an (étiquette C). «Ici ou là, on pourra aller plus loin, mais cette moyenne raisonnable représente déjà une réduction par deux à quatre de la facture énergétique des locataires. Viser de plus grandes performances, en remplaçant par exemple tous les châssis, même ceux qui ont été posés récemment, ou en intervenant systématiquement dans les sols, reviendrait à gâcher de l’argent». Alain Neveü est sur la même longueur d’onde de 150 kwh/m2/an mais il insiste : «Les performances devront être au rendez-vous, ce qui est loin d’être toujours le cas. Les chiffres affichés seront vérifiés».
Les entreprises locales sont prévenues : elles doivent «se préparer, monter en compétence». Elles sont prêtes, répond Olivier Danna, et n’attendent que des précisions sur la structure des futurs marchés. Dominique Soyer n’est pas vraiment de cet avis : «Pour les réhabilitations que nous avons menées ces dernières années, nous avons eu de la peine à trouver des plombiers et des électriciens». «Les opérateurs locaux ont tendance à aller chercher du travail dans la métropole lilloise mais si le début du programme est clairement fixé, ils se rendront disponibles en moins de six mois», réplique encore Olivier Danna. Le petit jeu du chat et de la souris entre ceux qui promettent et ceux qui attendent n’est pas tout à fait terminé. Le dialogue est en tout cas noué puisqu’une rencontre est prévue entre le représentant des entreprises et le bailleur.
Pour en sortir, il faut peut-être ouvrir portes et fenêtres. Le centre de développement des éco-entreprises s’efforce de susciter des marchés nouveaux, sur des maisons hors parc minier ou sur des bâtiments industriels et de service. La Mission Bassin minier rappelle que l’ERBM ne concerne pas que l’habitat : «Il y a des aménagements à terminer dans les grands sites de mémoire, à commencer par celui de Oignies, ou sur de petits éléments de patrimoine. Nous y sommes vigilants», indique la directrice, Catherine Bertram. Même les acteurs des TP sont invités à la table du renouveau : des chantiers ont été ouverts en mode accéléré, à l’instigation de la délégation interministérielle, le long de l’A21 (murs anti-bruit), sur la jonction avec la RD 301 (doublement) et sur la RN 17 (mise à deux fois deux voies).

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